Chapitre 19

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On toqua à la porte, et celle-ci grinça en s'ouvrant doucement.
La jeune fille savait très bien de qui il s'agissait, mais elle ne se leva que lorsqu'elle aperçu le visage désolé et fatigué de sa mère.

La jeune fille s'avança seulement de quelques pas pour lui faire face, et toutes deux s'observèrent mutuellement le temps d'un instant, sondant le regard et cherchant des éventuelles marques sur le corps de l'autre. Mais bien sur, elles savaient que s'ils devaient y en avoir -et il y en aurait, elles n'apparaîtront que le lendemain, après une courte nuit de repos.
Sa mère fut la première à briser le silence pour la prendre dans ses bras.

Oh ma petite fille», souffla-t-elle d'une voix tremblotante d'émotion.«Je suis si désolée mon ange

La jeune fille lui rendit son étreinte, et posa son menton sur son épaule, imprégnant ses poumons de son odeur si apaisante.

Ça va, maman, ne t'en fais pas», lui répondis sa fille, pour essayer de la rassurer. «C'est pas si grave ; je crois que je n'aurais qu'un coquard à l'oeil droit demain»

Bien que l'ecchymose n'ai pas encore apparue, sa mère défit leur étreinte pour prendre son visage dans ses mains, et observer son oeil déjà bouffie. Sa lèvre inférieure se mit à trembler, et la jeune fille détesta toute cette affliction qu'elle lu dans ses yeux larmoyants.

Et que diront tes amis ?»,la questionna sa mère, inquiète.

La jeune fille hocha simplement les épaules.

Les autres fois ils ne disent rien. Je crois que de toute façon ils ont compris, mais au moins ils ne me posent pas de questions.»

L'avantage qu'elle avait avec ses amis, c'est que c'était eux même des gamins à problèmes, qui trainaient dans les rues, qui venaient des quartiers mal fréquentés et qui parfois se faisaient eux aussi tabassés. Pas forcément par leur parent, mais au moins, ils connaissaient.
Même si ses amis que certains qualifiaient de mauvaises fréquentations, la jeune fille les aimaient, et se sentait réellement à sa place avec eux. Elle se sentait comprise avec ces gens similaires à elle.
Et puis eux l'avaient aidé lorsqu'elle se faisait embêter à l'école, à l'instar de ces petites bourges qu'elle avait autrefois considéré comme ses amies. Ces petites gâtés pourries ne faisaient que se moquer d'elle et de la montrer du doigt, ou d'appuyer sur ses bleus lorsqu'elle avait le malheur de remonter ses manches.

Pestes.
Salopes.

Elle adorait les voir à présent trembler lorsqu'elle et ses amis passaient près d'elles, ou les hélaient depuis le trottoir d'en face. Les choses avaient changé ; les rôles s'étaient inversés.
La jeune fille se promit qu'elle ne serait plus jamais une victime.

Tu n'aurais pas dû lui répondre».

La jeune fille grimaça et se détourna pour rejoindre son lit.

Désolé,maman, mais j'en ai marre. J'en ai marre de me laisser faire par ce trou du cul qui ne vaut certainement pas mieux que moi».

Son père, ou celui qu'elle avait un jour pu qualifier comme tel, lui répétais sans cesse durant leurs "affrontements" qu'elle ne valait rien et lui énumerait tous ses défauts dans le but de la rabaisser, et de la remettre à sa place. Mais même si elle n'avait pas toujours été insensible à ses paroles, aujourd'hui elle lui crachait littéralement à la figure. Elle n'en avait rien à foutre de ce que cet ordure pouvait dire d'elle. Ses paroles n'avaient aucunes valeurs et ne reflétaient que la cruauté, la perversité et l'instabilité de son propriétaire.
Aujourd'hui, la jeune fille ne voulait plus plier l'échine, et voulait lui faire payer toutes ses années de violences et de soumission qu'elle avait subi. Elle voulait lui faire regretter d'avoir rendu sa mère comme ça, aussi faible et aussi fatiguée ; et elle voulait le voir à genou devant elle, la supplier de s'arrêter.
Bien sur, elle avait parfaitement conscience que ces rêves étaient tordus et malsain comme l'était son géniteur ; mais avec cet homme, elle n'éprouvait ni pitié ni compassion,et sa cruauté ne semblait avoir aucunes limites.
La jeune fille se sentait à présent capable d'affronter cet homme qui l'avait terrifié tout au long de son enfance et se sentait prête à cogner  aussi fort que lui.
Seulement sa mère s'y opposait catégoriquement.
Celle-ci s'en voulait tellement d'avoir élevé sa petite fille ainsi, de l'avoir tant exposée à la violence ; et bien que se fusse trop tard, elle s'obstinait à essayer de garder sa petite fille  à l'écart, à l'abri, dans une innocence qu'elle n'avait plus.

Ne parle pas si fort, chérie, il...»

Mais regarde nous maman ! On ne peut pas continuer comme ça. Il t'a déjà fait perdre deux boulots - et encore bien plus que ça ; et te savoir seule ici avec lui m'est insupportable. Il a ruiné mon enfance et n'a fait qu'hanter chaque cauchemar que je faisais la nuit. Je le déteste. Et je vais le faire regretter. Je te le promets.»

Non», sanglota sa mère en secouant la tête. «Ne fais pas ça, tu sais qu'il serait capable de ... de te tuer».

Ses sanglots la firent hoqueter, et devant le regard déterminer de sa fille, elle ne pu que pleurer plus fort et se maudire de lui avoir fait subir tout ça.

Alors on pourrait partir»

Pour aller où !? On n'a pas le moindre centime et il ne nous laissera jamais quitter la maison».

Alors on pourrait partir s'en rien emporter, pour recommencer une nouvelle vie ailleurs ; une meilleure vie»

Mais sa mère secoua de nouveau la tête, projetant des gouttelettes de larmes tout autour d'elle.

Non, on n'irait nulle part. Je t'en prie, ne pense plus à ça, oublie tout ça et ne tente rien qui pourrait te mettre en danger».

Sa mère s'approcha pour reprendre son visage entre ses mains et continua :

Ne le défie pas, je t'en supplie Hannah, ne le défie pas.»

Devant ses yeux si désespéré, la jeune fille fit la seule chose qui pourrait calmer et rassurer sa mère : elle acquieça.
Elle prit une profonde inspiration et hocha la tête avant de prendre sa mère dans ses bras. Ceux-ci l'enlassèrent tendrement et la serrèrent fort pour calmer les tremblements qui la secouaient.

Mais elle se promit qu'un jour, elle les vengerait toutes le deux.
Justice allait être rendue.

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N°2304Où les histoires vivent. Découvrez maintenant