Chapitre 2

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ARIA

Le chemin pour aller à L'Élégance Corse n'est pas très long, seules vingt minutes séparent la villa de la boutique, qui se trouve en plein centre d'Ajaccio. Depuis deux mois, cette boutique est devenue le sujet principal dont tout le monde parle.

Mon frère se gare et récupère son revolver dans la boîte à gants avant de le mettre dans la ceinture de son jean, dans son dos.

Je ne suis plus étonnée quand il sort son "bébé", comme il l'appelle. Entre mon père, mon frère et leurs hommes de main, les armes font partie intégrante de ma vie. C'est pourquoi j'ai réussi, tant bien que mal, à soudoyer Dario - mon garde du corps personnel - à m'apprendre à tirer à l'insu de mon père. Ça n'a pas été de tout repos, il a beaucoup refusé et pour qu'il accepte, j'ai dû lui faire du chantage. "Si le boss l'apprend, je suis un homme mort", m'avait-il dit. Ce à quoi je lui avais répondu que faire des avances à sa petite princesse lui coûterait une balle dans la tête, sans lui laisser le temps de réfuter mes dires...

Si je suis une peste ? Absolument. Mais que voulez-vous ? À la guerre comme à la guerre, tous les coups sont permis.

- J'ai privatisé la boutique, me prévient mon frère en sortant de la voiture.

Ça ne m'étonne même pas. Il a dû payer une somme bien généreuse, comme à chaque fois.

Je vois les hommes de main de mon frère se rapprocher en se mettant autour de moi comme un bouclier humain. C'est tellement exagéré, me dis-je en levant les yeux au ciel. Nous entrons dans la boutique, les laissant dehors pour qu'ils surveillent que personne ne puisse entrer.

- Que personne n'entre sans mon autorisation, les prévient-il avec un ton sec et dur.

Cette boutique est juste magnifique. Elle est grande et possède plusieurs pièces afin de pouvoir faire des essayages. Pour chacune d'elles, un canapé est assorti afin que les accompagnateurs puissent s'asseoir et profiter des essayages en toute discrétion. La décoration est classique, avec des tons pastel rose et blanc qui sont en parfait accord avec les poutres apparentes en bois massif. Les vêtements sont rangés par catégories et par couleurs. Il y a une pièce spéciale pour tout ce qui est accessoire, avec d'un côté les sacs à main et de l'autre, des bijoux de toutes sortes.

Je suis si absorbée dans ma contemplation que je n'aperçois pas la vendeuse s'approcher de nous.

- Bonjour Monsieur Guerini, dit-elle en regardant mon frère avec ses yeux de merlan frit.

Je ne suis même plus surprise par ce genre de comportement. Mon frère la regarde sans manifester le moindre intérêt pour elle. La pauvre, je la plains. S'il y a bien une chose que j'ai apprise avec mon frère, c'est qu'il ne se laissera jamais amadouer en ma présence. Ma sécurité étant le plus important pour lui, il n'adhérera à aucune distraction, quelle qu'elle soit.

- Nous venons pour ma sœur, occupez-vous d'elle, lui lance-t-il avant d'aller s'asseoir sur le canapé des accompagnateurs à moins de cinq mètres de la cabine d'essayage.

La vendeuse se crispe et son sourire a visiblement perdu toute son ampleur quand elle se tourne pour me regarder. Oui je sais, désolée pour toi, poupée.

- Bonjour mademoiselle Guerini, je m'appelle Lola et je serai à votre disposition tout au long de vos essayages, me dit-elle en se reprenant face à l'indifférence de mon frère. Avez-vous une idée de la tenue que vous souhaitez ?

- Bonjour, appelez-moi Aria, je lui réponds avec un sourire compatissant. J'aimerai une robe blanche à bretelles, plutôt classe. Je ne veux pas quelque chose d'extravagant, ni de trop court. Je préférerai une robe longue avec une ouverture sur le côté de la jambe.

Ma Prison DoréeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant