Une quinzaine de mètres avant d'atteindre le bord de la falaise.
Je cours.
Le pied droit prend le dernier appui sur la roche.
Je saute.
Je décolle.
J'ouvre les bras.
Je vois Emin qui me regarde en contrebas. Le temps d'un instant, je me demande de quoi j'ai l'air de là-bas, si je ressemble à un Ange avec les rayons de soleil traversant les nuages. Je prends très vite énormément de vitesse. Je suis censée dépasser les deux cent vingt kilomètres heures. La chute durera six secondes. Une éternité.
Les images de mon cauchemar se mélangent à la réalité. « Je sentais l'air battre à mes oreilles et la chute durait longtemps, très longtemps. » L'échéance se rapproche rapidement, trop rapidement. Le cri qui, dans ma vision, déchirait l'air reste bloqué dans ma gorge.
Le vent bat à mes oreilles, je n'entends rien d'autre que ses battements sourds et puissants martelant mes tympans.
La surface impitoyable de l'eau, la morsure infernale des vagues se rapproche encore, encore. Emin n'interviendra pas. Pas cette fois.
Le doute, en une fraction de seconde, pousse toutes les pensées qui tourbillonnaient dans ma tête pour s'imposer en maître. « Et si je m'étais trompée ? »
Le doute s'incline devant la terreur.
La terreur partage son trône avec les regrets.
L'eau est à moins de cinquante mètres. S'il vous plaît.
Quarante mètres. Faites qu'elles arrivent.
Trente mètres. Emin ? Tu es là ?
Vingt mètres. Ne me laissez pas mourir comme ça, je vous en supplie.
Quinze mètres. Une douleur qui arrive comme un éclair. Une douleur aiguë, foudroyante. Mon corps se cambre, au supplice. Un hurlement de douleur finit par sortir.
Dix mètres. L'éclair devient une bombe. Une bombe qui grossit. La douleur qui devient encore plus intense me paralyse.
Cinq mètres. La bombe explose.
Littéralement.
Une puissance dont j'avais oublié la force est libérée d'un coup ; si vivement que cela en est insupportable. Le hurlement redouble de force, me cassant la voix. Mon dos se déchire dans le creux des omoplates. Une déchirure pire que la torture, insoutenable. « Puis, soudain, une déchirure dans mon dos fit transformer le cri de peur en un hurlement de douleur. De la douleur réduite à son état le plus pur. »
Un mètre. La chute se stoppe, aussi brutalement et impitoyablement que la douleur est apparue. La douleur, elle, est toujours bien présente.
À un mètre de la surface des flots, j'ai l'impression que quelque chose m'a déchiré la peau, s'est accroché à mon corps et tente de me déchirer de l'intérieur sans aucune anesthésie. Le mouvement régulier et inhabituel provenant de cet endroit me fait souffrir le martyr. Je suis incapable du moindre mouvement, je n'entends rien d'autre que cette déchirure aussi, lorsque Emin arrive en volant auprès de moi, un léger sourir au lèvres en me parlant, je ne comprends rien. Lorsqu'il passe en dessous de moi pour me prendre à bras le corps et remonter mon corps inerte en haut de la falaise, mon esprit lâche prise et je m'évanouis, fuyant la douleur.
*** Ambre ***
Quelques secondes plus tôt, en haut de la falaise.
Je vois ma fille sauter. Pour la quatrième fois. La voir se laisser tomber du haut de cette falaise me déchire le cœur. Le fait que nous en soyons arrivés là m'afflige. Depuis qu'elle a discuté avec Estheban, décidé de sauter une fois de plus et discuté également avec Emin, je sens que quelque chose a changé. En la voyant étreindre son Protecteur, en voyant les regards qu'ils s'échangent, une multitude de sentiments me traversent.
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Le Dernier Ange
ParanormalFût un temps de guerres et de massacres qui mirent les mondes à feu et à sang. Fût un être absolu qui ramena la paix et la stabilité entre lesdits mondes. Furent ces mondes qui, à sa mort, se déchirèrent à nouveau, entrant dans une ère de Révolte...
