Chapitre 110

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L'aube pointait seulement lorsque je traversai l'allée de mes quartiers. J'allais avoir une matinée très occupée. Avant de me rendre au pavillon du soleil pour la « leçon » journalière de Ri Ah, j'avais deux autres rendez-vous.

Le premier était avec mon bibliothécaire personnel. Évidemment, ce n'était pas réellement mon bibliothécaire personnel mais plutôt un archiviste du palais dont j'aidais subtilement la carrière. Nous avions tous les deux à y gagner dans cette relation. Lui pouvait satisfaire ses ambitions et trouver une sécurité confortable dans le soutien d'un prince et moi, je gagnais la discrétion de mes lectures.

Chaque ouvrage circulant au palais faisait l'objet d'une certaine surveillance alors il s'arrangeait un peu avec le registre. Cela m'avait permis de consulter -entre autres- des livres de politique, un intérêt qui aurait pu être considéré -pas par San lui-même mais par tous ceux ayant des fonctions politiques au palais- comme une menace étant donné ma place dans la ligne de succession. Mais j'avais pu également faire des recherches sur le chamanisme, une curiosité qui aurait sans nul doute été réprouvé pour quelqu'un de mon rang, en dépit de mon lien manifeste avec le monde des esprits.

C'était d'ailleurs sur ce dernier sujet que j'avais beaucoup sollicité mon bibliothécaire ces derniers jours. A cause de mes exigences, il avait ratissé la bibliothèque royale de fond en comble. Mais force était de constater que le chamanisme et tout ce qui lui était lié n'était pas la priorité du palais en dehors de la conduite des cérémonies officielles. Alors, sur ma demande, il avait accepté de chercher à Hanyang s'il pouvait trouver des ouvrages un peu moins officiels mais qui pourraient peut-être compléter mes connaissances.

Mes recherches actuelles étaient surtout tournées sur l'énergie spirituelle et le moyen de la maîtriser parce que si Ri Ah m'avait enseigné la théorie qu'elle tenait de son esprit protecteur, elle ne la maîtrisait manifestement pas et elle ne semblait pas prendre -ou avoir- le temps de s'y entrainer.

En faisant ces recherches maintenant, je me rendais bien compte que j'avais été négligeant. Je connaissais mon don depuis longtemps et au lieu d'apprendre à le maîtriser, ce qui m'aurait permis de l'aider aujourd'hui, j'avais tout simplement fui et m'étais replié sur moi-même. Eviter le contact avec les autres me permettait d'éviter de me vider de mon énergie. Mais Ri Ah n'avait pas la chance de pouvoir imposer qu'on lui laisse la paix et chaque jour était un danger. La priorité était donc de lui permettre une certaine sécurité face à la mort.

Et si je préférais d'abord travailler à cette sécurité plutôt que directement au moyen de la renvoyer chez elle, c'était parce que je n'étais plus sûr de la bonne voie à suivre.

Bien sûr, j'avais envie de l'aider et de briller à ses yeux. Etre celui qui trouve une solution à son problème était surement le meilleur moyen pour ça. Mais trouver pour elle un moyen de quitter ce monde signifiait qu'elle partirait sans que nous ne nous revoyions jamais. De manière tout à fait égoïste, j'avais envie qu'elle reste. Je m'étais habitué à ce qu'elle vienne bouleverser mes habitudes et ma vie tranquille mais monotone. Je m'étais habitué à ses raisonnements inhabituels mais curieusement sensés. Je m'étais habitué à sa détermination et à ce courage dont elle faisait montre et qui me manquait cruellement. En fait, je l'admirais et je pensais que, plus que tout autre, vu les efforts qu'elle y mettait, elle méritait d'atteindre ses objectifs. Alors pourquoi espérais-je secrètement que ceux-ci soient impossibles ? Et ce alors même que je continuais de penser que l'influence qu'elle avait sur San n'augurait rien de bon pour le royaume. Parce qu'elle était elle-même manipulée par le premier ministre Choi qui avait déjà bien trop de pouvoir.

L'idée de la faire reine de Joseon me serrait le cœur pour bien des raisons.

Tout à ces pensées, je franchis la limite de mon domaine, hors de la zone d'influence de la Piri, ce qui me permettait même de réfléchir en paix, pour une fois. Par sécurité, je préférais que mes rares rencontres se fassent hors de cette limite. On ne savait jamais qui pouvait avoir un don caché. D'ailleurs, ironiquement, la seule personne qui avait osé franchir les limites de mon domaine sans mon autorisation s'était trouvé avoir ce don. Ri Ah était une source inépuisable de surprise et d'ennuis.

Le souhait du roiDes histoires addictives. Découvrez maintenant