14.1
Johan retira son casque sans un bruit. Il inspira l'air sec et aseptisé du couloir qui menait au sas de décontamination. Leur équipement y serait plongé dans des cuves dès leur sortie. Tout ce qui entrait ou sortait du labyrinthe y passait.
La Sentinelle sentit son pouls ralentir, sa respiration avait retrouvé un rythme décent. Ses côtes lui faisaient mal comme s'il avait besoin à chaque souffle de faire sortir plus d'air que ce qu'il en avait dans ses poumons.
Il jeta un œil autour de lui, regarda son sergent puis détailla les membres de son unité : Tomas enlevait ses bottes, Alma, ses gants. Son regard s'attarda sur elle.
« T'as la tête qui penche, J, ça va mieux ?
―J'ai l'impression, oui. Je ne sais pas ce qui m'a pris, Tomas. »
Il se passa la main devant les yeux, se redressa. Tomas reprit : « Un bon vieux syndrome de Fernet, mon grand. Ça arrive même aux meilleurs. T'en fais pas trop.
―J'ai pas l'impression que ce soit Fernet, Tom. Je verrai avec les toubibs, mais c'était vraiment trop étrange. »
Johan baissa les yeux, perdu dans ses pensées. Si les médecins ne décelaient pas d'autres traces du syndrome de Fernet, il risquait de se faire mettre sur la touche. Renvoyé du programme Sentinelle, il n'aurait plus d'autre utilité que de servir, plus jamais de protéger. Une boule se forma dans son ventre, lui comprima les organes, il eut envie de vomir.
Une fois leur escouade déséquipée et changée, ils descendirent le matériel vers les cuves de nettoyage avant de passer par leurs propres douches de décontamination. L'air dans le labyrinthe était vicié, il rongeait tout, petit à petit, puait comme des corps en décomposition dans un estomac ouvert à la face du monde.
Dans l'indifférence de son unité, il réprima les larmes qui gagnaient ses yeux et chassa l'horreur de ses pensées, l'ombre qu'il sentait grandir derrière lui.
14.2
« Bonjour, détective Zebonzes, se présenta Léon. Je cherche le professeur Philippe Decaste au sujet de son article sur la résurgence des cultes tribaux dans les sociétés modernes. »
À l'accueil de l'université Esmerald Lera, on lui indiqua un bureau au rez-de-chaussée. Léon emprunta différents couloirs vitrés avant d'atterrir devant une porte sur laquelle figurait le nom du professeur. Un jeune homme, maigre, avec des lunettes et un air hagard, attendait devant. Il se présenta comme l'un des thésards du professeur Decaste. Ce dernier donnait un cours au deuxième étage et ne serait disponible que d'ici vingt minutes.
Léon pensa tout d'abord s'asseoir en l'attendant mais un étrange pressentiment lui intima qu'il n'aurait jamais plus la force de se lever ensuite. Cette impression fut si forte qu'il pensa s'enfuir, abandonner cette maigre piste. Il n'aurait jamais la force ou le temps de revenir ici. Ses mains remontèrent lentement jusqu'à couvrir ses yeux et Léon laissa s'échapper un tremblement.
« Vous allez bien, monsieur ?
―Non, pas vraiment. »
Le thésard fut surpris d'une réponse aussi honnête et ne sut quoi répondre. Il jugea pertinent de lui faire la conversation, proposa de le renseigner. Léon fut surpris de voir que cet élève connaissait l'article en question. Il avait même l'air de très bien le connaître. Il sembla triste quand il en parla, comme s'il était déçu de ne pas l'avoir écrit lui-même.
La discussion tourna et vira autour de ces vieux cultes barbares ou occultes que l'histoire avait rencontrés, notamment en Amérique latine ou en Afrique, dans les îles ou les forêts les plus reculées. Léon ne décela rien de concomitant avec la secte qu'il découvrait parmi les horreurs de la ville. Tout ce dont le thésard parlait n'était que ruine et disparition. Les rites et les cultes de ce genre étaient systématiquement détruits, purgés par la foi ou la loi. Léon se perdit dans ses pensées, chercha à tirer des conclusions alors même que son interlocuteur continuait à exposer ses connaissances sur le sujet.
« Est-ce que je vous ai dit que les membres de ces cultes se scarifiaient la gorge à l'aide de pierres brûlantes ? »
Léon se redressa brusquement et le saisit par les épaules, aussi surpris l'un que l'autre : « Répétez-moi ça. »
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La Sphère
Horror"La Sphère" est une histoire fragmentaire, constitué de 365 scènes qui suivent, tour à tour, l'évolution de différents personnages au travers des événements liés à une entité Lovecraftienne surnommée "La Sphère". Elle aspire et dévore tout sur son p...
