Chapitre 45

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Aria

Les voix de ma famille font écho dans ma tête. Tout le monde est en bas, m'attendant pour notre ouverture annuelle de cadeaux au pied du grand sapin qui loge dans la salle à manger.

Comme tous les 25 décembre, nous nous réunissons devant une multitude de plats préparés par Maria. Elle fait à manger comme si nous étions toute une tripotée alors que nous ne sommes que nous trois. Quatre si Masson est là, mais c'est peu probable.

Je n'ai pas de nouvelles de lui. Aucun message, aucun appel de sa part. Je ferais bien le premier pas, mais j'ai peur qu'il m'envoie chier. Je n'aime pas quand son mode "connard" est activé, il me repousse toujours avec dédain et méchanceté et moi, la conne que je suis, j'oublie tout dès l'instant où un rapprochement se fait entre nous.

Tu es faible !

Pas totalement.

Je dirais que ma mission première passe avant ma fierté : niquer le contrat dont je suis l'actrice principale. J'ai huit mois... Et vu la tension qui subsiste entre nous, je pense pouvoir arriver à le faire craquer. En tout cas, je vais faire tout pour.

— Aria, tu descends.

La voix de ma mère me fait sortir de mes pensées et je rabat mon attention vers le bas de l'escalier. Je suis accoudée sur la rambarde, réfléchissant à un mensonge pour éviter de leur faire face.

Je sais déjà comment ça va se passer... Ma mère, fidèle à elle-même, fera comme si elle n'était pas au courant. Mon frère essayera de se faire tout petit, se mettant aux petits soins pour moi pour essayer de se faire pardonner. Mon père, quant à lui, sera trop sur les nerfs pour chercher un contact visuel avec moi. Le mafieux en lui voudra me remettre à l'ordre, comme si j'étais un de ses petits chiens d'homme de main, sur mon comportement de la veille. Cependant, il n'en fera rien. Cette journée est censée être une journée "festive", dans la bonne humeur.

Laissez-moi rire...

Une belle bande de faux-culs !

Sauf que rien en moi n'est d'humeur festive... J'ai cette boule dans le creux de mon estomac qui ne réclame qu'à sortir et j'ai peur de vomir mes mots à l'instant même où je me retrouverais face à eux.

Ils sont ma famille. Ils sont censés être mes alliés, mes repères et mes protecteurs. Je devrais me sentir choyé et en sécurité, mais c'est loin d'être le cas. Ils sont dépourvus de sentiments, d'empathie et de cœur, ne recherchant que leurs satisfactions personnelles dans leur train-train quotidiens. J'ai l'impression d'être une simple pièce de puzzle dont mon père avait besoin pour terminer son tableau de puissance. Le pouvoir, il n'y a que ça qui compte pour lui. Peu importe les dommages laissés au passage.

Mes yeux s'humidifient face à cette réalité qui perce mon cœur, pourtant je ne devrais pas être étonnée. D'aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me suis jamais sentie réellement aimée. À chaque fois que j'ai essayé, j'ai été cruellement déçue. J'ai toujours été la fille parfaite, acceptant chaque règle de mon père.

Je sais qu'ils tiennent à moi, je ressens leur affection, mais ce n'est en aucun cas l'amour que des parents sont censés prodiguer à leur enfant. Je me suis longtemps persuadée que la surprotection de mon père était liée à un pseudo amour qu'il cachait sous cette façade de mafieux. Je me suis mise à sa place, je croyais dur comme fer que ses actes étaient bienveillants. En fin de compte, c'était juste un moyen de me contenir à distance du monde extérieur, me faisant croire que c'était pour ma protection.

La triste vérité est que c'était son moyen sûr pour me garder sous contrôle afin de pouvoir m'utiliser à son avantage. Je me rends compte que j'ai été littéralement manipulée toute ma vie. Désemparée face à la réalité que sont mes relations familiales, je me retrouve seule face à cette supercherie.

Ma Prison DoréeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant