Chapitre 10

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10.1

Sara perdit la notion du temps alors que ses yeux vagabondaient avec frayeur d'un bout à l'autre de la Sphère. Le champ de ruines qui s'étendait autour ne lui apparut que plus tard, tout ce qu'elle pouvait voir, c'était l'immensité, la splendeur d'un astre, comme une couleur sombre, tombée du ciel.

« Est-ce... Est-ce un genre de trou noir ?
―Non, professeur Landouse. Du moins, nous ne le pensons pas. Même si la Sphère semble agir de manière similaire, elle semble... sélective sur ce qu'elle absorbe.
―Alors, qu'est-ce que c'est ? D'où sont prises ces vidéos ? Où est-ce ? »

L'homme qui l'avait réprimandée quelques minutes plus tôt intervint : « Professeur Landouse, ce que vous avez devant vous et que le professeur Sémille vient de surnommer la Sphère est un objet non-identifié apparu ce matin entre onze heures dix-sept et onze heures dix-neuf à proximité ou à l'intérieur du village de Koënigsmacker en Moselle.

Le champ de ruines, le ciel gris et le paysage détruit autour de la Sphère lui apparut enfin, se révéla et révéla sa véritable horreur.

« Le village... ?
―... a été détruit dans son intégralité. Les pertes s'élèvent à environ quatre mille personnes dont six cents de nos forces armées qui sont intervenues sur place. L'homme en noir regarda sa montre, calcula rapidement et ajouta : La Sphère est apparue depuis moins de seize heures. Nous avons réussi à éviter à ce que la nouvelle se propage. Nous estimons cependant que d'ici une heure au mieux la nouvelle se sera ébruitée et que la panique se propagera dans toute l'Europe. »

10.2

La voiture démarra, les phares s'allumèrent et le pied au plancher, il traversa les sentiers comme s'il avait la mort aux trousses.

Léon s'échappa rapidement de la forêt, aperçut du coin de l'œil plusieurs des balises de son périmètre de recherche. Il jeta un regard dans le rétroviseur, chercha leurs lueurs éphémères pour se réconforter et les vit disparaître une à une, emportées par les ténèbres. Dans un grand coup d'accélérateur, sa voiture cracha, acceptant avec peine le sur-régime et fusa vers la ville. Léon atteignit la bordure de la ville et grilla les feux rouges sur son chemin, coupa la priorité aux quelques rares automobilistes encore sur la route à cette heure tardive. Il jeta un œil à sa montre : il était quatre heures du matin.

Léon se gara en hâte et courut jusqu'au bureau de Don. Le signe « A & D » en néon rouge fluo lui apparut comme un phare en pleine nuit, comme un guide. Il s'arrêta une minute, perplexe, quand une pensée fugitive lui traversa l'esprit. Il ne sut quoi, il ne sut pourquoi. Pourquoi un phare ?

« Léon. »

Léon se retourna. Derrière lui, la rue était vide. Derrière lui, la rue n'était plus. Comme un gouffre gigantesque à ses pieds, Léon dut reculer de peur de chuter. Un vertige soudain le saisit et il tomba à genoux au bord du précipice, le visage penché vers l'abysse.

Les profondeurs insondables de ce gouffre l'appelèrent et Léon dut se ressaisir car il se surprit à tendre le bras vers le fond, vers ce qui l'appelait.

Une bouche, dans son dos, collée à sa nuque, prononça son prénom : « Léon. »

10.3

« En rang ! Deux par deux, on y va ! Go ! Go ! Go ! »

La peur au ventre, Félix courait aux côtés des membres de son unité. On ne leur avait rien dit sur leur ennemi. On leur avait seulement dit d'y aller, de s'en débarrasser, de sauver autant de civils que possible et de repartir en un éclair.

Dans l'avion, il avait entendu les pilotes jurer, pris d'incompréhension : « Qu'est-ce qu'ils veulent dire, bon sang, par ne pas s'approcher ? Comment on largue les troupes à proximité si on peut pas l'avoir en visuel, hein ? »

La SphèreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant