Chapitre 7

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7.1

En attendant de recevoir les informations du secrétaire de Setekis, Léon se pencha sur sa deuxième pile d'indices. Don avait déjà fait un travail remarquable dans le tri des indices et des pistes qu'il pensait importants.

L'un des disparus, Jacques Ceylan, un homme dans la vingtaine, originaire de l'Atlantique aurait été aperçu au nord de la ville juste avant sa disparition. Don avait retrouvé quelques témoins et glané suffisamment d'informations pour définir une zone dans laquelle faire des recherches. C'était comme s'il entendait son vieil ami lui donner des instructions, comme s'il le guidait. Se remémorant sa voix, ses mots, un élan de nostalgie le surprit. Celui-ci se mua en une hargne féroce qui le poussa à se remettre au travail.

Léon superposa les notes de Don à une carte de la périphérie de la ville, au-delà de la zone industrielle, sur laquelle il reporta les contours de la zone à fouiller.

D'une superficie d'environ quatre kilomètres carrés et majoritairement en pleine forêt, le détective estima en avoir pour plus de deux jours de fouille. C'était bien trop long.

Cela faisait déjà plusieurs jours qu'il était en ville et l'affaire ne progressait pas dans le bon sens. Plus il relisait les dossiers, moins il voyait les liens qui unissaient ces disparus. Le visage de Susie Mierru lui revint en mémoire, son sourire blafard, sa maigreur maladive, sa présence incapacitante.

Des bruits de pas dans l'escalier ramenèrent Léon à la réalité. Il s'attendait à ce que les dossiers demandés à Setekis lui arrivent avant la nuit mais il réalisa que le soleil s'était déjà couché depuis longtemps.

Sans plus attendre, Léon prit ses affaires, une paire de lampes torches et partit dans la nuit.


7.2

« Aller, les enfants, on range ! C'est l'heure !
―Il y en a deux qui ne veulent pas rentrer, on dirait, dit-elle avec douceur.
―Madame, il pleut, vous n'allez pas les laisser dehors quand même ? »

Elle sourit en se retournant vers sa collègue puis se remit à observer les enfants sous la pluie. Le bruit des rires retentissait sans discontinuer. Son sourire s'élargit.

« Que vont dire leurs parents s'ils tombent malades ?
―Ils diront qu'ils se sont bien amusés. Regardez-les, ils arrangent les escargots pour qu'ils fassent la course. Et puis, Céline, ils sont bien couverts. »

La boue et l'eau glissaient sur leurs imperméables à chacun de leurs mouvements agiles. Céline s'apprêta à aller chercher les deux enfants quand sa supérieure l'interrompit, déployant son propre parapluie : « Ne vous en faites pas, j'y vais. Ils ont terminé. »

Elle marcha tranquillement dans l'étrange mélodie de la pluie. Ses pas ponctuèrent ces douces notes au rythme des flaques qu'elle traversait. Une chanson de Franck Sinatra, étouffée, passait non loin dans le bureau du directeur.

Les deux enfants riaient aux éclats. Avant de les reposer délicatement dans les fleurs, ils donnèrent de petites feuilles de salade aux escargots pour les féliciter.

« Karpov, c'est le meilleur », dit l'un d'eux en gesticulant. Son imperméable jaune couinait alors qu'il s'adressait au monde montrant avec fierté le compétiteur victorieux.

Elle arriva jusqu'à eux et les couvrit de son immense parapluie, telle une géante au milieu des hommes. Korchnoï a perdu un nouveau combat, se dit-elle.
« Tu t'es fait un nouvel ami, Luc ?
―Oui madame, le meilleur ! »

7.3

Le spectre de Don pesait sur ses épaules comme un lourd sac à dos dont les lanières lacéraient sa chair. Dans la lumière vacillante de sa lampe torche, les formes étriquées, bizarrement humanoïdes, des arbres agitaient leurs branches menaçantes comme autant de bras dans la nuit.

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