À mon réveil, les premières choses qui me parviennent sont les voix qui s'élèvent de la salle à manger. Tendant l'oreille, j'essaye de deviner à qui elles appartiennent. Faisant abstraction du bourdonnement qui les emplissent, je distingue deux voix féminines : celles de ma grand-mère et de ma mère, indéniablement. Quelques instants plus tard, une troisième me surprend ; masculine, celle-là. Me concentrant à nouveau malgré mon mal de tête et le brouillard tournant à l'intérieur de celle-ci, je réfléchis.
Celle de mon grand-père ? Pas possible, c'était un sorcier et il est décédé après avoir dépassé les cent cinquante trois ans. De plus, la voix sonne plus jeune. Un espoir fait alors surface.
Serait-ce celle de mon père ? Je réfléchis de plus belle, réfléchissant à en avoir la migraine et une réponse très décevante me ramène à la dure réalité. C'était un normal qui a divorcé de ma mère pour aller avec une autre femme. Dès lors, je n'ai plus eu aucune nouvelle de lui. Donc non, il ne peut pas être dans la salle à manger de ma grand-mère. Alors, qui cela peut-il bien être ? Cette voix m'est pourtant familière.
Décidant de trouver la réponse par moi-même j'ouvre les yeux. Les ? Oh, Aliana a dû soigner mon pauvre oeil. La lumière du soleil filtre à travers les volets en bois du grand châlet de ma grand-mère. Je me redresse avec difficulté ; mes côtes doivent pas encore être ressoudées. Par chance, quelqu'un a apporté des béquilles sur lesquelles je peux m'appuyer. Appréhendant ce moment depuis que je me suis réveillée, je me lève en gémissant et avance d'un pas.
Manque de chance, je viens d'avancer le pied droit, celui dont la cheville est cassée. Je perds l'équilibre et avant que je ne m'étale lourdement sur le sol, je me rattrape de justesse en m'écroulant sur le fauteuil qui avait probablement été placé là pendant mon sommeil. Chassant les larmes qui me sont montées aux yeux, retentant ma chance, je place un pied devant l'autre avec précaution jusqu'à la salle de bain, où je crains ce que je vais découvrir dans le miroir.
Étendue des dégâts : c'est moins pire que ce que j'imaginais. Le visage à juste assez dégonflé pour que je puisse ouvrir mon oeil droit (qui est toujours noir), j'ai des hématomes plein l'abdomen et sur l'épaule gauche. J'ai une grosse bosse à l'arrière de la tête et pour finir, ma cheville droite me fait toujours mal mais elle a dégonflé.
Clopinant dans le couloir ; j'arrive avec difficulté jusqu'à l'escalier, que je descends sur les fesses. Elles aussi sont courbaturées. En bas, je me dirige vers la salle à manger où effectivement trois personnes sont attablées devant un café, un air grave sur le visage. En me voyant arriver, Aliana se stoppe dans sa phrase et sourit tendrement. Une autre silhouette se retourne en se décalant un peu pour mieux me voir, et le soleil m'éblouit. Le temps que ma vue s'adapte, les deux se sont levées et viennent à ma rencontre.
Seulement deux personnes ?
Ma mère et ma grand-mère ?
— Comment te sens-tu ? demande la voix douce et bienveillante d'Aliana.
— Mis à part le fait que j'ai mal partout et que j'ai l'impression que mon corps va tomber en miettes à chaque respiration ? Ça va très, très bien. Merci de demander.
Dans notre famille, se réfugier derrière le sarcasme pour cacher tant bien que mal notre douleur est devenu une habitude.
— Désolée, je suis un peu sur les nerfs. Elle était à qui, la troisième voix que j'ai entendue depuis ma chambre ?
— Une troisième voix ? Il n'y a personne d'autre ma chérie.
— Ah bon... elle ressemblait à celle de papa ou de papi.
— Tu racontes n'importe quoi. Tu n'as pas entendu la voix de ton père depuis je ne sais combien d'années. Qu'est-ce qui t'es encore arrivé pour que tu reviennes aussi tard et dans un tel état ? me demande à son tour ma mère sur un ton coléreux, sans doute sa façon de montrer son inquiétude.
N'étant pas d'humeur à supporter ce ton là aujourd'hui, je réplique d'un ton sec :
— Tu devrais pourtant le savoir, toi qui m'empêche de me défendre, qui me demande de me faire toujours toute petite et de tout accepter pour, comme à chaque fois, ne pas attirer l'attention. J'ai bien remarqué que tu n'avais pas la sensibilité des elfes ou des fées, mais je pensais au moins que tu avais remarqué que ta fille se faisait harceler depuis la cinquième. Même Amma l'a remarqué et elle fait à chaque fois exprès d'éviter le sujet des cours pour ne pas que j'aie pas à en parler.
Se tournant vers ma grand-mère, un air mi-choqué, mi-accusateur sur le visage, ma mère lui demande de s'expliquer.
— Nous en reparlerons ce soir, ce n'est pas le bon moment. Gwen, je suis désolée de ne pas en avoir parlé à ta mère. Je croyais qu'elle le savait déjà. Maintenant, il faut que tu nous dises pourquoi et comment tu t'es retrouvée dans cet état et à cause de qui.
— Et bien, apparemment j'ai bien réussi ma mission de ne pas me faire remarquer car aucun prof ne connait mon prénom, j'annonce froidement, ne manquant pas de jeter un regard tout aussi glacial à ma mère. À la fin des cours, Maywenn Droski m'a rattrapé et frappé, tout en me souhaitant, par courtoisie, de bonnes vacances et de joyeuses Pâques. C'était son "petit cadeau de début de vacances''.
En me levant de ma chaise, j'ajoute :
— Oh, j'ai failli oublier qu'elle a vraiment hâte de me revoir à la rentrée. Maintenant, si vous me le permettez, je vais aller faire un petit tour dans le jardin.
— Reviens dans une heure et demie au plus tard. Je dois remettre des plantes sur tes blessures.
— D'accord. Quelle heure est-il ?
— Il est déjà dix-sept heures quarante-cinq, me fait savoir ma mère sur un ton nettement plus doux que le précédent.
Je lance un "ok" par-dessus mon épaule tout en refermant la porte.
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Le Dernier Ange
ParanormalFût un temps de guerres et de massacres qui mirent les mondes à feu et à sang. Fût un être absolu qui ramena la paix et la stabilité entre lesdits mondes. Furent ces mondes qui, à sa mort, se déchirèrent à nouveau, entrant dans une ère de Révolte...
