Chapitre 5 - partie 2/2

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Les murs en pierre du château que j'arpente pour accéder au salon devraient être froids, mais toute la magie serpentant dans ce lieu leur donne une douce chaleur. Mes pas me mènent, à la suite de ceux d'une vingtaine de personnes, devant une grande porte en bois gravée de motifs géométriques, circulaires et fantaisistes.

L'intérieur du salon est feutré. Tous les meubles, anciens sont faits de tissu rouge ou de chêne sombre. Les canapés et fauteuils, constituant trois petits îlots minutieusement agencés chacun autour d'une table basse, sont tous molletonnés et confortables. Chaque canapé a, à ses côtés, ses tables d'appoint sur lesquelles sont posées des lampes elles aussi dans les tons rouges.

La pièce est une ensemble cohérent de tons chauds où percent les rayons d'un soleil voilé au dehors.

Mal à l'aise dans les groupes, je m'installe sur le fauteuil à l'écart des autres que j'ai repéré quelques jours auparavant, me demandant comment je vais occuper mon temps jusqu'à l'arrivée des deux filles qui vont arriver cet après-midi. Ma grand-mère m'a prévenu ce matin de leur venue.

Akira pousse, quelques minutes plus tard, la porte du salon et se dirige vers moi. Je ne m'étonne plus de savoir comment il m'a trouvée. Il s'arrête devant moi, me tend un livre et répond à mon interrogation avant que je ne la pose.

— C'est un livre qui parle du Conseil. S'il te prend l'envie d'en savoir plus, tu peux trouver la majorité des infos que tu veux là-dedans. Pour le reste, tu pourras venir me trouver.

— Merci beaucoup. J'en ferais bon usage.

— Bonne lecture.

Sous mes doigts, la couverture est rêche et abimée. Les pages ont été jaunies par les années, sans pour autant risquer de s'effriter sous mes doigts. Le livre est un assemblage d'environ deux cent pages manuscrites. Je reconnais l'écriture de ma grand-mère. Je m'amuse à l'imaginer l'écrire sous l'œil attentif de son parrain, l'ancien président. Akira a dû aller le lui demander pour me le prêter.

Je me plonge donc dans ma lecture jusqu'à recevoir un message de ma grand-mère m'annonçant l'arrivée de la première fille. Je referme le livre et descends dans le hall, là où elles sont censées se trouver.

Jusqu'à maintenant, évidemment aucun enfant n'est arrivé et j'étais la seule adolescente. Je me sentirai probablement moins à l'écart de ce grand groupe présent dans le château avec un peu de compagnie. Je finis de traverser l'immense salle à manger et passe le pas de la lourde porte en bois à deux battants qui mène au hall d'entrée.

Là, je me retrouve face à deux personnes : la fille en question et un homme que je suppose être son père l'accompagnant. Mon instinct de magique me souffle que ce sont des loups-garous.

— Oh, Gwen, tu es arrivée, m'accueille ma grand-mère jusqu'alors engagée dans la conversation avec les nouveaux arrivants. Tu tombes parfaitement bien. Je te présente Eric et sa fille, Louve.

— Aliana, c'est ta petite-fille ? Je suis enchanté de te rencontrer, Gwen. Je ne pensais pas rencontrer la petite-fille de la Présidente du Conseil de sitôt, déclare Eric en s'adressant à nouveau à Aliana.

— Bonjour, me salue timidement Louve.

— Gwen, tu irais faire visiter le château à Louve et lui montrer sa chambre, s'il te plait ?

— Avec plaisir. Après toi je t'en prie.

— Tu t'appelles Gwen, c'est ça ? Moi c'est Louve. Louve Martin.

Notant son accent, je demande :

— Tu viens des Etats-Unis ?

— Oui, de Denver. Et toi, tu viens d'où ?

— Moi ? je réponds en l'entraînant au travers la grande salle à manger. Je viens de France. Des Alpes, plus précisément. Tiens, ici, je lui indique en me retournant et en montrant la salle d'un geste du bras, on va dire que c'est le point de rendez-vous où tout le monde se retrouve. On y va pour manger, principalement, mais ça arrive aussi souvent que des gens se regroupent autour de la table pour discuter en dehors des repas.

Je m'étais jurée de garder mes distances avec les autres adolescents ; manque de confiance causé par Maywenn oblige. Mais en voyant les yeux vert vif pailletés d'or de Louve et son sourire bienveillant, je commence d'ores et déjà à revenir sur ma décision.

— Oh, je vois. Ça a l'air sympa de voir tout le monde réuni ici.

— C'est surtout très bruyant, haha.

Déstabilisée par ces yeux qui me regardent avec tant de sympathie, je demande tout en l'entraînant :

— On continue ?

— Bien sûr !

— De ce côté, je montre sur notre droite en arrivant à un croisement dans le couloir, c'est le jardin. On peut y jeter un coup d'œil d'ici si tu veux, mais je pense qu'on ira une prochaine fois puisqu'il pleut dehors.

— Ça a l'air beau ! Des gens y vont aussi ?

— Oui, dès que le soleil arrive à faire percer un petit rayon des nuages, tout le monde s'y rue. Si tu montes les escaliers de ce côté, il y a majoritairement des salons, bibliothèques, bureaux,... Je n'ai pas encore tout visité, mais on pourra y aller plus tard.

— Tu n'as pas encore tout visité ? Pourquoi ?

— C'est plutôt grand et j'ai trouvé des pièces qui me plaisent assez pour m'en contenter pour le moment. Et puis, ça nous permet de partir en exploration avec les autres ados plus tard.

— Oui, c'est vrai. Ça va être sympa. Tu es arrivée quand au fait ?

— Ça fait... un tout petit peu plus d'une semaine. Viens, je vais te montrer l'aile des chambres, dis-je en l'entraînant le long du couloir.

— Ah, au fait, je la préviens en finissant de monter les escaliers, comme ils avaient à peine de place pour tout le monde, ils nous ont répartis en deux chambres. Une pour les filles, celle d'à côté pour les garçons. Ça ne te dérange pas ?

— Non, du tout. On apprendra mieux à se connaître comme ça. Combien on sera ?

— De filles ? Seulement trois il me semble.

— Et elle n'est pas encore arrivée ?

— Non pas encore. Mais elle est censée arrivée aujourd'hui. C'est ici, dis-je en poussant la porte.

La chambre est assez petite et les meubles prennent la majorité de l'espace. Le mobilier est simple : trois lits, un de chaque côté de la porte et le dernier contre le mur opposé, trois tables de chevet à leurs côtés. Des tiroirs sont glissés sous les lits pour ranger les vêtements et une grosse armoire se tient à côté de la porte de la salle de bain attenante à la chambre.

— J'ai choisi ce lit-là, je désigne celui qui se trouve directement à notre droite en rentrant.

— Ok, parfait. Je vais prendre celui-ci alors, acquiesce Louve en déposant son sac à dos sur celui en face du mien.

De même que ses affaires, nous nous asseyons chacune sur notre lit, à discuter. La conversation, légère, me fait me rappeler combien avoir des personnes bienveillantes à mes côtés est agréable. Voilà longtemps que je n'avais plus ri autant avec d'autres personnes que ma famille. Nous bavardons ainsi jusqu'à ce que je reçoive un texto de ma grand-mère : « La dernière fille est arrivée ».

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