Chapitre 114

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J'avais passé tout le jour précédent et une bonne partie de la nuit sur les feuillets que m'avaient remis mon bibliothécaire. Pas que le document soit conséquent mais il avait été écrit avec une calligraphie quelque peu hésitante et fantaisiste ainsi qu'une orthographe approximative, ce qui rendait sa lecture compliquée.

En revanche, le sujet en était éminemment intéressant mais rendait son déchiffrement encore plus difficile par son vocabulaire spécifique et -je devais bien l'avouer- que je ne maîtrisais pas en totalité.

Cependant, après lecture, il fallait admettre que j'aurais vivement apprécié en connaitre l'auteur car, contre toute attente, il s'agissait exactement de ce dont j'avais besoin.

« En quoi ? » releva tout à coup la Piri.

Elle ne prêtait généralement pas beaucoup d'attention à mes pensées lorsque je lisais, sauf quand je laissais trop mes idées vagabonder pendant ma lecture ou qu'elle avait tout simplement décidé de ne pas me laisser en paix.

Comme d'habitude, je l'ignorai. J'avais d'autres préoccupations.

En fait, le document était un condensé de tout ce qu'il y avait à savoir sur la sujétion des esprits, en particulier comment cet assujettissement fonctionnait entre eux. Je n'avais jamais rien lu de tel. En fait, je ne savais pas qu'il existait des connaissances aussi précises sur l'organisation du monde des esprits. D'ailleurs, j'avais toujours imaginé qu'une grande part d'anarchie régissait les agissements des esprits. Ce que je venais de lire -à supposer que tout soit exact- prouvait au contraire qu'ils étaient soumis à des règles bien définies. Et à travers cet écrit qui portait pourtant sur un sujet bien spécifique, je pouvais très bien déduire qu'au final, si nous avions un rapport si défiant avec le monde des esprits, c'était probablement avant tout parce que nous ne connaissions pas ces règles. Même si je n'avais que la Piri en référence, je me doutais qu'en plus, les esprits n'étaient pas spécialement enclins à nous les enseigner.

« En effet. » confirma la Piri. « C'est pourquoi je vois mal en quoi ces vulgaires morceaux de papier représentent ce dont tu as besoin aujourd'hui. » se moqua-t-elle, tout à coup pleine de verve.

Elle devait s'inquiéter. Et elle avait raison. Maintenant, j'allais peut-être -aussi ténue que soit la chance- pouvoir libérer le Tigre du joug de la Piri.

« Et qui est le Tigre ? » joua-t-elle les innocentes.

En sachant que je rendais visite à Ri Ah tous les matins, elle ne pensait tout de même pas qu'elle ne m'aurait pas dit qu'elle avait un esprit protecteur et d'où elle le tenait ? C'était ridicule.

« Oh attend... Le Tigre c'est... » souffla-t-elle dans ma tête.

Puis elle éclata de rire. J'étais coutumier des accès de joie malsaine de la Piri mais là, c'était à un tout autre niveau. Souvent, elle riait méchamment et presque faussement, ce qui lui permettait d'interrompre son rire à tout moment. Mais cette fois, cela ressemblait à un vrai fou rire. Et c'était encore plus inquiétant.

« C'est que ce... Cette faible petite chose a... » eut elle du mal à s'exprimer entre deux éclats.

Je ne l'avais jamais entendue comme ça.

« Il a choisi de s'appeler 'Tigre' ! » repartit elle à nouveau dans son hilarité.

Mon cœur se serra. Il avait dit s'appeler le Tigre du mont Baekdu. Et c'était vrai que ça m'avait interpellé dès le départ. Le site était sacré. La Piri n'avait théoriquement pas le pouvoir d'appeler un esprit venant de là-bas. Surtout venant de là-bas, en fait.

« Le Tigre du mont Baekdu !? » sembla découvrir la Piri, de plus en plus hilare.

Si elle avait eu des poumons, elle aurait été à bout de souffle.

Le souhait du roiDes histoires addictives. Découvrez maintenant