Chapitre 40

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Quand j'ouvre discrètement les yeux, pour mon plus grand bonheur, Shane n'est plus là.
Allongée en boule sur le tas de vêtements que Shane a renversé hier en mettant la cellule sans dessus dessous, je souffle, soulagée.
La dernière chose dont j'avais envie c'était bien le de voir.
D'abord à cause d'hier, parce que c'est gênant.
Et un peu énervant aussi, c'est vrai. Un peu beaucoup.
Surtout que la fille en question n'est autre que Léna.

Léna. Argh. Je rage.

Cette pétasse a baisé avec MON partenaire dans MON lit. Grrr.

En relevant les yeux, je constate avec déception que Shane n'a pas changé les draps du lit. Je n'ai pas voulu lui dire de vive voix mais c'est le message que je lui lançais en dormant ici, au sol, sur un tas de vêtements.
Dit comme ça, ça fait un peu clocharde ; mais en réalité j'étais tellement fatiguée hier que j'ai quand même bien dormi. J'aurais même pu me sentir confortable et trouver le sommeil sur un bloc de béton.
Donc malgré tout, ma nuit a été bonne. Sans cauchemar où Shane et Léna s'amusent partout et sans Nate et ses révélations.

Nate.
Les révélations.

Voilà aussi pourquoi je ne veux pas voir Shane. Parce qu'encore une fois, à son insu, j'ai de nouveau appris des choses qui m'étaient pourtant interdites. Mais cette fois, ça n'a rien à voir avec des secrets personnels de sa vie, qu'il ne veut pas qu'on apprenne.
Non.
Cette fois, c'est beaucoup plus sérieux. Beaucoup plus dangereux.
Maintenant, je comprends tout à fait pourquoi Nate qualifiait ça de fardeau. C'est même plus que ça ; c'est un boulet de 80kilos enchaîné à ma cheville.

Pourtant malgré tout ça, c'est assez étrange mais je n'ai pas peur. Je ne comprend pas très bien puisque c'est effrayant.
En fait, je reconnais que c'est effrayant, sans néanmoins avoir peur.

Faut saisir la nuance.
Enfin bref.

Nate m'a dit que c'est sûrement parce que je ne réalise pas. Peut-être, mais moi en tout cas, ça m'arrange, et je ne veux pas que ça change. Je préfère garder la tête froide. La peur nous pousse à faire des choses stupide, et moi, je veux rester concentrée.

Je me lève pour me déshabiller et enfiler de nouveaux vêtements, lorsque soudain, un gémissement me parvient depuis la salle de bain.
Je fais un pas hésitant de côté pour y jetter un coup d'oeil, et un sourire narquois se glisse sur mes lèvres quand je le vois.

Il a de la chance, parce que je suis de bonne humeur, ce matin. Et même s'il est finalement là, je ne vais pas lui crier dessus.

Je passe rapidement mon t-shirt puis avance jusqu'à lui.
Affalé contre les toilettes, ses mains crispées sur la cuvette, Shane fait bien pitié à voir.
Ça me fait rire.
Amusée, je me penche avec un sourire pour observer sa mine pâlotte et malade.

-Oulah. Ça va ? T'as une sale gueule, je ricane pour me moquer de lui.

En réalité, c'est le doux goût de cette "vengeance" que je savoure et qui me fait sourire.
Bien fait pour lui. Il n'avait qu'à pas coucher avec cette fille.
Shane gémit en faisant rouler sa tête sur la cuvette, et mon sourire s'élargit.

-Aaaah... souffle-t-il, les sourcils froncés par la douleur. Je me sens super mal ; j'arrête pas de vomir... Qu'est-ce qu'il m'arrive putain ?

Il a vraiment l'air d'ignorer ce qui se passe. Je vais lui dire.
Je m'accroupie, mon petit sourire narquois scotché sur les lèvres.

-On appelle ça une bonne gueule de bois, mon p'tit pote, je ricane. C'est la première fois que tu bois ?

-Évidemment, maugré-t-il en me fusillant du regard, agacé par mon sourire goguenard. L'alcool, ça court par les rues ici.

Soudain, son regard noir s'envole, et un haut-le-coeur le traverse. Il se redresse vivement pour plonger sa tête dans les toilettes.
L'odeur et le bruit de sa gerbe me dégoute et je grimace, sans pour autant m'en aller. Je ne sais pas trop ce qu'il faut faire dans ce genre de situation.
En fait, j'ai plus l'habitude d'être celle à genoux qui dégueule, que celle debout qui tient les cheveux et qui rassure.
Je me penche en avant pour frotter gentiment son dos, à la manière dont mes copines me le faisaient et j'attends qu'il reprenne son souffle.

N°2304Où les histoires vivent. Découvrez maintenant