Chapitre 24 - partie 1/2

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— Quoi ? Non, vous... tu ne vas pas faire ça. Dis-moi que je me trompe.

— À vue de nez, je dirais qu'il y a une quinzaine de mètres de profondeur. Vous savez, j'ai toujours voulu rencontrer Moïse pour discuter de notre vision respective des choses, mais on s'est loupés de quelques centaines d'années. Ça me ferait grandement plaisir si tu pouvais me faire une petite démonstration.

— Et n'oublie pas de garder l'île en l'air, s'il te plait. Je tiens toujours à ma vie.

— Stop ! Deux minutes, s'il vous plaît. Vous n'allez pas un peu loin ?

— Non. Tu trouves, toi ?

— Moi non plus.

— Sérieusement ? Emin, je te préviens, je te laisse tomber. Je suis presque sûre qu'un Ange ne peut pas tomber en hypothermie.

— Si, on peut. Un de mes amis avait essayé quand on était ados. Il a failli mourir et a mis deux semaines à s'en remettre complètement. L'eau est à quoi...? Dix degrés ? C'est un peu frais quand même. Bon, tu es prête ? On n'a pas que ça à faire. Je décompte à partir de dix pour te laisser un peu de temps. Dix. Neuf...

Il va vraiment le faire ? Bien sûr que oui il va le faire. Il est complètement fou et n'a aucun sens du raisonnable. Merde, comment on écarte de l'eau sur dix mètres de profondeur ? Le feu, je maîtrise. Mais l'eau ?

— Cinq. Quatre...

Plus de temps. Merde. Cinq mètres. Hypothermie. Quatre mètres. Ne pas agir sur lui. Alors qu'il lève les yeux vers moi avec un sourire à la fois amusé et confiant, je fais appel au pouvoir de mes ailes et de la Perception avec deux intentions différentes. La première, écarter chaque molécule d'eau, de la surface des flots jusqu'au fond. La seconde, ne pas blesser Emin. Cela comprend à la fois le fait que l'énergie que je lance l'évite, mais aussi que son atterrissage sur le sol irrégulier soit amorti.

Alors, de la même manière que j'ai modelé la pierre pour détacher l'île toujours en suspension sur laquelle nous nous trouvons, je modèle et écarte l'eau à une vitesse stupéfiante, lui interdisant simplement d'occuper un périmètre donné. De mon pouvoir, je compacte de justesse l'air se trouvant entre Emin et le sol pour en faire un coussin. C'est donc un Ange hilare qui rebondit sur ma bulle d'air, entouré par une forteresse liquide au travers de laquelle on peut voir les quelques poissons qui se trouvaient là.

— Bravo ! C'est magnifique ! C'était difficile ?

— Trouver comment faire dans l'urgence, oui ; un peu. Mais niveau énergie dépensée, absolument pas. Il faut juste le temps que le déclic se fasse.

— Je peux sauter, moi aussi ?

— Tant qu'on y est, vas-y.

— Avant ça, est-ce que tu peux balancer ce cailloux très loin dans l'eau ? demande Estheban en s'envolant de quelques mètres.

— J'ai une autre idée. Installe-toi confortablement en bas et regarde, je propose avec un sourire en coin, entrant dans leur jeu.

De la même manière, je crée un coussin d'air à côté de celui d'Emin, sur lequel Estheban saute sans hésiter. Toujours dans mon monde étincelant, je m'envole, poussant le rocher au-dessus de moi par la télékinésie, battant des ailes avec puissance. M'arrêtant à mi-hauteur de la falaise, je laisse le rocher de vingt-cinq tonnes continuer sa course vers le ciel. 

Lorsqu'il arrive au niveau du surplomb, modelant encore une fois la roche comme si elle était sous mes doigts, je le fais éclater en milliers de morceaux devenant incandescents sous la chaleur que je leur envoie. Un véritable feu d'artifice retombe en pluie autour de mes deux spectateurs, protégés par une barrière invisible que j'ai érigée. Lorsque les morceaux de roche ardents entrent en contact avec l'eau, celle-ci crépite, se mêlant au bruit des vagues.

— Vous en pensez quoi ? je demande à mes deux proches en me tournant vers eux.

