Le vent rugit mes oreilles comme un murmure ancien, grondant au fond de la clairière desséchée. Mes bras sont tendus devant moi, les paumes ouvertes, tremblantes, et mon souffle s'échappe par à-coups. Une pulsation sourde bat dans mon ventre, trop puissante pour mon propre cœur. Elle n'a rien d'humain. Elle n'est pas moi.
Et pourtant... elle m'habite.
La lumière du ciel, déjà sombre, s'assombrit d'un ton supplémentaire. J'entends mon sang battre à mes tempes. Je sens l'ombre ramper sous ma peau.
— Concentre-toi, me dit Aydan, quelque part dans mon dos.
Sa voix est basse, grave, comme un rocher au bord du précipice.
— Tu dois la sentir, pas la craindre.
Mais j'ai peur. Peur de moi-même. Peur de cette chose qui vit en moi depuis ma résurrection. Elle grandit. Elle me consume.
Et puis, soudain, je le sens. Lui.
Ramay.
Son souffle fétide sur ma nuque. Ses doigts autour de mes poignets. Sa voix, ce poison mielleux, glissant à mon oreille que je ne suis rien.
Je hurle.
Et la terre hurle avec moi.
Un éclair noir jaillit de mes mains, brutal, sauvage. Il se tord dans l'air comme un serpent furieux. Le sol se fend sous mes genoux, les arbres reculent, les feuilles s'envolent dans une spirale de panique. Des hurlements de corbeaux s'élèvent au loin.
Je ne maitrise rien.
— Eldéa !
La voix d'Aydan fend l'air, plus proche.
— Reprends le contrôle !
Je tombe à genoux, suffoquant. Mes paumes me brûlent, mes yeux piquent. Et cette énergie, ce feu noir, continue de vibrer autour de moi.
— Je ne peux pas ! crié-je, perdue.
Aydan s'approche, mais ne me touche pas. Il fait que je suis sur le fil tranchant. Que le moindre contact pourrait me faire exploser.
— Tu le peux, Eldéa. Tu dois arrêter de la réprimer. Écoute-la.
— Elle me détruit, Aydan ! répliqué-je, paniquée. Elle me dévore de l'intérieur !
— Non, dit-il doucement. Ce n'est pas une étrangère, ce n'est pas une chose. C'est toi. C'est une voix que tu avais oubliée. Une part de toi que le monde a trop longtemps écrasée.
Je lève les yeux vers lui. Et dans son regard, je ne vois pas de la peur. Je vois... du respect. Une sorte de douleur, aussi. Mais surtout, cette certitude que je suis capable de supporter cette tempête.
Alors j'écoute.
C'est comme un chant, sourd, profond, guttural. Une mélodie sans mots, faite de mémoire, de racines.
Elle ne me veut pas de mal. Elle me cherche. Elle me connait.
Je tremble toujours. Mais je ne suis plus au bord de la rupture.
Aydan s'agenouille face à moi. Il effleure la terre de ses doigts et, doucement, les fissures se referment, de l'herbe verte pousse à son contact.
— Tu es liée au flux, murmure-t-il. À quelque chose de plus ancien que nous tous. Je viens juste de le comprendre : ce n'est pas une magie qu'on apprend dans les livres. Ce n'est pas un sort à apprendre. C'est la vie brute. C'est la mort. Mais aussi la renaissance.
Captivée, je l'écoute.
— Ce pouvoir est revenu avec toi. Peut-être que... peut-être que ce n'est pas moi qui t'ai ramenée. Je n'ai fait qu'ouvrir la porte, et ce pouvoir t'a choisie.
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Les Spectres Oubliés
FantasyEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
