Chapitre 18 - partie 4/4

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Dans la chambre, nous accueillons une personne de plus qu'à mon départ : la brune qui est collée au bras de Nicolaï depuis que je suis revenue. Et sans aucun doute depuis son arrivée à elle. C'est la fameuse Sindy dont m'avait parlé Estheban.

— Ça s'est passé comment là-bas ? me demande Louve assise sur son lit. Tu as développé de nouvelles capacités ?

— Certaines, mais apparemment ça prendra du temps.

— Et du coup, t'as des ailes comme Emin ?

— Non, pas encore. Normalement, elles vont venir plus tard.

— « Normalement » ? ricane Sindy dans son coin. Et ça se dit être un Ange, déclare-t-elle à voix basse d'un ton condescendant

— Eh Sindy, calme toi, ok.

— Non, c'est bon, Manoa.

Apparemment, elle ne fait pas l'unanimité chez tout le monde.

— Sindy, qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a un problème ?

— Même s'il y a un problème, tu comptes faire quoi ?

— Qu'est-ce qui t'arrive ? J'ai fait quelque chose qui t'a déplu ou énervé ?

— Laisse tomber. Quelqu'un comme toi ne pourrait pas comprendre.

— C'est quoi, « quelqu'un comme moi » ?

— Je ne sais pas, moi. Quelqu'un qui a des larbins pour faire tout ce dont tu as besoin.

— Comment ça « des larbins » ? Qu'est-ce que tu racontes ? Rassure-moi, ce n'est pas Estheban et Emin que tu appelles mes « larbins » ?

— Et alors ? Qu'est-ce que ça peut te faire que je les appelle tes larbins ou tes chiens ? Dans tous les cas, tu resteras une petite princesse avec tes fidèles serviteurs...

Mes yeux deviennent rouge écarlate, mon corps tremble de rage. Ma voix n'est plus qu'un mélange entre un sifflement et un grognement.

— Je te défend de traiter mes Protecteurs de cette façon.

— Sinon quoi ?

Alors que je m'apprête à me jeter sur Sindy, Estheban et Emin débarquent en trombe dans la chambre et se ruent sur moi pour m'empêcher du moindre geste, faisant barrage entre nous.

— Lamentable.

— Lâchez-moi, je lance dans un sifflement.

— Gwen, je t'en prie. Rappelle-toi de ce que je t'ai dit à propos de l'état dans lequel tu es. Ça va te consumer.

— Tu n'as pas à faire ça. Regarde-moi, Gwen.

Alors que je me débats, Estheban me force à le regarder en me prenant par le menton. Dès que je croise son regard, mes yeux perdent de leur éclat.

— Tu ne veux pas la tuer. Il y aura bien assez de morts plus tard.

Je me dégage d'un coup sec de leur emprise.

— Je vais faire un tour dehors. Seule, je précise en les voyant amorcer un mouvement. Ne m'attendez pas pour dormir, je ne ferai pas de bruit en rentrant, je termine à l'intention de Louve et de Manoa.

Tandis que je claque la porte, j'entends les voix de mes deux Protecteurs résonner. Intriguée par ce qu'ils peuvent dire, je ralentis et ajuste mon ouïe.

Nous ne te permettrons pas de mettre Gwen dans cet état une seconde fois.

Elle est trop importante pour qu'on la perde à cause de toi. Tu ne comprends pas encore ce qui est en jeu puisque tu n'es arrivée qu'il y a quelques jours mais elle pourrait bien te sauver la vie plusieurs fois dans les prochains mois.

Elle a pourtant l'air tellement faible. Je ne vois pas qui elle pourrait sauver.

Gwen est beaucoup plus puissante que tu ne le penses. Lorsque je l'ai entraînée en Chine, je n'ai vu qu'une infime partie de son potentiel et malgré toutes les situations dans lesquelles je l'ai mise, elle n'a jamais réellement été en difficulté.

Je ne veux plus que tu la provoques. Pour ta sécurité, la sienne et celle de toutes les personnes qui sont dans ce château.

Je ne lui fais pas confiance. Tant qu'elle n'aura pas prouvé ce qu'elle vaut, je ne ferais strictement aucun effort envers elle.

Jugeant que j'en ai assez entendu, je continue mon chemin pour aller dehors. La nuit est toujours aussi calme et relaxante. Me rendant compte que je n'ai jamais pu prendre un peu de hauteur pour voir le paysage dans son ensemble, je commence à léviter, à monter de plus en plus haut jusqu'à dépasser le toit du château d'une bonne centaine de mètres.

Je me stabilise en m'allongeant dans le vide, le regard face aux étoiles. Je prends le temps de les contempler jusqu'à en avoir les doigts engourdis par l'air nocturne. Je m'apprête à redescendre lorsque je prends conscience que je ne pourrais pas m'endormir sans m'être défoulée avant. L'idée d'un ballet aérien me vient presque naturellement.

Je monte donc encore plus haut, de sorte à me situer au centre du lac et le spectacle commence. Je descends en piqué vrillé, la tête en bas, jusqu'à la surface du lac et me cambre in extremis pour me redresser. Je plane maintenant à dix centimètres du lac, les bras écartés. Mes doigts frôlent sa surface et y créent de petites ridules. Je me retourne sur le dos et flotte comme ça, naviguant à mon gré au-dessus des eaux sombres et froides, les yeux tournés vers le ciel.

Les bras toujours écartés, je me redresse et remonte en enchaînant les loopings. Une fois assez haute, je me propulse à nouveau en tonneau vers la surface et lorsque j'arrive à deux mètres, j'arrête ma chute. Lorsque je suis totalement immobilisée, mon corps est à l'horizontale et le bout de mon nez touche l'eau froide, les bras écartés pour me stabiliser. Certaines de mes mèches rebelles sorties de leur queue de cheval trempent à la surface du lac, telles des feuilles tombées de l'arbre.

Essoufflée, je décide de rentrer me coucher. Mes pieds ne touchent le sol que devant la porte du château et mon amertume à l'égard de Sindy n'a qu'à peine diminué.

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