Chapitre 12 - partie 1/2

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Quelques heures plus tôt, je sors de l'abbaye. À peine ais-je refermé la lourde porte derrière moi qu'un soupir de soulagement s'échappe de mes lèvres pour s'envoler en fumée dans la nuit polaire.

L'air froid de la nuit me fait du bien et éloigne mes tourments. Un nuage de buée se forme devant mon visage et je le regarde disparaître. Un coup de vent fait voler mes cheveux détachés devant mon visage, me décidant à suivre sa direction. Pour m'immerger complètement dans l'atmosphère nocturne, je me transforme en loup. Un grand loup blanc, puissant. À mesure que je marche dans la forêt, ses bruits sourds m'envahissent. Le froid a disparu : ma fourrure m'en protège. Je me mets à courir, me concentrant sur le bruit étouffé de mes pattes sur le sol de mousse et d'aiguilles de pin. Je repousse toutes les pensées, les souvenirs de ces rêves qui me hantent.

Je cours comme cela pendant une bonne heure, allant là où mes pas me mènent. Je m'arrête lorsque j'arrive dans une clairière dont le toit s'ouvre sur le ciel qui commence à s'éclaircir, prenant une couleur bleue pâle. Je retrouve ma forme humaine et marche quelques minutes dans les alentours de la forêt.

Ne trouvant aucun endroit plus intéressant que la clairière, j'y retourne. Je m'allonge par terre le temps de voir le soleil se lever et les dernières étoiles s'éclipser dans le ciel jaunissant.

Puis avec le jour, se lèvent souvenirs et pensées.

Souvenirs de douleur et pensées emplies de peur.

Rien que le fait d'imaginer que ces pouvoirs puissent révéler une vérité prochaine me remplit d'effroi. Une terreur déchirante, paralysante.

Le plongeon dans le vide, puis la chute. Interminable et assourdissante. Et tout à coup, cette douleur qui explose quelque part à quelques mètres de l'échéance, qui me déchire le dos. Comme une lacération qui vous donnerait envie de faire n'importe quoi plutôt que de subir ça une seule seconde de plus. Mais non, elle est bien présente et moi, pleinement consciente. Puis la chute se stoppe, brutalement et impitoyablement. Pour vous sauver d'une mort certaine, certes ; mais quel en est le prix?

Un frisson me traverse.

Arrêter d'imaginer.

J'étais retournée dans ce rêve. J'essaye tant bien que mal de me convaincre d'une certitude : ce n'était qu'un cauchemar. Mais alors que je commence seulement à me calmer, d'autres images prennent d'assaut mon esprit.

Celles d'une jeune fille torturée et agonisante. Mourant prisonnière d'un corps entièrement contracté ; des poumons jusqu'au plus petit muscle, en terminant par le cœur. Et cette douleur que je ressens, exactement la même que la sienne. Et ce cri qui franchit mes lèvres, que je pousse de douleur, pour elle qui en est incapable.

Par ma simple volonté.

Une volonté innocente, futile.

Un frisson plus fort encore me parcourt le corps. Mais il ne s'arrête pas comme le premier. Il est là, immuable face à mon esprit qui lui hurle vainement de cesser. Un frisson qui n'en finit pas lorsque je me blottis contre un arbre, un gros chêne. J'ai envie de rentrer, besoin de me blottir contre ma grand-mère mais toutes mes forces m'ont abandonnées.

Il ne reste que la peur, la souffrance, et le malaise.

Tandis que je lutte contre les deux premières, je finis par m'abandonner au dernier et l'évanouis.

*** Aliana ***

Notre odorat nous mène jusqu'à une clairière assez éloignée du château. Estheban et moi, sentant que nous nous rapprochons, commençons à marcher au pas. Son odeur est partout autour de cet endroit, il ne faut pas perdre sa trace. En entrant dans la clairière, nous reprenons notre forme humaine comme, sans le savoir, une jeune fille l'avait fait quelques heures plus tôt. En entrant dans la trouée, nous parcourons son étendue du regard.

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