Chapitre 4 - partie 3/3

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Le sort d'Aliana a complètement effacé une grande partie de la terreur qui m'a prise plus tôt dans la journée. Il n'a en revanche pas effacé le choc qui me saisit encore maintenant. Je m'isole donc tout le reste de l'après-midi et de la nuit dans ma chambre, n'ayant même pas d'appétit pour dîner le soir. Je réfléchis tout ce temps, trouvant du mal à m'endormir. Morphée me prend finalement dans ses bras.

***

C'est ma mère qui vient me réveiller par un baiser sur le front le lendemain matin. Ma maigre valise est vite empaquetée. Nous allons rapidement m'acheter quelques nécessités avant le départ. Ma mère prendra le temps d'aller chercher d'autres vêtements dans ma chambre encore intacte avant de venir nous rejoindre, quand la situation sera calmée. La veille, Aliana a réservé des billets d'avion express pour Shannon, en Irlande. Nous quittons la maison quelques heures plus tard, en milieu d'après-midi.

***

Une fois avoir posé le pied sur le sol irlandais, le gardien du château, qui en est aussi le majordome, nous attend, ma grand-mère et moi, devant notre voiture. Encore une fois, il y a plus de choses que j'ignore sur ma famille que je ne le pensais. Je décide d'en faire part le lendemain à ma grand-mère. Ce soir, ce n'est pas le bon moment. Mes idées ne sont pas très claires et le voyage m'a fatiguée. Je me réveille lorsque les pneus de la voiture crissent sur les graviers du chemin menant au château. La vue me laisse pantoise : le bâtiment de pierre, éclairé par la lumière des lampes filtrant à travers les nombreuses fenêtres, se découpe dans la nuit noire. Son reflet, net sur le lac en contrebas, donne un aspect magique au décor.

En m'amenant à ma chambre, nous passons par la grande salle à manger. Des décorations d'époque ornent les murs. La pièce est un parfait mélange entre le moderne et l'ancien, sobre et chaleureuse, à la fois immense et accueillante.

Une table en bois massif trône au centre de la salle, en occupant presque toute la longueur et pouvant accueillir une grosse centaine de personnes. Une grande quantité de chaises y sont déjà installées et la couleur des flammes crépitant dans la cheminée se reflète sur ces dernières.

Le lustre descendant à mi-hauteur renvoie sur les murs une quantité infinie d'éclats de lumière et répand une douce lumière chaude. Au fur et à mesure que je découvre l'endroit, mes questions n'ont de cesse de faire irruption.

Le lendemain, nous continuons notre visite avec le parc. L'herbe y est parfaitement tondue, les différents buissons, massifs de fleurs et arbustes taillés dans des formes architecturales et majestueuses.

L'allée traversant le parc se divise en de nombreux petits chemins formant des motifs aux formes harmonieuses s'entrecroisant.

Le château, monument de pierres blanches de style néo-classique, surplombe un lac. Il est entouré par une immense forêt et est adossé à la montagne. Le cadre, idyllique, doit être encore plus sublime en automne, lorsque les arbres chatoient...

Alors que mes yeux parcourent les alentours, des questions se bousculent dans ma tête. C'est lorsque ma grand-mère et moi nous asseyons sur un banc, au bord de l'un des nombreux sentiers que je n'y tiens plus :

— Amma ? Tu ne crois pas que tu as quelques réponses à me donner ?

— Ce n'est que maintenant que tu te décides à me les poser ? Je suis étonnée que tu aies réussi à te retenir aussi longtemps. Bien sûr ma chérie, qu'est-ce que tu veux savoir ?

— Déjà, tu peux m'expliquer d'où sortent toutes ces choses chères et luxueuses qui nous suivent depuis qu'on est parties de ta maison ?

— Et bien, disons que mes proches ont à disposition une petite somme à liquider lors de situations exceptionnelles comme celles-là. Ensuite ?

— Je voulais savoir qui est ce Monsieur qui garde le château, qui nous y a emmené et aussi s'il est au courant pour nous.

— Ce Monsieur, Gwen, est un très vieil ami de la famille. Il s'appelle Akira et c'est un elfe qui ne doit pas avoir loin de trois cent ans. Il est évidemment au courant de notre histoire. Même si nous n'avons aucun lien de sang, je le considère comme l'un de mes parents. Autre chose ?

— Pour le moment je pense que c'est tout.

— Vraiment ?

— Oui.

— Je pensais que tu aurais plus de questions, curieuse comme tu es.

— En fait, c'est juste que je n'arrive pas encore à formuler les autres.

Nous sommes interrompues par Akira, arrivant du salon.

— En parlant du loup, plaisanta ma grand-mère avec un clin d'œil. Comment vas-tu, Akira ?

Légèrement essoufflé, il répond :

— Ça va bien, merci Aliana. Il y a quelques personnes qui viennent d'arriver et parmi elles, il y a James.

— Par les cendres du Phoenix, déjà ?! Mais il n'est pas censé habiter au Canada ? Dieux, qu'il est rapide !

— Il a dû partir juste après avoir reçu l'appel.

Affalé dans l'un des sofas du luxueux salon, le fameux James discute avec les six autres adultes qui l'accompagnent.

Leurs valises ne sont pas loin, amassées dans un coin. Si tous sont à première vue âgés de la quarantaine, James, lui, semble être un petit peu plus jeune de quelques années. C'est un grand homme brun de plus d'un mètre quatre-vingt avec des yeux azur dotés d'incroyables reflets bleu nuit et pailletés d'or. Malgré son corps fin et élancé, on devine très facilement une musculature bien dessinée.

— James ! s'écrie ma grand-mère en entrant à vive allure dans le salon et en le prenant dans ses bras. Ça fait tellement longtemps qu'on ne t'a pas vu ! Comment vas-tu ?

— Aliana ! Ça va plus que bien, cela faisait une éternité que je n'étais pas venu ! Ambre n'est pas là ?

— Non, elle arrive d'ici une semaine, le temps que ceux qui le veulent fassent une escale à la maison. Mais par contre, ma petite-fille est là. Viens Gwen, je vais te présenter !

Suis-je vraiment obligée de venir au milieu de la pièce et d'être le centre d'attention ? Je déteste ça plus que tout !

— Salut Gwen ! Moi c'est James, un très bon ami de ta famille.

— Oh, bonjour ! Ravie de te connaître. Heu, moi, du coup, c'est... Gwen.

Amusé, il sourit.

— Enchanté...

Ma grand-mère lui coupe la parole, heureuse d'enfin retrouver une vieille connaissance :

— Ma chérie, James est maître armurier et très compétent dans les arts martiaux.

— Maître armurier ? Ça veut dire se battre, par exemple, à l'épée ?

— Pas uniquement à l'épée mais tu verras, je t'expliquerai plus tard. Tu te souviens de la femme qui discutait avec nous la nuit dernière, Sandrine ?

— Ah, cette fameuse nuit. Oui, je me souviens.

— Et bien c'est la mère de James. Elle a aussi un autre fils plus jeune, mais je te le présenterai quand il arrivera.

L'après-midi continue avec les présentations des six autres arrivants, de joyeuses discussions et retrouvailles, les échanges des nouvelles,... En revanche, personne ne parle de la chose la plus importante, la plus évidente : la raison pour laquelle nous sommes tous présents. J'ai l'impression que c'est comme un sujet tabou, que l'on n'aborderait sous aucun prétexte. Pourtant, je sais que le moment viendra où ma grand-mère nous expliquera en détail, que je connaîtrai enfin le fin mot de cette histoire et la raison de notre présence ici.

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