Point de vue : Alana
45 minutes en arrière.
— MAMAAAAN !
— NOOON !
Des cris aux voix déformées par l'horreur ne cessent de tourner dans mon esprit, tantôt entrecoupées par un coup de feu, tantôt par des rires rauques qui me nouent l'estomac. Je pense avoir déjà vomi deux fois en... Combien de temps ? Je ne sais plus. L'inconscience me retient prisonnière alors que j'entends vaguement des gens s'affairer autour de moi. Suis-je sur une chaise ? Au sol ? Menottée ? Aucune idée. Mon corps semble avoir pris comme soulagement cet état de transe dans lequel je suis plongée depuis que l'on m'a tirée de ma fille, une seconde fois. Et cette fois, je ne suis pas sûre qu'elle en ressorte elle-même indemne.
Comme pour me protéger, ou rester dans le déni, mon esprit occulte l'image du corps de mon ancien ami, troué par une balle qui était initialement destinée à tuer mon enfant.
Malgré mon état d'anesthésie naturelle, je dénombre trois personnes dans la pièce. Je devine aisément qu'il s'agit d'homme grâce, d'une part, à leurs voix rauques et leurs pas assurés, et d'autre part car ça m'étonnerait que ce vieux fou de William engage des femmes pour la sécurité. Sexiste et conservateur comme il est, il ne doit embaucher la gente féminine uniquement pour les tâches qui leur sont dédiées selon lui, autrement dit les tâches ménagères et la cuisine.
De temps à autre, un des hommes sort de la pièce pendant approximativement cinq minutes. C'est étrange comme mon esprit reste embué dans un petit état d'inconscience et, pourtant, je suis capable de rester logique. Peut-être qu'il n'y a que mon cœur qui est anesthésié. Mes émotions ont un trop plein qui ne peuvent pas rester éveillées à cause de leur intensité. Seule ma logique, ma soif de vengeance et mon instinct conservent leur vivacité.
Ainsi, mes mains bougent imperceptiblement dans le but de m'acclimater à ma situation. Immédiatement, je sens une résistance. Mon soupçon se confirme et je désarticule presque mon pouce en effleurant le lien qui maintient mes mains collées. Ce n'est pas en plastique et ce n'est pas rêche comme une corde. La fraîcheur du métal me procure immédiatement des frissons. Ces enfoirés m'ont mis des menottes.
Je retiens un soupir en sachant ce qu'il me reste à faire. Ce sera douloureux, bruyant et rapide. Il ne faut pas que je me loupe. Pour cela, je dois attendre qu'un des trois chiens de garde quitte la pièce. Après ça, je vais pouvoir passer à l'action.
Ça doit bien faire un quart d'heure que j'attends de pouvoir mettre en place mon plan, mais les hommes ne semblent pas déterminés à bouger. Leurs voix me parviennent sans que je ne réussisse à distinguer précisément leurs mots. Des rires soufflés. Des jurons. Puis, petit à petit, les murmures se rapprochent. Des pas. Deux pieds, exactement. Un des hommes s'approchent de moi, et j'ai juste le temps d'entendre les mots d'un autre.
— Fais-le, on n'a pas toute la nuit avec la belle au bois dormant.
Ma mâchoire se contracte et, brusquement, me faisant sursauter et haleter, je reçois une quantité d'eau gelée sur la tête. J'inspire un grand coup en écarquillant les yeux. Cet enfoiré se marre devant moi, accroupi sur le sol de carrelage gris, alors qu'il vient de me jeter un seau d'eau glacée. Une soudaine envie de meurtre naît en mon fort intérieur. Moi, qui n'ai jamais aimé la violence, quelle qu'elle soit.
Ses iris inspectent ma face dégoulinante, parsemée de cheveux collants, avec amusement. Malgré mon impassibilité, je ne peux échapper aux tremblements dûs à la fraîcheur de la pièce mêlée à l'eau glaciale. Pour un réveil, c'était on ne peut plus efficace et je constate avec soulagement que ça n'a pas réveillé mes émotions. Mon estomac se tord davantage face à cette observation. Si je n'ai plus d'émotions hormis la haine, que suis-je capable de faire ? Jusqu'où serais-je sensible d'aller ?
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LAWYER
RomanceAlana est une avocate, jeune mère célibataire d'une petite fille de trois ans. Adrian est un ancien PDG d'une grande entreprise de marketing, issu d'une famille riche et très connue, accusé de braquage à main armée dans une banque de Chicago. Il e...
