Un sentiment de culpabilité à l'égard d'Emin m'envahit. Obnubilée par le défi idiot de battre quelqu'un au combat, j'en ai complètement oublié les inquiétudes de mes proches, les espoirs qui reposent sur moi ainsi que mon rôle dans ce monde. Emin avait juste sur toute la ligne. Je me suis égarée. C'est à moi et non aux autres de me remettre sur le bon chemin. J'ai deux jours pour retrouver mes pouvoirs avant... avant quoi ? Qu'allons nous faire aux... Falaises de Moher ?
Et puis, que voulait-il dire par « le monde est en train de mourir » ? Que se passe-t-il ? Je sors mon téléphone pour chercher la réponse à ces questions. Je vois alors un certain nombre de messages non ouverts et d'appels manqués. Je préviens mes amis, qui me demandent où je suis, que je viendrai me coucher un peu plus tard, que j'ai quelque chose à faire avant.
J'ai également un message de Nicolaï : « Tu sors devant le château ce soir ? Moi j'y suis. Viens me rejoindre si tu veux. J'irai me coucher vers minuit et demi, je pense. » Il est minuit. Il doit être juste au-dessus de moi à ce moment précis. J'ai envie d'aller le rejoindre, de lui dire tout ce qui se bouscule dans ma tête, lui répéter la discussion que j'ai entendu, la dispute entre mes deux Protecteurs à cause de mon incompétence. J'en ai envie, terriblement envie. Mais ce n'est pas ce dont j'ai besoin. J'ai besoin d'y réfléchir avant de tout lui dévoiler, de tout mettre au clair avec moi-même.
Alors, même si cela me fait un serrement au cœur, je lui répond « Pas ce soir, désolée. J'aurais vraiment aimé mais je dois régler quelque chose. Je t'en parlerai plus tard. À demain ! Dors bien. » Après avoir reçu « C'est pas grave, t'inquiète. À demain ! Fais de beaux rêves. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais ne te prends pas trop la tête avec. », j'entends des pas étouffés, lents, s'éloigner avant de disparaître. Mon cœur s'emballe en relisant ce message. Ce simple message qui me donne envie de courir le rejoindre et de l'enlacer.
Me rappelant pourquoi j'avais sorti mon portable, je vais sur le navigateur internet. Je n'ai rien besoin d'entrer dans la barre de recherche. Les points d'actualité qui s'affichent en dessous informent tous de la même chose : « La terre est en train de s'éteindre ». Je clique sur le premier lien, qui s'ouvre sur un article. Je le parcours fébrilement.
Les endroits les plus productifs de la planète et la terre en général, dont la forêt Amazonienne, l'Europe et l'Asie de l'Est sont en train de mourir. Les sols perdent leur fertilité depuis près d'un mois, faisant mourir toutes les agricultures et plantes qui avaient réussi à survivre jusqu'à maintenant. Le monde se retrouve également et globalement dans une période de sécheresse depuis aussi longtemps que les sols se meurent. Il n'a pas plu une goutte sur terre depuis près d'un mois. Est-ce dû à la perte de mes pouvoirs ? Ais-je vraiment une influence si grande sur le monde ?
Laissant ces questions pour Emin plus tard, je tape ensuite sur le navigateur « Falaises de Moher ». Les photos me semblent terriblement familières. Mais même en y passant un certain temps, je ne trouve pas d'où cela me vient. Comme un souvenir qu'on aurait caché derrière un voile qu'il m'est impossible de lever. Comme un rêve oublié ; un rêve n'étant pas devenu réalité.
Les deux jours suivants, je laisse complètement tomber le combat pour me concentrer sur la redécouverte de mes pouvoirs. Malheureusement, arrivée à l'échéance, pas la moindre parcelle de magie n'est réapparue. Le lundi soir, les adultes demandent aux garçons de venir nous rejoindre dans notre chambre.
— Demain matin, nous emmenons Gwen aux falaises de Moher pour tenter de lui faire retrouver ses pouvoirs. Notre question est donc : voulez-vous l'accompagner ? Cela vous fera comme un jour de repos. Vous pourrez aussi vous entraîner avec Gwen si tout se passe bien.
