*** Gwen ***
Lorsque je me réveille, mon corps est encore endolori. Je bascule lentement sur le côté pour m'asseoir. Je remarque alors que je me trouve sur un matelas posé à même le sol. Estheban, installé sur une chaise de camping à mon chevet, détourne le regard de l'extrémité de la falaise pour poser ses yeux sur moi.
— Tu es réveillée ! Comment tu te sens ?
— Bizarre. En même temps je me sens bien, et à la fois, pas du tout.
— Je vois. De ce côté là, je ne peux pas trop t'aider. Ce n'est pas moi l'expert.
— Qu'est ce qu'ils font ? je demande en désignant du menton les silhouettes suspendues au-dessus du vide.
— Ils apprennent à voler correctement même avec les courants qui les perturbent. Ceux qui ont des ailes font avec et les autres volent simplement ou utilisent la lévitation sur eux mêmes. C'est Aliana qui les coach et Emin est en dessous pour créer des perturbations en battant des ailes. Il dit que c'est un jeu auquel il jouait lorsqu'il était ado. Aliana maintient en lévitation des piquets ou des plots (deux de chaque côté du terrain) et ta mère fait l'arbitre. Il y a deux équipes de trois joueurs avec les personnes restantes. Le jeu se joue à tour de rôle. Le but pour chaque joueur de chaque équipe est de traverser le terrain et d'arriver de l'autre côté sans se faire toucher par les trois joueurs de l'équipe adverse qui lui volent après. Une fois que l'un a réussi à traverser, le membre suivant de son équipe s'élance et traverse à son tour, puis c'est au tour du troisième. Une fois que tout le monde est passé, les équipes échangent leurs rôles. Les poursuivants deviennent ceux qui traversent.
— Je pourrai jouer, moi aussi ?
— Ça dépendra de ton état. Tu veux venir les voir de plus près ?
— Oui, allons-y.
— Lève-toi doucement. Et garde ta couverture sur toi.
— Pourquoi ?
— En sortant, tes ailes ont déchiré ton t-shirt et ton pull.
— Mes...mes ailes ?
— Tu ne t'en souviens pas ?
— Je ne sais pas, je n'avais pas trop l'esprit libre pour pouvoir penser à mes ailes. Je ne les sens pas. Où sont-elles ?
— Elles sont rentrées pendant que tu dormais. Ça fait presque deux heures que tu dors, me devance-t-il.
— Je vois. Estheban, est-ce que je peux m'appuyer un peu sur toi s'il te plaît ? J'ai les jambes en coton et mon dos me fait encore mal.
— Oui, bien sûr. Allez viens, m'entraîne-t-il en m'offrant son bras.
Lorsque j'arrive au bord du vide et avant que les autres ne me remarquent, Emin surgit à toute vitesse, ses immenses ailes émeraudes écartées et un grand sourire aux lèvres. Il arrive si vite que les autres sont repoussés par la force de son battement d'ailes.
— Gwen ! Tu es réveillée ! Qu'est-ce que je suis heureux de te voir !
Son visage rayonne lorsqu'il se pose à mes côtés.
— Avant toute chose, promets moi de ne plus jamais me demander une chose pareille. C'est insupportable de te voir risquer ta vie comme ça, exprime-t-il en reprenant son sérieux.
— C'est promis. Moi non plus je n'ai pas vraiment envie de recommencer, de toute façon.
— Comment va ton dos ?
— Il est encore douloureux et je n'ai pas envie de le bouger.
— Gwen ! Mon dieu, tu nous a fait peur !
Tout le monde vient de poser le pied à terre et accourt vers moi.
— Attendez ! Avant tout contact ou bousculade, laissez-moi examiner son dos.
Il m'entraîne un peu plus loin. Me faisant légèrement tourner sur moi-même, Emin découvre mon dos, en se plaçant de sorte à ce que sa vue soit cachée des autres.
