Un centre. Des garçons. Des filles.
Une fille. Une salle. Des menottes.
La peur. Le désespoir.
Le commencement.
Un garçon. Une cellule. Des voix.
La douleur. La culpabilité.
La fin.
Ils n'ont aucunes idées de ce qui les attendent...
Assis de profil sur une chaise en bois, le démon aux allures d'ange bricole, penché au dessus de sa table de travail. Je l'observe minutieusement, fronçant les sourcils chaque fois qu'il me regarde, en me demandant pour la millième fois au moins comment je vais faire.
Si c'était un livre ou un film et que j'avais des supers-pouvoirs, il y aurait longtemps que le regard meurtrier que je lui adresse constamment l'aurait réduit à l'état de poussières. Malheureusement, je n'ai pas de supers-pouvoirs.
Si j'avais les mains libres, je lui broyerai la mâchoire jusqu'à ce qu'il ne puisse plus afficher ce petit sourire amusé.
Si j'avais été moins bête, je n'aurais pas fini ici. Mais j'ai été stupide. Et comme on dit : Avec des "si", on refait le monde.
Le plus important maintenant, c'est de savoir ce que je vais devenir.
Pour l'instant, ça doit faire un peu plus d'une semaine que je suis ici, enfermée dans cette pièce humide, sombre et insalubre. J'ai rapidement perdu toute notion du temps puisque Bérivan s'est ingénié à me déstabiliser.
Quand je me suis réveillée ici, dans cette petite pièce quasiment identique à celle dans laquelle je m'étais faite Marquer, j'ai paniqué. La peur m'a submergé, comme un véritable raz-de-marée, et je me suis littéralement liquéfiée lorsque Bérivan s'est présenté face à moi, quelques heures ou peut-être quelques jours après mon réveil. Par la suite, j'ai refusé de coopérer. J'avais conscience d'avoir signé mon arrêt de mort. Je m'attendais à ce qu'il me punisse et me le fasse amèrement regretter.
Pourtant jusqu'ici, je n'ai pas tellement souffert -même si je sais que ce n'est qu'une question de temps, et que cela viendra. Pour le moment, j'ai l'impression que Bérivan me teste, jauge mon mental, mon endurance et ma capacité à résister.
Il m'a affamé pendant plusieurs jours.
Il s'est amusé à me faire peur.
Il m'a humilié en m'obligeant à me doucher devant lui.
Pour l'instant, il me montre que c'est lui le patron. Il joue avec mes nerfs, pour voir comment je réagis, pour voir si je vais réagir.
Il commence en douceur, mais je le sens déjà aller crescendo.
Songeuse, je l'observe distraitement à l'autre bout de la pièce souder ses morceaux de métal, un chalumeau dans la main. Il veut me faire peur pour que j'obéisse. Il veut me faire plier et m'imposer son autorité.
Alors il va falloir faire tout le contraire.
Le démon coupe la flamme du chalumeau qu'il repose sur son bureau, et retire son masque pour admirer le résultat de son travail. Je ne sais pas depuis combien de temps il y travaille puisque j'ai perdu toute notion du temps, mais je sais que ça fait un moment que j'attends et que je l'observe bricoler.
Étrangement, aujourd'hui sa présence ici est presque plaisante.
Comme il m'arrive de passer de longs moments seule dans le noir, la solitude me pèse. C'est clair que j'aurais préféré quelqu'un d'autre pour me tenir compagnie. Mais quand il ne parle pas et ne me torture pas, sa présence devient presque agréable.
Presque.
Parce que je sais maintenant que ses allures d'ange sont dangereusement trompeuses. Sa beauté à couper le souffle déstabilise, mais il ne faut pas s'y tromper : elle n'est que physique, et surtout, elle est sulfureuse.
Un sourire satisfait étire ses lèvres. Cette fois, il a bel et bien terminé. Il rit -un rire qui n'annonce rien de bon, et ma peau se couvre de frisson. Il m'a dit : "Tu vas voir, ça va te plaire".
Je sais très bien que ça ne va pas me plaire.
Il se lève, de cette grâce féline et sensuelle qui semble l'animer, et je m'efforce de ne pas le quitter des yeux, même lorsque son regard bleu glacé se heurte au mien.
-Qu'est-ce que c'est ? Je ne peux m'empêcher de demander, alors qu'il contourne mon siège et disparaît dans mon dos.
Ma voix tremble; j'espère que je suis la seule à le percevoir.
Son silence fait grimper ma peur en flèche. J'aimerais me retourner mais les sangles me maintiennent fermement au siège.
Je déteste l'avoir dans mon dos; je crois qu'il l'a compris.
Seule sa respiration régulière m'indique qu'il est toujours là.
Soudain, sa main s'enroule autour de mon cou. Sa poigne ferme me fait aussitôt crier, de peur qu'il ne m'étrangle, mais au lieu de ça, il y accroche quelque chose d'épais qui se verrouille par un "clac".
- C'est un collier pouréviter les mauvaises surprises.
Je perçois le sous-entendu irrité dans sa voix.
Il y a quelques jours, après m'avoir obligé à me doucher devant lui, les deux gardes -qui ne se sont pas gênés pour jeter des coups d'oeil intéressés, devaient me ramener ici. Je ne sais pas comment, mais jai réussi à les repousser et à m'enfuir. J'ai couru aussi vite que j'ai pu mais ça n'a pas suffi. Comme je ne connais pas les lieux, j'ai pris la mauvaise direction et je me suis retrouvée coincée dans un cul-de-sac. Bérivan était si en colère que j'ai cru qu'il allait me tuer sur le champs.
C'est clair que ma petite promenade lui est restée en travers de la gorge.
-Il détecte les mouvements, et si tu bouges rapidement, comme si tu courais par exemple, un choc éléctrique se déclenchera et ne s'arrêtera qu'une fois que tu seras immobilisée.
"Un choc éléctrique" !?
Comme ce qu'avait subi Shane quelques mois avant que je n'arrive au Centre !?
Des images de son corps contusionné me reviennent par dizaine et me glace le sang. Mon souffle s'accélère, mes membres se mettent à trembler; je suis au bord de la crise de panique. Le collier épais et dur m'oppresse et pèse lourd sur ma gorge : j'ai l'impression qu'il m'étrangle.
Le démon s'écarte et s'éloigne lentement à reculons, observant attentivement ma réaction et chacune des émotions qui défilent sur mon visage. Peur. Panique. Horreur.
Mais lorsque je le remarque, une petite voix dans ma tête me force à me calmer et à refermer ma boite de Pandore.
Tu ne tireras rien de moi, enfoiré.
Son visage s'éclaire et il sourit comme s'il avait pu m'entendre.
- Letruc qui est super avec ce collier, reprend-il nonchalamment en baissant la tête sur la main qu'il enfoui dans sa poche, c'est qu'il peut aussi être déclenché à distance.
Sa main ressort une petite télécommande de sa poche. Il l'observe, m'adresse un petit sourire cruel, et avant même que je ne puisses assimiler ses paroles, une douleur insoutenable me traverse.
Mon corps se cambre à l'extrême et le cri qui explose dans ma gorge me déchire les cordes vocales.
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