Chapitre 142

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Je marchais vers le point de rendez-vous que m'avait transmis Ri Ah, traversé de toutes les émotions possibles.

La veille, à bout de force, j'avais fini par m'endormir malgré sa présence affolante à mes côtés. J'avais pensé pendant longtemps à la possibilité d'agir -peu importe l'action- mais, outre le fait que je savais que ce ne serait pas raisonnable, la peur de sa réaction m'avait laissé paralysé. Les possibilités étaient restées de simples scénarios dans ma tête, comme souvent lorsque j'étais indécis.

Quand je m'étais réveillé, un peu avant l'aube, elle avait disparu, rentrée sagement à son pavillon quand j'avais fermé les yeux. Mais elle avait glissé quelque chose dans ma main. Un petit sachet brodé dont je pouvais sentir qu'il contenait de petites pierres polies. Je pensais savoir de quoi il s'agissait. Bien que je ne sois pas très renseigné sur ce qui pouvait se passer en dehors du palais, j'écoutais -quoique parfois d'une oreille distraite- les papotages de San quand il lui prenait l'envie de me rendre visite, ce qui était tout de même régulier. Sa vie tournant principalement autour de ses concubines -il trouvait ennuyeux tout ce qui avait trait à son devoir royal-, il me rapportait souvent les derniers commérages ou les tendances à la mode. Cela n'avait que peu d'intérêt à mes yeux, d'autant que j'étais totalement étranger à tout ça, mais me permettait de garder du lien avec lui.

Aujourd'hui, cela me permettait de savoir que ce que Ri Ah avait mis dans ma main était un 'sentiment'. Et je ne savais pas comment prendre la chose. Le fait qu'elle m'en offre un voulait dire qu'elle avait pensé à moi et cela faisait battre mon cœur. Mais il pouvait contenir n'importe quoi. En fait, je n'avais même pas osé ouvrir le sachet. Parce que je savais ce que j'aurais aimé y trouver et qu'au fond de moi, je savais qu'il y avait peu de chance pour que ça y soit. J'étais suffisamment anxieux à propos de ma sortie du jour, je ne voulais pas y ajouter la déception. Elle pouvait attendre.

Même si je n'arrivais pas à me sortir toutes ces idées de la tête, je m'étais fait violence pour que cela ne me déconcentre pas trop de mon objectif immédiat. Et ça avait plutôt bien fonctionné.

Sortir du palais avait même été relativement simple. J'avais emprunté les souterrains, comme cela m'était arrivé de nombreuses fois pendant mon enfance. Il suffisait de savoir quelle dalle bouger pour y pénétrer en toute discrétion. A partir de là, il ne restait plus qu'à éviter les gardes. C'était faisable quand on connaissait un peu leur fonctionnement et leurs habitudes pour les rondes. Dis comme cela, ça pouvait paraitre simple mais ces informations n'étaient pas accessibles à n'importe qui. Mon statut m'aidait beaucoup pour ce genre de choses. Et même si cela faisait bien longtemps que je n'étais plus sorti en toute discrétion de mon domaine, j'étais resté informé. Etre paré à toute éventualité peut éviter bien des angoisses. Une fuite du palais ne m'avait jamais paru être une circonstance inenvisageable.

Au moment opportun, j'avais ouvert la porte qui menait à l'extérieur avec une clé « égarée » depuis un long moment et qui était cachée à proximité, dans un endroit que même San ne devait pas connaitre. Et pourtant, la cache n'était pas des plus élaborées. Parfois, les choses les plus évidentes étaient celles qui restaient le mieux dissimulées.

Au reste, San n'en avait pas besoin. Quand il lui prenait de sortir par cette entrée, il faisait directement modifier les rondes à sa convenance et devait sans doute utiliser la clé officielle. Privilège de roi. Du moment que ça ne se savait pas.

L'existence de ma cache, à l'insu de tous, prouvait que je n'avais pas toujours été l'homme renfermé que j'étais devenu. Lorsque nous étions enfants, si je n'étais pas le plus turbulent, j'étais le plus rêveur. L'extérieur du palais me paraissait alors beaucoup plus intéressant que le petit monde fermé de la cour royale. Souvent, je m'échappais, seul, dans les rues de Hanyang, complètement inconscient des dangers auxquels je m'étais exposé.

Le souhait du roiDes histoires addictives. Découvrez maintenant