Chapitre 3

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3.1

« C'est ta première affectation, J ? »

Johan se retourna en entendant son surnom. Le caporal Andy Shueth se tenait derrière lui, un sourire forcé aux lèvres.

« Non, Caporal. C'est la troisième, Caporal, mais c'est ma première affectation ici depuis que j'ai commencé mon service. Je reviens du service extérieur.
― Oui, on m'a dit, soldat. Bienvenue parmi les Sentinelles, J.
― Merci, s'exclama-t-il, surpris de la familiarité de son supérieur.
― On dit merci Caporal, J.
― Pardon caporal. Merci caporal. »

Une voix les interrompit depuis les douches attenantes : « Soyez pas trop dur avec lui, chef, il est encore en train d'apprendre le code couleur, il sait pas faire le braille : c'est un p'tit jeune. »

Andy souffla dans sa barbe en partant, jetant sa serviette pardessus son épaule. Ses côtes lui faisaient encore mal. Il étira ses muscles, le corps chauffé par la douche et l'entraînement : « Ça me dépasse, Felicia, qu'on nous envoie des recrues qui connaissent pas le braille. »

Johan le regarda partir, un peu surpris.

3.2

« Par où commencer ce fatras ? »

Malgré les apparences, Don était quelqu'un d'organisé. Il suffisait simplement de savoir où il voulait aller. Ses notes et intuitions vous y menaient. Encore fallait-il savoir où Don voulait en venir. Les piles s'organisaient en fonction de leur orientation et les feuilles pointaient les unes vers les autres. L'œil non averti n'y verrait que le chaos. Un œil averti... n'y verrait rien non plus.

Léon s'abîma devant tant d'affaires ; Le cabinet A et D n'avait jamais eu un si grand nombre de cas à la fois, même quand l'associé de Don était encore présent. Il chercha des yeux la photo des deux compères et la trouva rapidement près de la cheminée. Il sourit en voyant leurs visages couverts de boue. Un article de presse avait été plié et encadré, c'était à la suite de la première affaire qu'ils avaient élucidée tous les deux, une série de vols de voitures.

Léon s'inquiéta de ne pas voir Don arriver. Il était déjà dix-sept heures et le soleil se couchait à l'horizon. Le détective avait laissé ses gants dans l'entrée et seulement emporté son chapeau. Il avait donc prévu de revenir avant la nuit. Léon jeta un œil par la fenêtre, espérant voir son ami revenir. Il y patienta un moment puis s'en détourna.

Se doutant de la raison pour laquelle Léon avait été appelé, il s'installa devant le bureau de Don et lut attentivement les premières pages de chaque pile. Des notes couvraient le dessus de chacun des dossiers du cabinet, des détails significatifs pour Don dans ses enquêtes. La plupart du temps, il s'agissait de filature ou de kidnapping.

Après un tour rapide, Léon compta dix-sept cas d'enlèvements ou de disparition sur les treize derniers mois, soit un peu plus d'un an révolu. Seize hommes et femmes entre vingt et soixante-quatre ans, avaient disparu sur cette période et la seule exception était une enfant de neuf ans. Leurs dossiers respectifs se trouvaient sous ses yeux, les tristes portraits de gens qu'on ne reverrait jamais.


3.3

Sara claqua la porte des toilettes derrière elle puis s'affaissa contre. Elle cogna de toutes ses forces sur le battant jusqu'à ce que l'adrénaline s'estompât et que la douleur se fît trop incapacitante. Sara retira son poing meurtri du bois et observa la chair sanguinolente avec une étrange fascination. Quand sa fureur retomba, elle entendit les pleurs d'une femme qu'elle n'avait pas dérangée jusque-là. Les reniflements et les soubresauts trahirent son identité. De son autre main, Sara toqua doucement sur la paroi.

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