Chapitre 4 - partie 1/3

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C'est avec ces mêmes paroles que je me réveille le dimanche en fin de matinée. Je n'irais pas dire que la discussion avec Aliana m'a changée, mais elle m'a tout du moins profondément perturbée. Non seulement par rapport à ma vie et mon existence en général, mais également concernant mon rapport mère-fille.

Jusque-là, je me contentais assez bien de ma relation avec ma grand-mère, mais je suis devenue curieuse d'autre chose. Alors expérimenter cet « autre chose » , même si je sais que ce sera étrange, je veux l'essayer. Je sais très bien qu'au début, ma mère ne va pas trouver normal que nous passions d'une relation où nous échangions trois mots par jour à... plus ? Comment c'est, d'ailleurs, une vraie relation mère-fille ?

Tout ce dont je suis sûre, c'est qu'à l'heure actuelle, ma grand-mère lui a rapporté notre discussion. Je sens que mon arrivée au rez-de-chaussé va être pour le moins singulière. Tout comme les prochains jours, à vrai dire. En y repensant, peut-être devrais-je attendre que les effets de la discussion se dissipent avant de faire un pas vers ma mère...

Chose inhabituelle en arrivant en bas, je reçois un radieux, quoique exagéré, « Bonjour Gwen ! » de la part de cette dernière, seule dans le salon. Je n'ai sans doute pas été la seule à avoir pensé être plus agréable, aussi je réponds allègrement, bien que de manière artificielle         « Salut Maman ! Bien dormi ? »

— Moi oui, je m'inquiétais plutôt pour ta nuit à toi.

— Un peu bizarre comme tu peux l'imaginer mais bon, ce n'est pas comme si je manquais de sommeil. Je ne fais que dormir depuis deux jours !

— C'est vrai ! Une vraie marmotte ! répond-elle en riant nerveusement.

Sérieusement ? Notre nouvelle relation va vraiment commencer comme ça ?
Aussi peu naturellement ?

Combien de temps va-t-elle réussir à tenir ce rôle ? Si ça continue de cette façon, autant arrêter ces banalités tout de suite...

J'arrête de sourire et reprends mon air habituel.

— Maman, combien de temps est-ce qu'on va rester chez Amma ? J'ai des choses à récupérer à la maison si on reste plus longtemps.

— Je pensais qu'on pouvait rester un jour ou deux de plus, mais si tu dois repasser à la maison, je t'accompagne. On sera de retour pour manger le midi.

— Ça marche. On y va ?

— Oui, je préviens juste ta grand-mère. Vas m'attendre dans la voiture.

Il y a une vingtaine de minutes de route pour rejoindre notre domaine, lui aussi perdu en pleine forêt. Lorsque nous nous engageons dans le chemin caillouteux qui y mène, un pressentiment étrange fait surface et une boule me serre le ventre. Je sens ma mère se crisper derrière le volant. Je ne suis donc pas la seule à le ressentir. Ça devrait me rassurer de savoir que je ne suis pas folle, mais cette fois, au contraire, mon angoisse augmente.

Nous terminons la route sans prononcer un mot et lorsque nous dépassons le dernier virage, le pressentiment se transforme en un saisissement légitimement fondé. La demeure, à moitié détruite par les flammes, est presque en ruine. Les alentours, brûlés eux aussi. Mais le feu s'est mystérieusement arrêté en un cercle parfait autour de la maison. Comme si on avait fait l'usage d'une barrière magique.

— Gwen, souffle ma mère. Ne sors pas de la voiture. Je vais voir s'il y a des affaires à récupérer et je reviens.

Lentement, elle ouvre la portière et sort. Allant à l'encontre de ses directives, je l'imite. Elle lance un regard contrarié mais ne dit rien. Nous avançons vers la partie de la maison détruite, dont les ruines calcinées fument encore.

— Maman... Qu'est-ce qui est arrivé à notre maison ?

— Je n'en suis pas sûre, Gwen...

— Tu sens quelque chose ?

— Oui. La présence de vampires. Ils étaient encore là il y a peu. Reste près de moi au cas où, d'accord ? Mais par contre, ce feu qui s'est arrêté aussi nettement, comme ça, réfléchit-elle à voix haute en scrutant les bois, ce n'est pas de leur fait. C'est l'œuvre de sorciers. Ce doit être pour cela que les sorts de protection que j'ai installés n'ont presque rien protégé et que je n'ai pas été avertie. Ils ont dû aussi dissimuler l'attaque aux yeux des normaux.

Mes yeux balayent les ravages pour se poser sur la partie encore indemne.

— Pourquoi nos chambres et la bibliothèque sont-elles les seules encore intactes ?

— Amma a posé un sort de protection particulier quand nous avons emménagé. Ce doit être ça. Je vais y aller. Éloigne-toi de là, ça pourrait s'écrouler à tout moment.

— Mais... et toi ? Tu vas vraiment là-dedans avec ce risque ?

— Je ne risque rien, je sais me protéger. Allez, attends-moi près des bois.

Pendant que je rebrousse chemin, ma mère s'enfonce dans les ruines. Lorsqu'elle ressort, les bras chargés de quelques-unes de nos affaires et un sac à dos rempli sur les épaules, son pas est anormalement pressé. Elle regarde nerveusement aux alentours et me fait un signe que j'interprète comme une injonction à m'enfoncer dans les bois. Perplexe, je lui obéis, recule de quelques mètres et l'attends. De son côté, elle arrive à la voiture, ouvre rapidement le coffre, jette son butin à l'intérieur et le referme rapidement. Alors que, pressée, elle me fait signe de la rejoindre et que je me mets en mouvement, je m'arrête net, n'osant plus bouger.

Quelque chose vient de me passer devant le visage. Ce quelque chose vient de se planter dans l'arbre devant lequel j'étais en train de passer.

Je sens le bout de mon nez me piquer, un liquide goutter.

J'y passe mon doigt, puis le regarde, sidérée.

Il est rouge.

Je tourne la tête vers le tronc.

Le quelque chose en question est un poignard ; et il était à quelques centimètres de se planter dans mon crâne.

La panique m'envahit.

J'ai même trop peur pour esquisser le moindre mouvement. C'est le cri de ma mère qui me ramène à la réalité.

— GWEN ! Dans la voiture ! Maintenant !

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