Chapitre 55

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PDV : Hayden
- Flashback -

— Ferme-la, putain ! Je criai.

— S'il te plaît, fais pas ça ! implora Amy, la peur dans les yeux.

— Tu ne me laisses pas le choix ! Ma voix était pleine de désespoir.

— Tu sais, tu n'es pas obligé... Elle tentait de me raisonner, mais je ne voulais rien entendre.

— Silence ! Je l'interrompis violemment, ma patience s'évaporant, je n'étais pas en contrôle de mes décisions.

— Non... Non... S'il te plaît, ne fais pas ça...

— Au revoir, Amy... Je suis désolé. Les mots sortirent de ma bouche comme un souffle mort.

Elle pleurait, le visage pâle, tandis que le canon de l'arme se tenait devant elle. Démunie, elle s'agenouilla lentement, mais je détournai le regard, mon cœur battant la chamade. J'appuyai sur la gâchette, sans regrets. Son corps s'écroula, et le sang commença à s'écouler, teintant le sol d'un rouge sinistre.

L'espace d'un instant, j'étais figé, comme si une partie de moi était morte avec elle. Puis un bruit me fit sortir de ma torpeur :

— Hein... ?

C'était une fille. Elle avait tout vu, tout entendu, cachée derrière une poubelle.

— Sors de là... Je sais que t'es là... Juste derrière la poubelle... Je ne vais pas te faire de mal... On peut s'expliquer... Je tentai de lui parler, la voix tremblante.

Je n'avais pas menti ; j'avais réellement prévu de la laisser partir. Mais, lorsque la fille se leva, nos regards se croisèrent. Un frisson parcourut mon échine, et elle s'enfuit, perdue dans la nuit. Je restai figé, perdu dans mes pensées, le cœur lourd de ce que je venais de faire.

À ce moment-là, mon téléphone vibra dans ma poche. C'était Marco. Il voulait savoir si le travail avait été fait. D'une voix vide, je lui confirmai que oui. Quelques minutes plus tard, il arriva pour vérifier. Il me félicita et me dit qu'il s'occuperait du reste et qu'il était temps pour moi de rentrer.

Je me dirigeai vers chez ma grand-mère, mes pensées tourbillonnant dans ma tête comme une tempête. Une fois à l'intérieur, je pris une douche, l'eau froide ne parvenant pas à apaiser le dégoût qui me rongeait. Je tentai de dormir, mais tout ce que je réussis à faire, c'était vomir, me libérant de cette horreur que j'avais infligée. Mon cœur était lourd, et le poids de mes actions me hantait.

Quelques jours plus tard...

La disparition d'Amy était devenue publique. Partout dans le quartier, on en parlait. Des affiches avec sa photo étaient collées sur les murs, et des équipes de recherche sillonnaient les rues. Ses parents, complètement détruits, lançaient des appels à l'aide à la télévision et sur les réseaux sociaux. Chaque fois que je voyais leur visage anéanti, je ressentais un mélange de dégoût et de culpabilité. Je connaissais la vérité. Je savais où elle se trouvait, ou plutôt, ce qu'il en restait. Et pourtant, je les laissais chercher, les regardant sombrer dans la douleur, incapable de leur dire ce qui s'était vraiment passé.

C'était affreux, mais une part de moi se disait qu'ils méritaient cette souffrance. Après tout, quand ma grand-mère avait eu besoin d'aide, ils n'avaient rien fait. Ils m'avaient laissé seul, me débrouiller avec un fardeau trop lourd pour moi. Je me haïssais pour penser ainsi, mais c'était la réalité. C'était comme un poison qui me rongeait, lentement mais sûrement.

Quelques semaines passèrent avant que la police ne retrouve enfin le corps d'Amy. L'annonce fut un choc terrible pour tout le quartier, mais surtout pour ses parents. Je les avais vus à la télévision, en larmes, totalement dévastés. Ils étaient morts avec elle, d'une certaine manière.

Avant de quitter le quartier, ses parents vinrent me voir. Ils étaient pâles, vidés de toute énergie. Ils me tendirent un bracelet, celui d'Amy.

— "Elle aurait voulu que tu l'aies," m'avait dit sa mère, sa voix brisée par le chagrin.

Je pris le bracelet, mon cœur serré. Je n'avais jamais ressenti un tel dégoût de moi-même. Comment pouvaient-ils croire que je méritais de garder ce souvenir ? Que j'étais digne de l'honorer alors que j'avais été celui qui avait mis fin à sa vie ?

Je commençai à m'éloigner du gang. Je ne répondais plus aux appels de Marco, je disparaissais de plus en plus dans l'ombre. Je pensais pouvoir m'en sortir comme ça, mais je me trompais. Un matin, Marco débarqua à l'improviste, me forçant à une confrontation que je redoutais.

— Hayden ! Ça fait un moment, non ? Tu sais que t'as pas donné de nouvelles depuis des jours ? me lança Marco, son ton entre l'irritation et la curiosité.

Je pris une profonde inspiration, prêt à affronter ce que j'avais à dire.

— Je quitte, Marco. C'est fini. Je peux plus continuer. C'est trop pour moi.

Il fronça les sourcils, son regard se durcit un instant avant qu'il ne laisse échapper un léger rire amer.

— Quoi ? T'es devenu un homme, Hayden. Un vrai. Et tu veux partir maintenant ?

— J'ai tué Amy... Tu comprends ça ? J'ai fait ce que tu m'as demandé, mais maintenant, je peux plus continuer. Je suis foutu.

Marco se tut un moment, son expression se transforma. Il me regardait comme s'il voyait un fantôme.

— Tu me rappelles mon frère, tu sais. Celui que j'ai perdu... t'as le même regard que lui. C'est peut-être pour ça que je t'ai recueillis parmi nous. Hayden c'est d'accord, je vais te laisser tranquille mais juste parce que t'as payé ta dette en tuant Amy. Sache que c'est une faveur que je te fais.

Son ton était plus doux que je ne l'avais jamais entendu. Mais cela n'apaisa en rien ma conscience.

— Ils ont retrouvé son corps... murmurai-je, sentant le poids du monde sur mes épaules. C'est la merde, Marco.

— Non, mec, t'inquiète. J'ai des gars dans la police, ils vont couvrir ça. T'auras aucun problème. Elle est juste... disparue, et maintenant retrouvée. Personne te reliera à ça.

Son assurance était glaçante. Mais au fond de moi, je savais que rien ne pourrait vraiment effacer ce que j'avais fait.

Quelques jours après cette rencontre avec Marco, je recommençai à prendre des petits boulots pour survivre. Rien de glorieux, juste de quoi passer le temps, de quoi m'occuper l'esprit. Mais je n'arrivais pas à me débarrasser du poids de la culpabilité. Chaque nuit, je voyais Amy dans mes rêves, son regard vide de vie.

Un matin, je me rendis à l'hôpital pour rendre visite à ma grand-mère. Je me disais que lui rendre visite serait peut-être la seule chose bien que je pouvais encore faire. Mais lorsque j'arrivai, une infirmière m'attendait avec une expression grave.

L'infirmière m'a arrêté dans le couloir avant que je ne puisse entrer dans sa chambre. Son visage était sombre.

— Je suis désolée, Hayden... ta grand-mère est décédée ce matin.

Je me figeai. C'était comme si le monde s'écroulait autour de moi.

— Non... non, ça peut pas être vrai... murmurai-je, les yeux remplis de larmes.

Tout s'effondra. J'avais tout fait pour elle. J'avais tout sacrifié, et pourtant, elle n'était plus là.

Après l'enterrement, j'ai reçu un appel de mes parents. Ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas encore revenir me chercher. Il faudrait attendre deux mois. En attendant, je serais placé en foyer. Après ces deux mois, ils viendraient. Leur entreprise ne serait plus en faillite, et ils allaient "tout arranger", comme ils disaient. Mais qu'y avait-il encore à arranger ? Tout était déjà brisé.

 L'ombre du ParapluieOù les histoires vivent. Découvrez maintenant