— Je pense qu'on va plus souvent te faire découper des morceaux de falaise.

— Et plus souvent te mettre dans des situations d'urgence, aussi. Peut-être que tu pourrais guérir Sindy, maintenant que tu maîtrises ta puissance.

L'après coup de ces exercices est rude. Dans la Perception,  je n'avais pas remarqué l'énergie que je dépensais. Alors en retournant dans la réalité, la fatigue me tombe dessus comme une masse. Et c'est également comme tel que je m'endors dans la voiture en retournant au château.

***

— Tu penses vraiment que je peux le faire ?

— Si toi tu ne le peux pas, personne d'autre au monde ne le pourrait.

— Il ne faudrait pas qu'une fée me guide ?

— Pourquoi faire ?

— Sérieusement, si un Ange ne peut pas ressentir cela, alors autant retourner de là où nous venons. Allez, mets-toi au boulot.

    En rentrant au château, je suis directement allée, suivie de mes deux compagnons, au chevet de Sindy. Les paroles d'Estheban avant que nous ne rentrions m'ont motivé à réparer mon erreur. Après ma sieste, mon énergie est revenue et c'est sans trop de crainte de mourir d'épuisement que je me glisse dans la Perception. Là, alors que je pose ma vision dorée sur le corps allongé devant moi, quelque chose me stupéfie. Non, pas une mais plutôt deux choses.

La première, c'est la faible intensité de vie circulant dans ce corps, que je remarque par l'éclat terne qui en émane. Alors que normalement, tous les êtres vivants rayonnent d'un éclat vif, celui de Sindy est faible et fade, presque éteint.

La seconde, c'est la couleur vermeil qui a élu domicile dans le buste et la tête de ma patiente. Comme une tumeur que l'on aurait décelée par un scan. Sauf qu'au premier coup d'œil, je sais pertinemment que ce n'est pas un cancer ou une quelconque autre maladie ; c'est la magie destructrice que j'ai malgré moi utilisée qui reste bloquée dans le corps de Sindy.

— Je suis désolée, pour tout ça.

    Posant tout d'abord mes deux mains sur son plexus solaire, je tente en premier lieu de délivrer de cette énergie malsaine l'un des points énergétiques les plus importants du corps humain. Ce point représentant la puissance et l'énergie. Les mains délicatement appuyées sur son ventre, je concentre un peu d'énergie dans le mien, la fait remonter dans mes bras, la concentre à nouveau dans mes paumes, dans mes doigts et la fait passer dans son corps. Lentement, mon énergie dorée se répand dans le ventre de Sindy, enveloppe l'énergie écarlate et, peu à peu, la dissout, l'étouffe jusqu'à ce que plus aucune tâche rouge ne subsiste dans son plexus solaire. Je réitère cette longue opération avec son coeur, le centre émotionnel.

Lorsqu'il ne me reste plus qu'une étape, je change de place et m'agenouille sur le lit, posant la tête de Sindy sur mes cuisses et mes mains sur ses tempes. La tête est la dernière étape pour achever sa guérison. C'est aussi la plus importante et malheureusement, je commence à être fatiguée. Ma concentration diminue. Après un long effort d'une heure, une fois toute l'énergie néfaste éliminée, j'insuffle une dernière dose de vitalité dans le corps entier et m'écroule de fatigue.

La première personne que je soigne en tant qu'Ange. La première guérison que j'ai faite a duré près de quatre heures, après une journée déjà éreintante. Tout comme Sindy, après cela, je dors près d'un jour et demi. Lorsque je me réveille, Nicolaï est à mon chevet, la tête posée dans ses bras reposant sur le lit dans lequel j'ai été installée, endormi.

— Ça c'est ce qu'on appelle veiller, je chuchote en passant mes doigts dans ses cheveux doux, presque noirs. Je suis sûre que t'es là pour sécher les cours. Pourquoi est-ce que t'es dans cet état, hm ? Et depuis combien de temps tu es là ? Rah, tu m'énerves à être aussi beau sérieusement.

— C'est un compliment ?

Il se réveille avec une voix rauque, tournant la tête vers moi et découvrant ses magnifiques yeux bleus souriants.

Le Dernier AngeDes histoires addictives. Découvrez maintenant