11.1
Léon se retourna et scruta de nouveau les ombres autour de la porte d'entrée. Le silence régnait dans le cabinet du détective. Plus un bruit ne trahissait l'arrivée d'un visiteur. Après cette nuit, après ce qu'il venait de vivre, Léon ne put croire qu'il trouverait vraiment quelqu'un de l'autre côté de sa porte.
Le détective fit un pas en avant. Le plancher grinça sous son poids, il lui sembla tanguer. Il entendit le bruit de la mer, le clapotis des vagues. Hypnotisé, il fit un second pas vers la porte. La lumière dans le couloir ne lui laissa deviner aucune forme au-dehors. Quelqu'un aurait toqué et serait reparti ?
L'image du phare lui revint, il y voyait plus clair à présent. Plus clair, mais aussi plus sombre. Les nuances de couleur se mélangeaient, se fondaient l'une dans l'autre, créant des dégradés de plus en plus déliquescents. Léon distingua les flots, entraperçut les vagues. Il observa l'écume au sommet de chacune d'elles, il sentit leurs odeurs, celles de la mer et de l'océan, l'odeur de ce qui vit en leur sein. Il fit un nouveau pas, au seuil de son bureau et pénétra dans le hall d'entrée. Devant lui, une porte close. Était-elle verrouillée ? L'avait-il verrouillée ?
« Entrez », essaya-t-il. Mais ce mot resta bloqué dans sa gorge. Il ne faisait pas de sens, il n'en faisait plus.
Léon tangua encore, fit un pas de plus, maladroit. Il ne vit toujours personne derrière la vitre.
L'image se fit plus distincte : ce qu'il avait pris pour un phare n'en était pas un. Il n'aurait su définir de quoi il s'agissait, mais sur le fond ou la forme, rien n'y fit. Léon comprit enfin : les phares guident les gens loin d'eux, pas vers eux.
Un bruit derrière Léon lui fit réaliser son erreur. On pouvait toquer des deux côtés d'une porte.
11.2
Mais qu'est-ce que je fous là, moi ?
« Professeur Landouse ?
―Oui », répondit-elle la voix perdue dans le vide, le regard toujours porté sur l'écran. Comment quelque chose de si petit pouvait-il faire autant de dégâts ? Sara pensa à l'atome, aux virus, puis se dit que c'était tout autre chose encore. Elle essaya de se pincer le bras, de se dire qu'elle rêvait simplement. La douleur la rattrapa vite, et avec elle la réalisation que ce qu'elle voyait, c'était bien la mort d'un village, sa dessiccation par une entité inouïe et inconnue. « Oui ?
―Professeur Landouse, si nous vous avons dépêchée ici, c'est pour nous aider, précisa le professeur Sémille.
―Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse pour vous aider ? Un trou noir est apparu en Moselle et vous voulez que je fasse quoi, moi, une terrasse ?
―Que vous l'étudiez, professeur. Vous êtes dans l'un des centres destinés à l'étude du code-objet-1, alias « la Sphère » et au besoin de la sécuriser, de la contenir, de nous protéger.
―Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je suis chercheuse en matériaux bio-responsables pour la fabrication de béton en zone industrielle. Je fais pas des composites résistants aux trous noirs », lâcha-t-elle acerbe.
L'homme en noir s'interposa de nouveau : « Professeur Landouse, les quelques vidéos que nous avons du code-objet-1 montrent qu'elle n'absorbe pas tout de façon indiscriminée.
―Vous voulez dire que certains matériaux résistent à la gravité ? C'est du n'importe quoi, je rêve !
―Non, professeur, je veux dire que la sphère refuse d'aspirer tous les matériaux. Il fit un geste à destination d'un groupe de soldats à quelques mètres de lui. Lieutenant, zoomez sur la zone 4-24 s'il vous plaît.
―Oui, monsieur. »
Le sous-officier régla l'un des moniteurs sur la zone 4-24. Il s'agissait des abords de la Sphère. Le sol semblait s'être dérobé à son contact, creusé comme si elle avait compacté la terre à quelques mètres autour d'elle.
VOUS LISEZ
La Sphère
Terror"La Sphère" est une histoire fragmentaire, constitué de 365 scènes qui suivent, tour à tour, l'évolution de différents personnages au travers des événements liés à une entité Lovecraftienne surnommée "La Sphère". Elle aspire et dévore tout sur son p...
