9.1
Fasciné par le collier, Léon tendit la main. Sa lampe fixait alors le sol, s'éloignant autant que possible de cet étrange bijou. Léon l'entendit parler, chanter. Des voix dansèrent dans sa tête, des murmures doux et sirupeux. Des mots inconnus formèrent des phrases. La voix qui les portait était des plus étranges, si familière.
Léon se rendit compte qu'il avait déjà le collier en main. Il se rendit compte que sa lampe gisait au sol. Il se rendit compte qu'il n'était plus dans la salle près de l'autel. Il entendit une porte claquer derrière lui, se retourna, retint un nouveau cri. De retour dans le bureau de Don, ses yeux s'écarquillèrent, ses iris se dilatèrent, son cœur battit plus vite, tellement plus vite. Une porte, celle qu'il avait entendu claquer, se tenait au milieu du salon. D'un bois vermoulu, elle tenait sans aucun mur pour la porter. Léon se demanda ce qu'était cette chose, cette porte qui ne menait, ni ne donnait sur rien. Elle grinça sans qu'il la touchât. Le cadre se balança faiblement d'avant en arrière et Léon en eut la nausée.
Non... Ce n'était pas la porte qui oscillait, c'était le monde autour d'elle. Le monde, le bureau, lui. Léon voulut se saisir de la poignée et ouvrir la porte mais elle était de plus en plus loin, de plus en plus glissante. La voix lui parlait toujours. Elle ne se tut jamais.
La porte s'ouvrit, elle révéla une pièce sombre. Dans l'encadrement, une silhouette se dessina, hésitante, chancelante. Elle lui parla. Elle avait un collier dans la main et une lampe gisait à ses pieds, éclairant des formes étranges dans son pinceau, des formes qui riaient. Des sourires pleins de dents, des bouches pleines d'yeux.
9.2
« Il est mort de quoi celui-là ? demanda Hans en levant un sourcil, plus intrigué que choqué. Il était si fatigué.
―Docteur, il s'est vidé de son sang, entièrement. »
Hans se pencha sur le cadavre. Il n'en restait qu'une masse informe et gluante. Le tout dans un sac de peau.
« Qu'est-ce qui a pu faire une chose pareille à ce... cette brave fille ? » Il avait eu du mal à déterminer le sexe du cadavre grâce aux indices habituels, le corps étant sens dessus-dessous. Il regarda l'étiquette sur le brancard et la trouva vide.
« On n'a pas pu l'identifier docteur, navré.
―Ne vous en faites pas pour ça, je doute que dans cet état même sa famille veuille la voir. Pourquoi vous me l'avez amenée... » Hans se retint de préciser « sur un brancard ». Un dernier regard vers le corps et il se dit qu'un sac aurait été plus utile pour transporter ce cadavre.
Les treize heures passées sans se repos ni repas l'avait maintenu dans un état d'irritation constante. Il y avait des gens encore en vie qui avaient besoin de lui. Il se reprit : « Vous pensez que je n'ai pas assez de patients à sauver pour que vous m'ameniez des morts ? »
Les soldats s'excusèrent, un peu gênés : « Désolé, docteur Kluger, mais c'est la dernière.
―C'est la dernière ?
―Oui, docteur, intervint le second. Tous les autres sont déjà morts. On a pensé que vous voudriez... »
Hans leva une main vers le soldat, l'interrompit puis se retourna. Il jeta un œil par la fenêtre plastifiée du bloc opératoire et souffla. L'idée de cette dernière mort incompréhensible s'effaça d'un coup de son esprit quand la fatigue le prit d'assaut. Il ne pensa plus à rien, s'effondra sur le sol et pleura.
Un mouchoir sanguinolent et une paire de lunettes rondes souffraient entre ses mains tremblantes. Il demeura inconsolable. Tant étaient morts aujourd'hui, mais c'en était fini. Le malheur s'était arrêté.
9.3
Léon observa avec terreur la silhouette de l'autre côté de la porte, n'osa plus bouger. Autour de lui, autour de la porte, le bureau de Don clignotait d'avant en arrière, de haut en bas. Léon sentit les meubles coulisser, glisser le long d'axes qu'il ne percevait pas, des axes qui n'auraient pas dû exister.
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La Sphère
Horror"La Sphère" est une histoire fragmentaire, constitué de 365 scènes qui suivent, tour à tour, l'évolution de différents personnages au travers des événements liés à une entité Lovecraftienne surnommée "La Sphère". Elle aspire et dévore tout sur son p...
