Chapitre 32

11 2 0
                                    


PDV : Hayden

Je me levais après une grasse mat et la maison était aussi vide que d'habitude. Pas un bruit, pas un signe de vie. Mes parents n'étaient pas là, comme toujours. À vrai dire, je ne me souvenais même pas de la dernière fois où on avait partagé un repas ensemble, ou simplement discuté. L'idée de rester seul chez moi, entouré par ces murs silencieux, me rendait malade. Alors j'ai envoyé un message à Liam pour le retrouver au parc. J'avais besoin de sortir, de respirer, de me changer les idées.

Quelques minutes plus tard, j'étais là, sous le grand chêne où on se retrouvait souvent. Liam était déjà là, fouillant dans son sac avec un air excité.

— Hé, regarde ce que j'ai trouvé dans l'ancienne supérette de mon grand-père, a-t-il dit en sortant une petite boîte.

— Qu'est-ce que t'as trouvé ? ai-je demandé, un peu curieux malgré moi.

Il a brandi la boîte devant moi, un sourire nostalgique sur les lèvres.

— Des chewing-gums en forme de cigarette ! Je suis choqué d'avoir retrouvé ça. À l'époque, ils avaient arrêté la production parce que ça influençait les jeunes à fumer. Tu t'en souviens, j'espère ?

Je me suis surpris à sourire en hochant la tête.

— Ouais, je m'en souviens, c'étaient mes préférés en plus.

— Moi aussi ! Ça me rappelle de bons souvenirs, a-t-il ajouté en riant.

Il a ouvert la boîte et m'a tendu un des faux chewing-gums cigarette. Je l'ai pris, mais au lieu du sourire nostalgique que j'aurais pu avoir, je me suis retrouvé envahi par une vague de mélancolie. Je l'ai porté à mes lèvres, comme pour me raccrocher à ces souvenirs d'enfance, mais tout ce qui me revenait, c'était la douleur et la solitude.

Liam continuait de parler, sa voix joyeuse résonnant à peine dans mon esprit. Moi, j'étais déjà ailleurs, plongé dans mes souvenirs. Pour être honnête, il n'y avait pas un seul bon souvenir qui me revenait en tête.

— Hé, t'es encore là ? m'a soudainement rappelé Liam en me tapotant l'épaule.

Je sursautai légèrement, sortant de mes pensées sombres. J'ai forcé un sourire pour lui, essayant de cacher le tourbillon d'émotions qui m'animent.

— Hein, oui, je suis toujours là, excuse-moi, dis-je en revenant à la réalité. Mais écoute, mec, je vais devoir te laisser. J'ai des courses à faire.

Liam me regarda, incrédule.

— Quoi, déjà ? Mais ça fait à peine vingt minutes qu'on s'est vus ! Et puis, c'est toi qui m'as demandé de venir.

Je soupirai, sentant la fatigue me gagner.

— Ouais, je sais, mec. Désolé. Mais tu sais comment c'est, mes parents sont pratiquement jamais là. Si je ne fais pas les courses, qui le fera pour moi ? Je dois m'occuper de tout ça. Allez, je file.

Liam me lança un regard mi-compatissant, mi-exaspéré.

— T'es toujours en train de courir partout, Hayden. Prends soin de toi, d'accord ?

Je hochai la tête, tentant un sourire rassurant, avant de tourner les talons et de quitter le parc. En marchant vers le supermarché, je sentais le poids de mes responsabilités écraser mes épaules.

Le supermarché était à quelques rues de là, et j'y arrivai rapidement. La porte automatique s'ouvrit dans un léger chuintement, me laissant entrer dans l'atmosphère climatisée de l'épicerie. J'attrapai un panier et me dirigeai vers les rayons, essayant de me concentrer sur la tâche à accomplir. Je passai d'abord dans le rayon des fruits et légumes. J'y pris quelques pommes, des bananes, et un sac de carottes. Ensuite, je me dirigeai vers le rayon des pâtes. Je pris deux paquets de spaghettis, du riz, et une boîte de sauce tomate.

Chaque article que je mettais dans le panier faisait remonter un peu plus ma frustration. Faire les courses était devenu une routine, une de ces tâches que j'avais dû apprendre à faire très tôt. Pas de parents pour s'en occuper, pas de repas préparés à l'avance. Juste moi, encore et toujours, à m'assurer que je ne manquerai de rien.

Je passai rapidement au rayon des produits laitiers, attrapant du lait, du fromage, et un paquet de yaourts. Un petit détour par le rayon des surgelés pour prendre quelques pizzas et des légumes surgelés, et j'étais prêt à passer en caisse.

En attendant mon tour, je laissai mes pensées dériver à nouveau. Les courses étaient une tâche mécanique, un moment où je pouvais laisser mon esprit vagabonder sans être distrait. Mais même ici, entre les bips des lecteurs de code-barres et le bruit des caddies, l'ombre de mon passé planait toujours.

La caissière scanna mes articles, et je sortis quelques billets pour payer. Elle me sourit poliment, mais son regard semblait vide, indifférent. Comme tout le monde dans cette ville. Je récupérai mes sacs et sortis du supermarché.

Dehors, le soleil commençait à décliner, baignant la rue dans une lumière dorée. J'ajustai les sacs dans mes mains, prêt à rentrer chez moi, quand je les aperçus. De l'autre côté de la rue, Maya était là, avec un garçon que je ne reconnaissais pas. Ils marchaient côte à côte, discutant et riant ensemble.

Je m'arrêtai net, surpris par ce que je ressentais. Il y avait une étrange sensation dans mon estomac, une sorte de pincement que je ne pouvais pas vraiment expliquer. Voir Maya avec un autre garçon me faisait quelque chose, quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis longtemps.

Ils semblaient tellement à l'aise ensemble, comme si le monde autour d'eux n'existait pas. Je les regardai quelques secondes de plus, me demandant ce qui se passait dans sa vie en dehors de nos interactions. J'avais toujours vu Maya comme une personne faible. Mais la voir là, souriante, me fit réaliser qu'il y avait peut-être plus en elle que ce que je voulais bien admettre.

Un instant, j'hésitai à traverser la rue et à aller lui parler, mais je me ravisai. Qu'aurais-je pu dire, de toute façon ? "Salut, Maya, ça va ? Qui est ce garçon ?" Ça sonnait ridicule même dans ma tête. Non, je n'étais pas prêt pour ça. Alors je me contentai de détourner le regard et de reprendre ma marche, mes pensées plus embrouillées que jamais.

Le retour chez moi se fit dans un silence pesant. Les sacs lourds dans mes mains étaient maintenant le moindre de mes fardeaux. Ce que j'avais vu restait gravé dans mon esprit, et je savais que cette image de Maya, heureuse avec un autre, n'allait pas disparaître de sitôt.

 L'ombre du ParapluieOù les histoires vivent. Découvrez maintenant