— Oui, ce n'est pas très beau. On verra ce que ça donne ce soir. Ça ira déjà mieux normalement. Tu peux bouger tes épaules et lever les bras ?
— Oui mais ça me fait mal si je force trop. Quand est-ce que je pourrai voir mes ailes ?
— En théorie, tu pourrais les sortir dès maintenant, mais je te conseille d'attendre que ton dos cicatrise avant d'essayer. Attendons un jour ou deux, d'accord ? D'ici là, repose toi.
— Ok. Oh et, mes pouvoirs ? Je crois qu'ils sont revenus.
— Tu pourras essayer ce soir, si tu as envie ; mais c'est pareil, je te conseille d'y aller doucement.
Nous laissons tomber le match et prenons le temps, malgré le violent air marin nous parvenant, même abrités derrière les véhicules, de manger un pique-nique. Puis nous prenons la route. De retour au château, je vais voir Sindy. Ma dernière visite à son chevet remonte déjà à quelques jours.
— Tout va s'arranger, maintenant. J'ai fait un grand pas en avant. Je vais trouver le moyen de te soigner ; je te le promets.
Je monte ensuite prendre une douche. Dans la salle de bain, je peux regarder l'état de mon dos. Entre mes omoplates, deux fentes à vif ressortent. La peau à l'intérieur est enflammée, du sang séché est collé sur les côtés. La température au dehors étant fraîche, je commence par faire sortir de l'eau chaude du pommeau de douche. Lorsque je me retourne pour me mouiller les cheveux, l'eau ruisselant sur mes plaies me fait pousser une plainte. Je termine ma douche sous l'eau tiède et ressors de la salle de bain frigorifiée.
En entrant dans la chambre, mes yeux se posent presque instinctivement sur le livre, celui que j'essaie de faire bouger tous les soirs depuis presque un mois. Poussant un soupir en m'asseyant sur le lit, j'espère que ça sera la dernière fois que je me concentrerai pour faire bouger ce maudit manuscrit.
Adossée contre le mur, mes genoux remontés contre la poitrine, je me focalise dessus, faisant abstraction de tout le reste. Comme pendant le premier cours de magie, je le visualise flottant à quelques centimètres de la table de nuit. Fermant les yeux, je mets de l'énergie dans cette visualisation puis, toujours focalisée sur mon but, je les ouvre, priant pour que, pour la première fois, je réussisse à exercer mon pouvoir.
Et c'est le cas. Le livre flotte à environ une paume de la table de nuit. J'apprécie le retour de cette puissance tant attendue en faisant danser l'ouvrage dans la pièce jusqu'à ce que Manoa ouvre la porte et se retrouve nez à nez avec le livre. L'interrogation et l'incompréhension qu'expriment son regard me font exploser de rire. Ce soir, sans aucun doute, je suis de bonne humeur. Le reste du château est également d'humeur plus décontractée. Aujourd'hui, comme par magie, les sols mourants sont redevenus fertiles comme si rien ne s'était passé et il a recommencé à pleuvoir. La situation du monde, en particulier ce qui touche au climat et à l'environnement, s'est également améliorée.
***
— Debout les jeunes !
Emin entre en trombe dans notre chambre le lendemain matin et ouvre les rideaux d'un simple geste du petit doigt. À son ton, je devine que lui aussi est de très bonne humeur. C'est un concert de protestations et de grognements qui lui répond.
— Oh non, laisse nous dormir.
— C'est pas cool ça, Emin.
— Referme les rideaux.
— Comme hier, vous n'êtes pas obligées de venir, mais nous embarquons Gwen dans tous les cas. Il ne tient qu'à vous de l'accompagner. Mais je vous le dis, cette journée s'annonce plus qu'intéressante !
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Le Dernier Ange
ParanormalFût un temps de guerres et de massacres qui mirent les mondes à feu et à sang. Fût un être absolu qui ramena la paix et la stabilité entre lesdits mondes. Furent ces mondes qui, à sa mort, se déchirèrent à nouveau, entrant dans une ère de Révolte...
