6.1
« Vous pourriez au moins me dire ce qu'il se passe, non?
―Négatif, madame. »
Assise dans le véhicule blindé, elle regardait la route et les paysages défiler par la vitre teintée de la fenêtre à sa droite. La nuit était encore jeune, il n'était que 21h, mais elle sentait que plus rien ne serait amusant ce soir-là, ni probablement le lendemain, ni jamais.
« Est-ce que vous pouvez me dire où vous m'emmenez?
―Négatif, madame » , répondit de nouveau l'homme assis à sa gauche.
Sara regarda les quelques insignes qui pendaient à sa poitrine. Elle observa les fanions sur ses épaulettes sans en comprendre leur signification.
« A part que vous êtes de l'armée et que vous avez besoin de mon aide un samedi soir, je n'ai le droit de rien savoir. »
Une voix surgit de l'avant du véhicule. L'homme qui parla ne prit même pas la peine de se retourner: « Vous êtes chercheuse, non, professeur? Tirez vos conclusions, le reste vous sera expliqué sur place. En attendant, merci de vous taire. »
Sara se redressa sur son siège. On venait la réquisitionner en plein repas sans rien lui dire, et là, maintenant, on la provoquait. Autour d'elle, les soldats étaient inquiets et même le masque de discipline ne parvenait pas à dissimuler le mal-être qui grandissait en eux.
Elle reporta son attention par la fenêtre et soupira. L'odeur des eucalyptus s'était tue.
6.2
Les premières analyses de Don remontèrent quatre pistes distinctes sur ce groupement d'affaires. Il indiquait que ces disparitions, à part peut-être celle de l'enfant, étaient liées.
Léon passa la nuit à lire et relire l'ensemble des dossiers et indices déjà exposés par son collègue décédé. Au lever du soleil dont la lueur faible et maladive se cachait derrière d'épais nuages fangeux, Léon avait tout séparé en cinq piles. Quatre d'entre elles correspondaient aux quatre pistes principales qu'il distinguait, la dernière tenait plus d'un sentiment étrange, d'un vague goût de rouille au fond de sa bouche, d'une noirceur indescriptible : les dossiers qui concernaient l'enfant. Son portrait culminait sur la pile. Il s'agissait d'une fillette de neuf ans et son visage semblait déjà, à l'époque de la photo, l'appeler à l'aide. Elle s'appelait Susie Mierru.
Le détective eut du mal à se détourner de celle-ci, mais quand il y parvint, il aurait juré que la nuit s'était de nouveau couchée, que les ténèbres avaient déjà ravalé le soleil. Il déglutit, vida d'un trait son café et poussa dans un coin, au loin, le dossier de la petite Mierru dont les yeux le suivaient encore par un effet d'optique pernicieux. N'arrivant pas à blâmer la fatigue ou la colère sourde qu'il essayait de canaliser dans son travail, dans sa mission, Léon finit par retourner la photo.
6.3
« Sergent ?
―Oui, Alex ?
―Sergent, vous y étiez, non ? »
Malosane se retourna et s'assit sur le banc de musculation. Il fit face à son unité, celle qu'on venait de lui affecter. Alexandra, devant lui, le regardait avec un mélange d'admiration et de crainte. Il baissa les yeux, souffla puis détourna le regard, comme s'il était fasciné par les caméras de surveillance aux quatre coins de la salle.
« Alex, les autres, écoutez-moi bien, j'le répéterai pas », dit-il doucement. Interrompant leurs exercices, ceux qui étaient loin se rapprochèrent discrètement, attirés par l'horreur morbide et intrigante de l'histoire qu'il allait leur raconter. Il reprit : « Vous avez idée de ce qu'on a vu ce jour-là ? »
Alexandra déglutit bruyamment, la salle était devenue silencieuse. Ils n'entendaient que leur propre cœur, leur propre sang, battant dans leur corps, tout enfermés qu'ils étaient avec leur chef d'unité et les choses qu'il avait vues, qu'il avait vécues en ce jour fatidique. Toutes ces choses qu'il avait rapportées avec lui et qui le hantaient encore.
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La Sphère
Terror"La Sphère" est une histoire fragmentaire, constitué de 365 scènes qui suivent, tour à tour, l'évolution de différents personnages au travers des événements liés à une entité Lovecraftienne surnommée "La Sphère". Elle aspire et dévore tout sur son p...
