Chapitre 15 - partie 1/4

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La silhouette chère à mon cœur est plaquée contre le torse d'un homme, une dague menaçant son cou.

Moins d'une milliseconde après le début de cette action, mon sang se réchauffe si fort dans mes veines que j'ai l'impression que de la lave en fusion traverse mon corps. Puis après la chaleur, c'est la colère qui m'envahit en voyant l'une des plus puissantes personnes en ce monde, celle à qui je tiens le plus, se trouver en danger de mort.

Cette pensée me fait lâcher un son mi-grognement, mi-sifflement. Un son menaçant plein de promesses. Je fuse alors vers cet homme si rapidement que même lui n'a pas le temps de réagir. Prenant appui sur la table, je m'élance et atterris sur la poutre centrale du toit et lorsque je me retrouve au-dessus de lui, je me laisse tomber sur ses épaules.

L'homme lâche sa prise et Aliana s'éloigne aussitôt. Dans le même élan, je roule à terre et emporte l'inconnu avec moi. Nous nous retrouvons sur le sol, moi au-dessus de son corps plaqué dos au parquet. Mes doigts arrêtés à un millimètre de sa gorge se sont transformés en lames incandescentes et mes yeux devenus couleur vermeil vibrent d'un éclat de mort.

C'est alors que la réaction la plus inattendue se produit : notre hôte, un homme semblant avoir une bonne quarantaine, les cheveux courts, légèrement décoiffés et bruns ainsi que des yeux couleur émeraude s'esclaffe. Un rire clair et joyeux. Déconcertée, je m'éloigne toujours sur mes gardes, me plaçant entre ma grand-mère et lui.

— Pardonnez-moi, s'excuse-t-il hilare, toujours la larme à l'œil. Cette situation est si délicate ! Je t'avais senti arriver, mais je n'y croyais pas donc je me suis senti obligé de te tester. Pour vérifier que tu es bien celle que je sentais que tu étais.

— Et bien recommencez et vous n'aurez plus la tête sur les épaules, je réplique sur un ton sec.

— Essaye de me comprendre, cela fait plus de mille ans que je n'ai vu personne de mon espèce. Oh, je suis malpoli, pardonnez-moi, je ne me suis même pas encore présenté. Je m'appelle Emin, fils d'Antiope. Jusque-là, je pensais être le dernier Ange sur cette Terre, mais je me suis vraisemblablement trompé. J'aimerais beaucoup connaître le nom de mon dernier congénère. Vous êtes ?

— Gwenaëlle Wilson.

— Et Aliana, sa grand-mère et Présidente du Conseil. Peut-être auriez-vous pu éviter de plaquer une dague contre ma jugulaire avant même que nous n'échangions un mot. Mais je n'arrive pas à vous en vouloir. Je suis heureuse quoique quelque peu surprise que vous soyez encore en vie, tant de temps après la mort d'Ithémon.

— Je sens que nous avons beaucoup de choses à nous dire, exprime-t-il d'un ton grave. Venez vous asseoir. Nous serons plus confortablement installés.

Nous suivons donc son invitation en nous asseyant sur le canapé pendant qu'il va nous chercher une collation. Il revient de la cuisine en posant un plateau sur la table basse.

— J'ai plusieurs questions mais je vais commencer par celle qui m'inquiète le plus : comment m'avez-vous trouvé ?

— Dans son journal, Ithémon a laissé un indice sur l'endroit où vous trouver. Dans un chapitre dans lequel il parle de vous.

— Ithémon ? Mais comment êtes-vous entré en possession de son journal ?

— Je n'en ai aucune idée non plus. Il était simplement là quand nous en avions besoin. Ce n'est pas le plus important. Le plus important est que vous soyez en vie et que nous ayons pu vous trouver. C'est une grande chance pour nous.

— Une grande chance ? Et pourquoi cela ?

— Comme vous l'avez remarqué, ma petite fille, Gwen, est un Ange. C'est quelque chose d'aussi inattendu qu'incroyable mais elle a besoin d'aide pour développer et maîtriser ses pouvoirs. Et ce, le plus rapidement possible. Nous n'avons pas le temps d'attendre le déroulement naturel des choses et nous sommes donc parties à votre recherche dans l'espoir que vous nous aidiez.

— Pourquoi ne pas tout simplement « attendre le déroulement naturel des choses », comme vous le dites ?

— Vous ne le sentez pas ?

— De quoi parlez-vous ?

— Bon sang, mais vous êtes un Ange ! N'êtes-vous pas censé être à l'écoute de l'Équilibre ? Ou avez-vous vécu si longtemps en ermite que vous vous êtes coupé du monde ?

— Vous ne pouvez pas comprendre ce que nous avons vécu ni ce que moi, j'ai vécu pendant près de mille ans.

— Non, je ne le comprends pas, c'est vrai. Mais je sais ce qui s'est passé et je ne souhaite en aucun cas que la même chose arrive à ma petite-fille. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter cela.

— Je suis désolé, je n'ai pas réagi comme il le fallait. Je crois comprendre ce que vous me demandez mais j'aimerais savoir pourquoi vous me le demandez.

Pour contextualiser, ma grand-mère lui dévoile nos origines, lui rappelle les rumeurs concernant notre ancêtre et toute l'histoire qui s'ensuit.

— J'avais effectivement entendu ces rumeurs mais malheureusement, je ne peux rien pour vous.

Je prends la parole pour la première fois :

— Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

Il pose ses yeux émeraude sur moi. Des yeux désolés.

— Je... si j'étais à ta place, moi aussi j'aimerais avoir quelqu'un pour m'aider. Mais quand comme moi, on a passé plusieurs centaines d'années à l'écart du monde, y revenir fait vraiment peur. On ne peut pas faire machine arrière sans signer son arrêt de mort.

— Donc vous laisseriez une adolescente se battre pour sauver le monde entier ? Vous allez vraiment me laisser endosser ce qui était la tâche de Sinan, le magique le plus puissant que le monde ait porté, puis celle de plus de mille Anges ? Je ne veux pas croire cela de vous, je ne peux pas le croire. Pas de la part de la seule personne ayant survécu à la Révolte.

— J'ai dit que je ne vous accompagnerai pas, mais je n'ai pas dit que je ne t'instruirai pas sur nos pouvoirs. Combien de temps pouvez-vous rester ?

Cette fois c'est ma grand-mère qui répond :

— Peu de temps malheureusement. Nous repartons en fin de semaine.

C'est à ce même moment que je ressens une sensation étrange, comme un manque qui se comble. Un esprit inquiet qui m'est maintenant plus que familier se colle au mien très faiblement, comme si la distance affaiblissait notre connexion. Une vague de nostalgie déferle sur moi, me rappelant combien j'ai besoin de la présence d'Estheban auprès de moi. La connexion est faite et sa voix résonne comme lointaine dans mon esprit.

Tu vas bien? J'ai ressenti ta peur et ta colère.

Oui, ne t'inquiète pas. Juste un petit accrochage avec lui.

Tu es vraiment sûre que tout va bien? Vous l'avez trouvé?

Ne t'en fait pas et oui, nous l'avons trouvé. Mais je ne peux pas tout te raconter maintenant. J'essaierai de te recontacter plus tard dans la soirée. Si je n'y arrive pas, demain matin.

Plutôt le soir en Chine. Ce sera la nuit sinon.

D'accord, à tout à l'heure.

Oui. Et Gwen?

Qu'est ce qu'il y a?

Je sens ta déception. Tout se passera bien, je te le promets.

Merci Estheban.»

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