12.1
« Qu'est-ce que tu me racontes, pauvre idiot ? », Andy était vert de rage dans sa combinaison noire. Le bruit de son respirateur s'amplifia et la force dans sa voix fit fléchir Johan. « Qu'est-ce que tu baves, sombre tache ? T'es incapable de lire correctement le braille quand il s'agit de rentrer dans le labyrinthe, mais quand c'est pour en sortir, tu nous inventes des p'tites chansons ? Les murs te parlent Moëne ? Hein, c'est ça ? »
Johan était terrifié. Son supérieur se colla à lui, leurs combinaisons se touchèrent et toute leur unité les fixa du regard. Un mélange de pitié et de dégoût se lut dans leurs yeux.
« Je perds mon temps avec des idiots comme toi, et tu sais ce que c'est le pire, Moëne ? C'est qu'à part si tu deviens maboule, j'ai aucun moyen facile de te jeter hors de mon unité. Alors continue ton cirque, mon gars, pour que j'aie tout ce qu'il me faut de mon côté pour t'envoyer bouler chez les fous ! »
Ils n'avaient jamais vu Andy comme ça. Leur sergent était certes un ancien commando qui avait, comme tout le monde, intégré les sentinelles dès l'apparition de la Sphère, mais rien ne justifiait un tel comportement. La discipline et le respect de la hiérarchie dans les corps armés n'y donnaient, ici, aucun sens.
Tomas s'interposa entre Johan et lui : « Sergent, avec tout le respect que je vous dois, ça suffit. »
Andy se recula, ses yeux allèrent de l'un à l'autre des membres de son unité, hagard, confus.
« Désolé, J. J'ai été trop dur. Je sais que t'as un souci avec le braille, mais si t'es là, c'est que les grosses têtes t'en jugent capable. J'aurais pas dû m'emporter comme ça. Les enfants, on décolle, Alma, tu nous guides comme à l'aller. Je vous paie un verre en rentrant. »
Tomas se retourna vers son ami : « J ? Ça va ? »
Johan était blême comme s'il avait vu un fantôme. Il n'avait rien entendu de ce que venait de lui dire son supérieur. Les voix qui parlaient dans le labyrinthe s'étaient mises à crier, elles continuaient à le presser d'en sortir. Et vite.
12.2
« C'est une sacrée blessure que vous avez là, inspecteur. »
L'infirmière lui pansa le flanc avec rigueur. Elle fut surprise de voir Léon si calme en dépit de son état. Il était rare de voir un policier blessé aussi concentré. La quantité d'antidouleurs qu'il avait ingérée n'y était pas pour rien.
« Si vous le dites. »
Elle allait lui poser une autre question, cherchant à faire un brin de conversation, cependant quelque chose dans le regard de Léon l'en dissuada. Il croisa le sien et elle ne vit que de la tristesse, de la douleur. Léon s'en aperçut : « Excusez-moi, madame, je ne suis pas vraiment dans mon assiette. »
Elle pointa du doigt les bandages autour de son abdomen et Léon sourit en répondant : « Je dois aller voir le Dr. Herliet à la morgue, vous savez si elle est de retour de ses congés ?
―Navrée, mais je ne sais pas, comme la morgue et l'hôpital sont dans des bâtiments différents, je n'ai que très peu l'occasion de croiser leur personnel. Je peux me renseigner, si vous voulez.
―Oui, je veux bien, merci. Merci, euh...
―Anna », précisa-t-elle quand elle comprit que Léon cherchait son prénom. Elle portait sur sa blouse un badge rectangulaire qu'elle tapota pour attirer son attention. Léon fut incapable de le lire. Anna, pensa-t-il. Pourquoi faut-il toujours que ce soit une Anna ? Rien ne le laissait jamais oublier son amour passé. Léon se souvint des boucles blondes de sa petite amie, de son sourire et de ses yeux marrons. De la cicatrice sous sa paupière gauche, du grain de beauté qui s'y trouvait avant. Quand il les rouvrit, Anna était partie mais ses souvenirs demeurèrent, le hantèrent.
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La Sphère
Horror"La Sphère" est une histoire fragmentaire, constitué de 365 scènes qui suivent, tour à tour, l'évolution de différents personnages au travers des événements liés à une entité Lovecraftienne surnommée "La Sphère". Elle aspire et dévore tout sur son p...
