Nous sommes aujourd'hui près de deux cent cinquante Grandes Puissances réunies, de presque toutes les espèces magiques. Tous attendent que ma mère arrive. Elle aurait dû atterrir il y a quatre jours et quand je lui envoie un message, elle me répond seulement qu'elle a « quelque chose à régler avant de venir ».
Elle fait finalement son entrée un matin, accompagnée d'une vingtaine autres personnes. Sans savoir ce que l'appel passé contenait, je suis tout de même presque sûre que tout le monde dans le grand salon se doute qu'une guerre avec d'autres magiques se prépare.
Qu'elle sera menée dans l'autre camp par des vampires. Mais personne ne s'était entièrement préparé à ce que des membres de cette espèce rejoignent le nôtre.
Aussi, dès que les portes du hall d'entrée s'ouvrent sur ma mère et une vingtaine de vampires, les conversations qui jusque-là emplissaient la grande salle à manger se taisent presque instantanément. Tous les visages, à l'exception de celui d'Aliana et les membres du Conseil, se tournent vers les nouveaux arrivants, dans une expression de pur ahurissement.
— Allons, allons, mes amis. Est-ce là une façon d'accueillir de nouveaux membres précieux à notre cause ? Je vous pensais pourtant plus avenants.
Cette phrase prononcée par ma mère a l'effet d'un gong sur toute la foule. Heureuse de la revoir, je m'avance vers elle et lui donne une rapide étreinte. En bonne hôte, je vais saluer le groupe de vampires impressionnés et mal à l'aise par cet accueil glaçant. Suivant mon exemple, toutes les personnes derrière moi recommencent à parler et à accueillir les nouveaux arrivants.
Je fais donc la connaissance de Nilaja, un Nigérian de dix-neuf ans, et de ses parents. C'est un jeune homme efféminé aux cheveux afro rasés sur les côtés et assez court au-dessus, deux boucles d'oreilles argentées pendent à son oreille gauche. Ses yeux sont bleus avec des reflets violets et quelques tâches ocre.
Après avoir salué le dernier vampire, je me retourne pour trouver ma grand-mère et ma mère mais une personne que je n'avais encore jamais remarquée attire mon attention.
Un homme à la peau d'ébène, un loup-garou autour de qui tout semble graviter. Il est en pleine discussion avec un groupe de personnes, et semble être au centre de l'attention.
Mes yeux sont comme aimantés à cette personne et malgré toute ma volonté, je ne peux les détourner. Il s'arrête de rire et son visage se fige alors qu'il tourne la tête vers moi.
À près de dix mètres de distance, son regard noir et profond me cloue pourtant sur place.
Malgré le bruit ambiant, malgré le monde et l'agitation autour, je suis figée.
Je sens mon cœur battre à mes oreilles. Sans pour autant pouvoir détourner le regard, je suis délivrée de cette emprise et retrouve le contrôle de mon corps lorsqu'un sourire se dessine sur ses lèvres.
Un sourire sincère, heureux, mais au-dessus duquel plane une ombre ; un voile que je ne saurais décrire.
Je me rends compte que j'ai cessé de respirer lorsque je reprends mon souffle, une fois libérée de son regard de nuit. L'homme a déjà récupéré le fil de sa conversation comme si de rien n'était ; en souriant et rigolant.
Reprenant mes esprits, je recommence à chercher ma famille. Je remarque du coin de l'oeil James en pleines retrouvailles avec une femme qui doit avoir la cinquantaine et un brushing parfait. À son côté... non... impossible. Ça ne peut pas être lui ! À son côté se trouve un jeune homme, qui doit avoir la vingtaine, et qui ressemble indéniablement à...
— Viens ma chérie, je vais te présenter ces deux personnes. La femme que tu vois est celle qui discutait avec nous, cette fameuse nuit. Il est peu probable que tu connaisses son deuxième fils, Nicolaï. Ce sont la mère et le jeune frère de James.
