Chapitre 13

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13.1

La pluie se déchaîna soudainement, martelant les fenêtres, et prit d'assaut sa petite chambre d'hôtel. Léon remonta ses genoux jusqu'au menton et les serra fort dans ses bras. Il suait, il avait si froid qu'il grelottait.

Léon regardait les gouttes s'écraser et couler le long des vitres. Il observa les chemins sinueux qu'elles prenaient. Elles se regroupèrent petit à petit jusqu'à former de lourds paquets avant de filer vers le bas. Ses yeux se posèrent sur l'une de ces poches. Une qui refusait de tomber, à hauteur de ses yeux. L'eau s'accumulait sur le verre. La poche se remplit, s'étendit, se dessina.

Un éclair zébra le ciel dans son fond de nuages menaçants. Léon n'avait pas vu directement le soleil depuis maintenant deux jours. Tout ce qu'il restait était gris, sombre, oppressant. Il eut l'impression que le ciel s'approchait de lui, le comprimait. Cette sensation s'intensifiait chaque jour qu'il passait depuis qu'il était ici.

Léon tenta de se lever, toussa, toucha son front brûlant et trébucha. Il se rattrapa au rebord de la fenêtre, son visage s'y colla brutalement. Le froid le rassura, l'apaisa. Léon expira longuement, tentant de ramener un semblant de paix dans son existence tourmentée.

Pensant au collier, à cette entrave qui le tirait inexorablement vers le bas, vers des profondeurs insondables, il revit l'image du phare, sa lumière. Il leva les yeux vers la fenêtre et y vit un visage souriant. Léon sursauta, étouffant un cri et retomba sur le sol, dos au lit. Le visage avait disparu.

Seule restait la trace de ces gouttes qui se collaient les unes aux autres, s'accrochaient et formaient un motif, une main. Et la main bougea sur la vitre, souriant comme seules des bouches devraient pouvoir le faire.


13.2

Derrière son comptoir, Nathan triait des dossiers laissés là. Ce travail d'agent d'accueil l'ennuyait à mourir. Il rêvait de plus beaux horizons mais il avait besoin de payer son logement, comme tout le monde. Les temps étaient durs et tant de personnes avaient perdu leur emploi que les pauvres hères de la région se jetteraient sur ce travail s'il le refusait.

L'homme au manteau gris et au chapeau à bord rabattu passa devant lui et sortit sans rien dire, sans même le regarder. Nathan reconnut rapidement le détective qui était venu identifier un corps anonyme repêché dans la rivière. Il fronça les yeux, fit la moue. Un détail l'arrêta. Il se leva sans s'en rendre compte et renversa sa tasse de café sur le comptoir. Cet homme avait-il grandi ? Une impression étrange se dégageait de la silhouette qui disparut sous la pluie.

Un peu perdu, Nathan sortit à sa suite, attiré par cet inconnu qui avait pourtant donné son nom en arrivant mais qui n'avait plus rien du Don Paolo Periap qui avait signé le registre deux heures plus tôt.

13.3

Réveillé par deux coups hésitants à sa porte, Léon, trempé de sueur, se rassit dans son lit. Il essuya son front, observa son corps affaibli. Déjà deux jours et deux nuits qu'il était dans cet hôtel. Déjà deux jours et deux nuits qu'il vivait un enfer. Les hallucinations, les voix et les choses ne s'étaient que rarement tues. Elles semblaient prendre un malin plaisir à le torturer.

On tapa de nouveau à la porte : « Service de chambre, je peux entrer pour changer les draps et les serviettes ? »

Léon se dirigea vers la porte. Il se saisit d'une chemise froissée, l'enfila et ouvrit à la dame qui attendait dans le couloir avec un chariot garni de produits d'entretien et de rechanges. Il la laissa entrer et entreprit de se passer un coup d'eau sur le visage, sous les aisselles. Il se sécha et se rassit devant le bureau.

« J'ai appelé hier soir pour demander un petit-déjeuner...
―Oui, monsieur, il a été apporté à huit heures, comme vous l'aviez demandé, mais vous n'avez pas ouvert. On l'a laissé sur le seuil mais vous ne l'avez pas pris non plus. On l'a ramené en cuisine, monsieur. »

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