Chapitre 149

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Le roi était resté à me parler encore un moment, hésitant entre me donner des conseils sur ma conduite et me faire du rentre dedans. D'où la relative étrangeté de notre conversation.

Finalement, il avait évité d'aller trop loin, réservant ça sans doute pour le moment où je serais officiellement sa 'propriété' et il était parti en feignant que ces adieux -probablement franchement trop brefs- lui coutaient.

Ce fut à ce moment-là que toute l'angoisse que j'avais refoulée s'abattit sur moi. Depuis que j'avais été réunie avec Jong Ho ce matin, je n'avais été seule à aucun moment, empêchant mes pensées dérangeantes de s'exprimer pleinement. Mais maintenant, elles se bousculaient dans mon esprit.

Toujours assise sur le pyeongsang, je remontai les pieds pour venir entourer mes genoux de mes bras et poser ma tête sur mes jambes, dans une sorte de câlin à moi même. La situation était pour le moins ambivalente.

Je ne pouvais pas contester le fait d'être heureuse de mon unification avec Jong Ho. Cela me semblait trop être dans l'ordre des choses pour ne pas m'en réjouir. C'était comme s'il m'avait manqué quelque chose d'important toute ma vie et que je l'avais enfin retrouvé. Ce sentiment de complétude me rendait euphorique et même optimiste pour l'avenir. Parce que je savais que désormais, je ne serai plus jamais seule face à la vicissitude du monde. Jong Ho serait toujours là pour moi et je serais toujours là pour lui, peu importe les épreuves. Ça ne pouvait pas être remis en question parce que nous étions chacun une part -importante- de l'autre.

Mais ce sentiment de bonheur pur avait son contrepied.

L'union de nos âmes me liait maintenant à Joseon définitivement. Ce qui rendait caducs tous mes plans pour m'extraire de cet univers et me condamnait à vivre ma vie dans ce monde médiéval arriéré où beaucoup de gens voulaient ma mort et où l'état pitoyable de la médecine pouvait bien finir par les y aider. Je devais me faire à l'idée d'accepter les règles absurdes qui régissaient ce royaume et me laisser amputer à jamais d'une grande partie de ma liberté. Cette vérité était assommante. Et effrayante.

Pour me rassurer, je glissai ma main vers les pendants qui ornaient ma chima. Caresser le norigae que m'avait offert Jong Ho m'apaisait. Encore plus maintenant. J'écartai le talisman de Yun Ho que ma main trouva en premier avant de rencontrer le métal froid de l'amulette aux cornes de cerf.

Et je fus soudain comme projetée hors de moi. Je sentis mon corps tomber en arrière tandis que le monde s'obscurcissait d'un seul coup, comme soumis à une éclipse soudaine. Je me retrouvai debout, seule dans le noir le plus profond.

Affolée, je scrutai les ténèbres à la recherche de la moindre source de lumière quand je vis un trône royal dans le plus pur style de Joseon que la lueur d'une aube naissante éclairait peu à peu. Car derrière, un immense soleil était en train de se lever, projetant une lumière intense et crue. Il monta dans le ciel obscur avec une rapidité surnaturelle, sa lumière ne réfléchissant que sur moi et le trône comme si nous étions les seuls corps existants de cet univers. En quelques secondes, il fut suivi par un autre soleil aussi énorme qui vint le rejoindre dans les cieux, rendant la luminosité insupportable. Il me sembla que ma rétine brûlait sans que je puisse fermer les paupières, m'infligeant une douleur insondable. Je ne perdis pourtant pas la vue. Leur éclat réuni était si intense que le trône s'embrasa. Après quelques secondes de ce douloureux spectacle imposé, les soleils commencèrent à rougeoyer, comme s'ils étaient en train de se consumer. Puis d'un seul coup, ils chutèrent et s'écrasèrent au sol en une mer de flammes. Le torrent enflammé déferla sur moi et me renversa.

Le souffle ardent me projeta en arrière et je tombai dans une eau glacée. Mes yeux toujours grands ouverts, je pouvais maintenant voir sous l'eau claire la luminosité d'un matin brumeux, toute flammes oubliées. L'air commença à me manquer et je me débattis. Enveloppé d'un étrange écho, j'entendis un chœur de femmes dans le lointain. Elles chantaient dans une langue inconnue. Mes poumons se vidaient et bientôt, mue par l'urgence de respirer, j'ouvris la bouche mais ne respirait que l'eau glaciale qui m'enveloppait.

Le souhait du roiDes histoires addictives. Découvrez maintenant