— On y va ? Ou est-ce qu'il y a quelqu'un qui veut rester ici pour continuer les entraînements ?
— Je pense qu'on y va tous.
— Bon bah, c'est réglé alors. Qu'est-ce qu'on va faire là-bas ?
— Ça, c'est une surprise. Sur ce, bonne nuit les jeunes.
— Demain on part à neuf heures et demie. Ne traînez pas trop.
***
Les falaises de Moher. Il nous a fallu plus d'une heure de route pour y arriver. Nos dix silhouettes se tiennent côte à côte au bord de la paroi rocheuse haute de près de deux cent mètres. Il ne pleut pas, du moins pas encore, et des gloires du soleil se font voir au travers des nuages anthracite. Le vent pousse les mèches de mes cheveux roux à me fouetter le visage. En bas, les vagues se brisent violemment sur la roche, créant un piège mortel pour quiconque y tomberait.
— Gwen, crie Emin pour couvrir le bruit du vent, aujourd'hui nous essayerons la dernière chose qui pourrait te faire retrouver tes pouvoirs. Si ça ne marche pas, nous serons obligés de laisser faire le temps.
— Ne me dis pas que...
— Si. Nous allons aujourd'hui essayer de te faire développer tes ailes en les faisant sortir par l'urgence.
— Non, je refuse de faire ça.
— Je serai là pour te rattraper avant qu'il ne soit trop tard. Je te le promets.
— Non ! Je veux bien faire tout ce qu'il faut pour retrouver mes pouvoirs, mais je ne sauterai pas de cette falaise !
— Gwen...
— Je refuse !
Après avoir asséné ces derniers mots, je tourne le dos aux falaises et repars en direction de la voiture. Tout le monde est silencieux. Les uns regardent avec saisissement l'eau se fracassant deux cent mètres plus bas, imaginant probablement la scène ; tandis que les autres sont tournés vers moi, imaginant probablement la scène également. Emin me rattrape en courant et me fait pivoter vers lui en m'attrapant par le bras.
— Gwen, écoute moi, s'il te plait. Il ne va rien t'arriver de grave. Je t'en donne ma parole. Je sais, tout comme toi, qu'elles vont sortir. Tu l'as vu en rêve.
— Ce n'était justement qu'un rêve, Emin ! Il doit bien y avoir une autre solution ? Je t'en supplie, dis-moi que ce n'est pas le seul moyen.
— Crois-moi, s'il y en avait un autre, nous l'aurions trouvé et nous n'en serions pas là. C'est notre dernier espoir.
— Je... laisse-moi seule quelques minutes, s'il te plaît.
Lorsque j'ai réfléchi à ce qu'il était possible de faire ici, j'ai refusé l'idée même d'envisager cette éventualité. Il y a beaucoup de choses que je peux faire, mais risquer ma vie de cette façon n'en fera jamais partie. Pourtant, je sais moi aussi en me remémorant la discussion que j'ai entendue dans la bibliothèque, qu'il n'y a pas d'autre moyen. Je m'étais promis ce soir-là de faire ce qu'il faudrait. Emin est certain de pouvoir me rattraper. Je me dois de montrer à mes Protecteurs que je leur fais autant confiance qu'est vrai l'inverse. De plus, je ne peux me permettre de faire la difficile. Sans pouvoirs, cela m'attriste de me le dire, c'est comme si j'étais morte, inutile. Et il en est exactement de même pour le monde. Alors, au point où nous en sommes, autant risquer ma vie aujourd'hui.
— D'accord.
Tout le monde se tourne vers moi, ébahis, lorsque je prononce ces mots.
— Je veux bien essayer.
— Donne toi cinq essais maximum.
— Deux, je réplique en rivant mes yeux à ceux d'Emin.
— Trois, marchande-t-il.
— Va pour trois essais. Pas un de plus.
VOUS LISEZ
Le Dernier Ange
ParanormalFût un temps de guerres et de massacres qui mirent les mondes à feu et à sang. Fût un être absolu qui ramena la paix et la stabilité entre lesdits mondes. Furent ces mondes qui, à sa mort, se déchirèrent à nouveau, entrant dans une ère de Révolte...
