Chapitre 43

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43.1

Le déchaînement de la bête contre la porte ne dura qu'un instant. Elle se tourna vite contre ceux qui ne pouvaient la fuir. Quelques cris étouffés disparurent bien vite et laissèrent place à la toux sordide de ces pauvres hères qui s'étouffaient avant de donner naissance à une autre horreur. Léon se décolla de la porte et courut. La distance entre les pièces, dans les couloirs, la hauteur des plafonds, l'inclinaison du sol, tout lui sembla changer. Un vertige le prit d'assaut et il faillit trébucher sur le seuil de l'un des couloirs. Il eut pensé devoir tourner à droite mais un mur se dressa devant lui. A sa gauche un passage s'ouvrit. La tapisserie jaune sale s'effaça pour révéler des briques, formant une cavité sombre dans le mur. Léon s'arrêta et observa les alentours. Il n'y avait plus d'autre chemin que celui qui s'ouvrait sous ses yeux. Rien, même dans son dos ne subsistait.

Trois hurlements distincts lui parvinrent, faisant vibrer les murs en canon. S'il restait là, Léon se douta qu'il risquait de voir surgir les bêtes dans son dos. Il entra dans le boyau et peina à s'y déplacer. Plusieurs mètres en avant, il déboucha sur pas moins de sept couloirs qui semblèrent s'entrecroiser dans des directions plus ésotériques les unes que les autres. Léon ne put perdre plus de temps et courut dans le premier embranchement qu'il vit.

Après ça, les salles s'enchaînèrent pendant plusieurs minutes, essoufflant Léon à mesure qu'il les quittait. Il finit par revenir sur ses pas, découvrant la première cuisine qu'il avait examiné. Le détective s'arrêta net : la pièce était vide. Léon s'avança pas à pas, hésitant, effrayé. Sur les tables, les bras et les jambes avaient disparu, les corps des bouchers aussi. Le reste de la scène se révéla à lui quand il dépassa le dernier plan de travail.

Sur le sol, un corps, vide et plat, gisait, étalé. Sa bouche était défigurée, ouverte d'une oreille à l'autre dans un ignoble déchirement. Son sourire benêt figurait toujours sur le cadavre dégoûtant. Un grognement se fit entendre dans une pièce attenante et Léon fit tout son possible pour ne pas attirer l'attention sur lui. Il fusa alors que les flammes commençaient à lécher les couloirs alentours.

Une fois à l'extérieur, Léon se tapit dans l'ombre et attendit que les battements de son cœur se calment. Sa poitrine vibrait avec force. La quantité de sang sur ses mains, la lame souillée dans son poing, le chargeur vide de son revolver et les horreurs dans sa tête le paralysèrent momentanément. Il ne put qu'observer le feu et les flammes qui, comme une gueule titanesque et rougeoyante, gobaient petit à petit les entrepôts de « D.F Construction ». Léon s'écrasa contre un container vide derrière lui et glissa le long de la paroi jusqu'à toucher le sol.

Il pleura les yeux ouverts, embués, sales et maculés de sang vicié, en écoutant les hurlements des choses dévorées par les flammes jusqu'à ce qu'une petite voix grésillante qu'il ne sut reconnaître crachota près de lui.

« Vous pouvez courir, mon cher, mais vous ne courrez jamais assez vite. »

Léon trouva immédiatement la source de cette phrase et vit, posée à même le sol, toujours débranchée, la petite radio de la cuisine. Il la vit sourire et son regard se porta immédiatement vers l'entrepôt. Deux créatures surgirent des flammes, humant l'air de leurs nombreuses têtes. Elles se tournèrent vers lui.

43.2

Le journal de qui... ?
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Au moment où je donnai l'ordre, au moment où mes hommes soufflèrent de tout leur saoul une peur qu'ils ne s'avouaient pas mais que nous partagions tous, Se--er-- tonna.

« Non. »

Le navire devint silencieux.

Je m'avançai vers lui, intimidé mais surtout poussé par cette envie d'en finir... en finir ? avec les sornettes de ce naufragé rendu fou par son accident : « Se--er--, vous n'êtes pas en position de donner des ordres à bord de mon navire. Vous mettez en péril nos vies avec vos insinuations sordides. Il n'y a pas plus de vie sur cette île qu'au fond de cet océan. »

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