PDV : HaydenJe restai un moment appuyé contre le mur, le cœur en vrac, tandis que Maya s'éloignait, suivie de ce type. Le bruit de ses pas résonnait en moi comme une condamnation, comme le coup de grâce. Elle n'avait même pas cherché à comprendre. Elle m'avait regardé avec ce mépris glacial qui faisait remonter en moi tout ce que je détestais, tout ce que je voulais changer.
À quelques mètres de moi, Elisa restait là, immobile, probablement encore choquée de mon départ brutal, de cette réaction incontrôlable. Je sentais son regard posé sur moi, mais il me paraissait aussi lointain que le murmure de la fête qui continuait derrière nous sans doute. Mon esprit n'était plus là ; il était entièrement tourné vers Maya, vers cette douleur fulgurante qui me brûlait de l'intérieur. J'avais beau essayer de me raisonner, de me dire qu'elle ne pouvait pas comprendre, que tout ceci n'était qu'une suite de malentendus... rien n'y faisait. Je ne pouvais pas effacer cette image de son regard froid et distant. Elle m'avait jugé sans une once de pitié.
Je me forçai à reprendre mon souffle, mes mains tremblant encore. Le goût amer de la honte et de la frustration me submergeait. Comment avais-je pu en arriver là ? Comment avais-je pu me perdre à ce point pour elle, moi qui avais toujours su faire attention ? En me redressant, j'aperçus Elisa, figée, son visage baigné d'une tristesse discrète mais poignante. Et là, comme un dernier éclat de lucidité, je réalisai à quel point je l'avais négligée, elle, qui venait de me confier ses sentiments.
— Elisa... commençai-je, la voix rauque, à peine audible.
Elle détourna les yeux, blessée, mais elle n'avait pas encore quitté ce coin tranquille où je m'étais réfugié pour vomir. Je voulais m'excuser, dire quelque chose, n'importe quoi pour apaiser cette douleur que je voyais dans son regard. Mais au fond, je savais que mes mots sonneraient creux. J'étais piégé, incapable de ressentir pour elle ce qu'elle attendait, incapable de l'aimer comme elle le méritait. Tout en elle semblait doux et honnête, et moi, j'étais là, englouti par mes propres démons, incapable de faire autrement.
Je jetai un dernier regard vers la rue où Maya avait disparu. Le poison du doute et de la jalousie continuait de se répandre en moi, chaque pensée tournée vers elle m'éloignant un peu plus de la réalité. L'image de Cameron posant sa main sur son épaule, de Maya riant à ses paroles, cette proximité entre eux qui me paraissait inconcevable... c'était insupportable.
Elisa prit une respiration tremblante et finit par parler, brisant le silence qui pesait comme une chape de plomb entre nous.
— Pourquoi... pourquoi, Hayden ? Qu'est-ce que tu cherches en elle que je ne pourrais jamais t'offrir ? demanda-t-elle, la voix tremblante mais résignée.
Je n'eus pas de réponse. Comment lui expliquer ce besoin irrépressible, presque destructeur, que j'éprouvais pour Maya ? Comment lui dire que Maya était devenue comme une obsession, une étoile inaccessible qui ne faisait que m'attirer vers un vide encore plus sombre ? À chaque fois que je croisais son regard, chaque fois qu'elle entrait dans une pièce, elle balayait tout sur son passage, me laissant incapable de penser à autre chose. J'avais besoin de Maya, autant que cela me tuait.
Elisa baissa la tête, comprenant sans que je n'aie besoin de dire un mot. Elle murmura quelque chose, peut-être un adieu ou un simple soupir de résignation, puis elle s'éloigna, me laissant seul, englouti par mes propres failles. La voir partir sans un mot de plus, sans un regard en arrière, finit de m'achever.
En franchissant le seuil de la maison, je me suis arrêté net, surpris. Dans la cuisine, une silhouette que je n'avais pas l'habitude de voir m'attendait. Ma mère, debout sous la faible lueur du plafonnier, me fixait avec un mélange de fatigue et d'inquiétude dans les yeux.
Je restai figé un instant, troublé. Elle était rarement là. D'habitude, quand je rentrais, la maison était vide et silencieuse, plongée dans cette routine de solitude à laquelle je m'étais résigné. Mais là, elle était devant moi, comme si elle m'attendait vraiment.
— Hayden... tu es rentré tard, dit-elle, comme pour justifier sa présence inhabituelle. Est-ce que ça va ?
Je fronçai les sourcils, décontenancé par sa question. Depuis quand se souciait-elle de mon état ? Une colère sourde commença à monter en moi, alimentée par toutes les frustrations que j'avais refoulées.
— Est-ce que ça va ? répétai-je, incrédule, la voix froide. Franchement, c'est ridicule de demander ça maintenant.
Elle baissa légèrement les yeux, visiblement déstabilisée par mon ton. Mais elle reprit, hésitante.
— Je sais que... que je ne suis pas toujours là, mais je suis ici maintenant, et je voudrais que tu me parles, Hayden.
Je secouai la tête, un rire amer échappant de mes lèvres.
— Maintenant ? Maintenant, tu t'inquiètes ? Tu veux savoir si je vais bien ? Comme si ça allait changer quoi que ce soit !
Ma voix s'était brisée, à la fois par la colère et la déception. J'avais tellement voulu ce genre de moment, une présence, quelqu'un pour m'écouter. Mais c'était comme si c'était trop tard, comme si toutes ces années d'absence me revenaient en pleine face.
Ma mère resta silencieuse, visiblement touchée mais incapable de trouver les mots justes. Je détournai finalement le regard, le poids de cette confrontation m'écrasant.
— Laisse tomber je vais me coucher bonne nuit, murmurai-je, avant de me détourner.
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L'ombre du Parapluie
Roman d'amourMaya menait une existence terne, essayant tant bien que mal de naviguer dans une vie qui semblait n'avoir aucun sens. Jusqu'au jour où tout bascula. Sa meilleure amie, Amy, la seule lumière dans son monde obscur, fut brutalement arrachée à elle, ass...