Ma grand-mère a vraiment un don pour surgir pile au bon moment. Excitée, elle m'entraîne par le bras vers le trio. En arrivant à leur hauteur, je n'ai plus aucun doute. Le jeune homme est bien le Nicolaï Gabrielli de mon cours de français.
— Oh Gwen, tu arrives pile au bon moment ! s'enthousiasme James. Je te présente ma mère, Sandrine Gabrielli. Il est possible que tu l'aie déjà aperçue.
— Enchantée Gwen, je suis vraiment ravie de te rencontrer !
— Moi de même, Madame Gabrielli.
— Ho non je t'en prie, pas de Madame Gabrielli entre nous ! Ça me rappelle mon âge et c'est beaucoup trop formel. Appelle-moi Sandrine.
— Et là, c'est mon frère, Nicolaï. Lui aussi tu l'as peut-être rencontré puisqu'il est venu assister notre beau-père qui est prof dans un lycée pas très loin de chez toi.
— Oui, je crois que je me souviens. Salut !
— Salut, Gwen ! Heureux de te revoir.
Stupide timidité, je n'arrive pas à aligner trois mots ! En un instant me reviennent toutes nos discussions entre les cours, ses yeux rieurs, son sourire magnifique et mes sentiments. Je profite que la discussion tourne autour de ma grand-mère et de Sandrine pour observer James et Nicolaï. Ce dernier est la copie conforme de son aîné : des cheveux brun foncé, des yeux bleu clair avec des taches foncées et dorées, une carrure fine, élancée et musclée à la fois.
Ces derniers jours, j'ai remarqué un détail chez toutes les Grandes Puissances, les yeux marron banals n'existent pas. Tous ont des yeux aux couleurs incroyables. Aliana m'avait expliqué que ce fait était dû à la grande quantité de pouvoir qui circule en nous, ce qui donne une couleur spéciale à nos yeux ; souvent avec des touches de doré.
Ceux de ma grand-mère, par exemple, sont cuivrés avec beaucoup d'or, presque à part égale. Il en est apparemment de même pour toutes les Grandes Puissances de notre lignée.
Les miens, en revanche, sont presque entièrement de couleur dorée avec seulement quelques petites tâches de cuivre. D'après elle, plus les yeux sont dorés et plus nos pouvoirs sont grands. Pour que les normaux ne remarquent pas cette différence, ils changent de couleur lorsque l'on est avec eux, prenant des teintes plus communes. C'est donc lorsque l'on est entre nous que nos yeux reprennent leur vraie couleur.
Perdue dans mes pensées, je n'ai pas remarqué les yeux de Nicolaï rivés sur moi, me scrutant avec amusement. Mon regard était resté bloqué sur son t-shirt gris cendre. Gênée, je détourne presque immédiatement le regard et cherche dans la salle où se trouvent les autres jeunes. Je les trouve en train de faire connaissance avec Nilaja, assis dans un coin de la salle, à l'écart de l'agitation ambiante.
Désolée Nicolaï, je te plante ici.
Je les rejoins et tirant un fauteuil, je m'y assois confortablement tout en me mêlant à leur discussion. Plus tard, alors qu'il y a tellement de bruit dans la salle que nous ne nous entendons plus penser, nous décidons d'aller dans un autre salon, plus calme.
Je tourne mon regard et trouve Nicolaï, engagé dans une conversation dont, vraisemblablement, il n'a absolument pas envie. Je lui fais signe de se joindre à nous lorsqu'il pose le regard sur notre groupe et deux secondes plus tard, il a traversé la salle et se trouve à ma droite.
Il est également à mes côtés lorsque, à la fin du dîner, ma grand-mère se lève et réclame l'attention générale. Ça y est, le moment est venu. Je vais enfin connaître le fin mot de cette histoire, de mon destin. D'un sortilège, elle augmente la portée et la force de sa voix.
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Le Dernier Ange
ParanormalFût un temps de guerres et de massacres qui mirent les mondes à feu et à sang. Fût un être absolu qui ramena la paix et la stabilité entre lesdits mondes. Furent ces mondes qui, à sa mort, se déchirèrent à nouveau, entrant dans une ère de Révolte...
