Chapitre 5

49 7 7
                                        

5.1

« J'ai dû me rendre à la morgue fiston. Ne m'attends pas, installe-toi, fais-toi un café.
L'un de mes gars disparus a été retrouvé on dirait, bien mort, noyé. Je file voir les bilans du légiste et le corps en question.

T'as le bonjour de Phil d'ailleurs. Il est toujours à la rue, mais il en est toujours content. Passe le voir en m'attendant si tu veux, tu sais où le trouver. Sinon, les dossiers sont sur la table, tu commences par celui que tu veux. De toute façon, fiston, c'est toujours la même histoire : des zonzes qu'ont disparu. Y en a plein en ce moment, y en a toujours.

Don. »

Léon serra le poing, réduisant la note de son ami à une boule de papier froissée, compacte et moite.
Le corps étiqueté « Fleskhil O. » sur la table d'autopsie n'était pas celui d'un inconnu, c'était celui de Don.


5.2

Ils regardaient les écrans de la salle de commandes. La plupart diffusaient des images satellites de la Sphère. D'aussi près qu'il était possible de la filmer comme de loin, elle était terrifiante. L'orbe d'une noirceur sans fond aspirait même la lumière, comme un trou noir solidifié, compact. Tel un dieu, la Sphère semblait descendue sur Terre pour y régner.

Le cratère d'impact prenait la forme d'un bol. Entre elle et le sol, tassé par une gravité sordide, filtré par l'aura mystérieuse de l'astre, ce n'était pas la mort, c'était le vide. Plus aucune trace de vie ne subsistait dans un immense rayon autour d'elle. Les barrières et les avant-postes de l'armée se positionnaient à une distance de sécurité très largement surestimée. Aucun risque ne pouvait être pris avec la Sphère.

Pour l'instant, elle était calme, mais combien de temps est-ce que cela durerait ? Sara se dit qu'il valait mieux prendre les devants quand tant de vies dépendaient d'eux.


5.3

Quelqu'un avait accouru à la morgue lorsque Léon s'était mis à hurler. Un médecin légiste et son assistant avaient rapidement suivi le garde qui se tenait dans le couloir et qui essayait de calmer Léon.

« Comment ça, ce n'est pas le bon cadavre ? »

Léon réprima une envie de vomir, il sentait déjà la bile remonter sa gorge, lui brûlant la trachée.

« Vous êtes positif qu'il s'agit bien de ce Don Paolo et non pas d'un monsieur Fleskilh ? Le médecin légiste se saisit du registre, vérifia les informations sur le corps. Je veux dire, avec l'émotion, monsieur, c'est toujours difficile d'être certain, d'être logique...
―Je vous dis que le corps, là sur cette table, ce n'est pas le corps d'un monsieur Fleskilh ni de qui que ce soit d'autre, mais celui de Don Paolo Periap, mon ami. C'est le détective privé du cabinet A & D, qui est venu rendre visite au cadavre non-identifié qui est censé se trouver sur cette table.
―Monsieur, je suis navré, je ne comprends pas.
―La personne allongée là m'a téléphoné il y a trois jours. Vous n'avez pas pu le retrouver flottant dans l'eau la semaine passée !
―Votre ami a pu avoir un accident entre temps, juste après vous avoir appelé. Vous êtes positif sur le fait qu'il s'agisse de votre ami et qu'il vous a appelé récemment ? Si c'est bien le cas, c'est terrible. » En effet, ce qu'il lisait du rapport du docteur Herliet ne correspondait pas à l'état du corps devant eux. Ils n'avaient rien en commun. Il se tourna vers son assistant : « Appelez le directeur, demandez-lui de nous rejoindre ici aussi vite que possible. Monsieur, vous êtes détective, c'est bien cela ? Devons-nous prévenir la police tout de suite ?

Léon le coupa abruptement, révélant son insigne de police : « Laissez-moi réfléchir... » La rage et la tristesse avaient pris le meilleur de lui. Ses yeux se posèrent sur le corps de Don, remontèrent le long du drap blanc jusqu'à un visage pâle. Il tendit la main et retroussa le linge avec délicatesse. Une marque de brûlure lui décorait la base du cou, au niveau des clavicules. On aurait dit qu'une corde ou quelque chose de plus fin avait servi à l'étrangler. Cette vision d'horreur manqua de le faire vomir.

La SphèreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant