Quelques minutes plus tard, jugeant que je me suis assez éloignée de la maison, je m'assois dans l'herbe et siffle trois petites notes. En quelques minutes, plusieurs oiseaux, un faon et deux marcassins avec leurs mères les surveillant à l'orée du bois, ainsi que plusieurs animaux appartenant à ma grand-mère arrivent à mes côtés. Avec cette faculté de pouvoir appeler les animaux, il est aisé de comprendre à quel point je les aime. Je joue avec les animaux tout ce temps, perdue dans mes pensées. Je resonge à la conversation que j'ai eue avec les deux femmes qui s'occupent de moi depuis toute petite. La colère et la tristesse m'ont fait réagir et parler d'une façon dont je n'ai pas l'habitude. Cette discussion qui tourne en rond dans ma tête finit par s'évaporer, me laissant enfin un peu de répit.
Encore une fois, le temps passé en plein air est trop court à mon goût. L'église au loin sonne dix-neuf heures trente. J'ai un quart d'heure de retard et pourtant, je ne me presse absolument pas, encore moins si c'est pour passer plus de temps à voir leurs regards désolés posés sur moi. De retour au chalet, j'avertis ma grand-mère que je suis rentrée et elle me demande d'aller m'installer sur le lit de la chambre d'amis. En l'attendant, je me change de sorte à faciliter la pose des cataplasmes : un short de nuit bleu foncé et une brassière noire.
Elle me rejoint deux minutes plus tard avec deux bols de mélanges d'herbes : un pour les os cassés, l'autre pour les hématomes et les muscles. Au contact de ma peau, l'herbe est froide et humide. Heureusement, le sort qu'elle lance par-dessus la réchauffe un peu.
Mon corps brûlant le peu d'énergie que j'ai pour guérir, je m'endors rapidement, jusqu'à ce que ma mère vienne me réveiller. Au contact de mon front, sa main est fraîche.
Et mince, voilà que j'ai de la fièvre.
Pendant que j'enlève les bandages et que je me rhabille, ma mère part prévenir ma grand-mère. J'entends frapper et réponds machinalement « entrez ». Je suis plutôt surprise lorsque je vois ma mère passer le seuil et réalise que je n'ai pas remis totalement mon t-shirt, qui n'est descendu que jusqu'à mon sternum, juste en dessous de ma poitrine.
Elle, n'avait apparemment pas encore vu mes bleus car son visage passe par plusieurs expressions en une fraction de seconde.
L'étonnement de me trouver pas tout à fait rhabillée.
La stupéfaction devant la grosseur des bleus.
La douleur face au moment où elle comprend l'étendue de la mienne.
La colère contre la personne m'ayant infligé ça.
Cette colère se transforme ensuite en une farouche détermination qui laisse transparaître une telle hostilité que je suis soudainement heureuse et rassurée quant à mon futur scolaire. Je me sens enfin comprise, soutenue et protégée par un amour maternel que, de toute mon enfance, je n'ai jamais réellement ressenti.
Elle bredouille un « désolée » avant d'attendre à l'extérieur de la chambre que j'aie fini de me revêtir. Ayant de nouveau eu mon feu vert pour entrer, elle s'approche du lit sur lequel je suis assise. Dans un silence pesant, approchant une chaise, ma mère s'installe en face de moi. Tout en posant ses mains froides sur mon front, elle brise le silence.
— Je ne pensais pas que c'était grave à ce point.
Une douce lumière chaude et dorée sort de ses paumes, calmant instantanément les maux de tête et la fièvre. Je lâche un soupir de soulagement tout en soufflant un merci.
— Tu veux que je regarde tes côtes ?
— Mmh.
J'acquiesce d'un léger signe de tête, et, voyant qu'elle n'ose pas soulever elle-même mon t-shirt, je m'en charge. Son visage perd son aspect froid et insensible pour se changer le temps d'un instant en un mélange de colère et de tristesse à la vue de mes bleus.
Redevenant presque immédiatement de marbre, elle repose ses mains cette fois autour de mon plexus et le souffle chaud se répand encore une fois dans mon corps, détendant en même temps les tissus contractés qui ralentissent le travail des herbes et éteignant la douleur.
— Tu devrais te reposer encore un peu. Je viendrai te réveiller pour manger un peu plus tard si tu as besoin de sommeil, me conseille-t-elle.
— C'est bon, ne t'en fais pas. Je retournerai me coucher après manger.
Je descends prudemment les escaliers même si la douleur est partie. Ma mère derrière moi m'accompagne par le regard avec une tendre fermeté. Une fois en bas, elle rejoint la cuisine pour préparer le repas, le temps que ma grand-mère rentre. L'accompagnant, je lui demande si elle a besoin d'aide.
Recevant une réponse négative de sa part car « tu dois économiser tes forces. Assieds toi quelque part, ne reste pas debout. » , je lui obéis. Ne souhaitant pas rester seule dans la salle à manger ou le salon, je m'assois prudemment sur l'îlot central qui trône dans la cuisine.
Après le dîner, je remonte rapidement dans ma chambre, refais mes cataplasmes, me change et me remets au lit.
***
J'ai pu somnoler trois heures d'un sommeil agité avant d'être encore une fois réveillée par des éclats de voix. Cette fois, je suis certaine d'arriver à en différencier trois : celles de ma mère et de ma grand-mère ainsi qu'une autre également féminine mais qui m'est tout à fait inconnue. Ayant beau réfléchir, je ne peux émettre aucune supposition sur sa propriétaire : une femme venant secrètement à minuit passé pour discuter avec Ambre et Aliana.
Ma curiosité l'emporte et je décide de sortir silencieusement de ma chambre pour me poster dans le couloir, afin de piocher quelques informations sur leur discussion qui m'a l'air intéressante. Je me réjouis de ne plus sentir aucune douleur dans mon corps.
Évitant habilement les planches du parquet grinçantes, je me campe en haut des escaliers avant de réaliser subitement qu'elles peuvent me voir si l'une d'elles lève les yeux.
Je me recule.
J'arrive encore à distinguer les trois silhouettes : celle d'Aliana me fait face, celle de ma mère est en bout de table et la mystérieuse femme est positionnée dos à moi, en face de ma grand-mère. Les seules informations que j'arrive à retenir à propos de cette dernière sont ses cheveux foncés, presque noirs. Elle a l'air riche, ou du moins coquette car même à cette heure tardive, son brushing est impeccable et ses cheveux lisses tombent en un carré parfaitement droit sur ses épaules.
La dernière chose que je retiens, et sans doute la plus importante, est que cette femme est mi-fée, mi-sorcière. Une chose me frustre cependant : elles parlent trop bas pour que je puisse entendre un traître mot de ce qu'elles disent. Je tends donc l'oreille en me concentrant et sursaute.
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Le Dernier Ange
ParanormalFût un temps de guerres et de massacres qui mirent les mondes à feu et à sang. Fût un être absolu qui ramena la paix et la stabilité entre lesdits mondes. Furent ces mondes qui, à sa mort, se déchirèrent à nouveau, entrant dans une ère de Révolte...
