Chapitre 4

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4.1

Sa main recula vers la poignée et s'arrêta à quelques centimètres. Pourquoi Léon s'inquiétait-il? Il allait rejoindre Don et celui-ci lui expliquerait clairement les raisons de son retard puis de son appel à l'aide.

Léon boutonna son manteau jusqu'au col, cacha sa frange sous un chapeau de feutre et sortit braver la météo qui empirait de jour en jour. La pluie avait frappé aux fenêtres toute la nuit durant.

Léon entendit la porte claquer dans son dos.

Dans un recoin de son esprit, Léon organisa l'ensemble des informations qu'il avait enregistré des cas présents sur le bureau de son mentor. Il se demanda s'ils étaient tous liés ou si c'était le hasard qui avait amené toutes ces disparitions au pas de la porte d'un seul détective privé ?


4.2

« Chérie, tu peux m'aider à porter ça jusqu'à la table ? Samuel désigna un plat de charcuterie rempli à ras-bord. Allez Alexia, je ne vais pas tout faire tout seul, quand même ? »

Alexia jeta un regard faussement agacé à sa sœur puis se retourna vers son mari : « Oui, oui, j'arrive ! »

Leurs invités se tenaient dans la salle à manger, discutant par petits groupes, appréciant la décoration soignée de leurs hôtes méditerranéens. Le style très années soixante et la lumière tamisée rappelaient un brutalisme qu'appréciait beaucoup Sara. L'odeur des eucalyptus qui s'infiltrait par la véranda parachevait l'ambiance de cette soirée.

Alexia la sommait depuis plusieurs mois déjà de venir dîner chez elle et son mari au bord de mer. Elle disait vouloir lui présenter des gens, des gens que ses recherches intéresseraient, ou bien des gens qu'elle, elle intéresserait. Alexia avait un talent certain pour ce qui était de présenter les gens les uns aux autres. Elle se vantait souvent de la façon dont elle s'était elle-même présentée à son mari.

Le téléphone de Sara vibra dans sa poche à de nombreuses reprises. Pour une fois qu'elle était en congé, elle jura tout bas. Et mon droit à la déconnexion, alors ? Alors qu'elle allait l'éteindre pour de bon plutôt que de le laisser se transformer en marteau piqueur dans sa poche, Sara vit la longue liste de notifications, d'appels et de messages qui s'affichaient sur l'écran. Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur. Que pouvait-il bien se passer de si important pour qu'on la harcèle ainsi ? Elle douta du fait qu'il s'agisse de mauvais plaisantins, c'était bien trop.

« Sara, tu fais une drôle de tête, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Alexia s'approcha de sa sœur et ses yeux s'agrandirent. Oh bon sang !», finit-elle par lâcher quand Sara décrocha finalement.

On entendit des portes de voiture claquer de l'autre côté de la maison. Suivis par des pas rapides. On toqua bientôt à la porte avec une force exagérée. Samuel, alarmé, fusa vers l'entrée. En l'ouvrant, il fut aussi surpris que sa femme : « C'est l'armée. »


4.3

Elle se pencha au-dessus de la table et activa le microphone.

« Rapport du médecin légiste Herliet concernant le corps non-identifié du 6 Novembre. Le sujet est un mâle caucasien d'une cinquantaine d'années et d'un mètre quatre-vingt-deux. Hygiène dentaire déplorable probablement due au tabac, signes flagrants d'alcoolisme et présence de très nombreuses scarifications réparties sur l'ensemble du corps. Le sujet a été retrouvé dans la rivière flottant entre deux eaux et après avoir été aperçu par des automobilistes en pause au bord de la voie. Je penche pour une noyade, ce qui rendrait la température du foie moins éloquente, cependant la rigidité des membres situerait l'heure du décès tôt dans la matinée du 5. La gorge du sujet est tuméfiée et une marque de brûlure ou de constriction se situe à sa base. Aucune trace de lutte. Le dessous des ongles est sale, mais leur état est cohérent avec une personne dérivant dans la rivière. Vérifier les signes de strangulation.

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