O.

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Je me lève comme une étoile,
victorieuse.
Cent oiseaux dévorent mon estomac.
Pour avoir faim, je les laisse avoir faim.

Ce matin, j’ai reçu un message,
un message pour mon avenir.
Il disait : « Prends cette porte, celle qui te conduit à ton rêve. »
J’écoute.
Mais tout me glisse toujours dessus.
Je pourrais tout savoir
si je ne passais pas mes journées à dormir.

J’ai embrassé un morceau de page qui nous ressemble.
Notre amitié me manque.
J’avais des amies aux bords des cils :
des larmes,
des ennuis,
des élans.
Des amies qui débordaient de joie,
qui bordaient mes peines.
Infirmières, lectrices.
Ensemble, on était
victorieuses,
tentatrices.
Leurs cicatrices recouvraient les miennes.
Dans la paume de l’une,
elle tenait La Femme.
Elles m’ont aidée à la saisir.

Ne partez pas demain.
Je vous en supplie.
Aujourd’hui, il reste encore des bras pour nous porter.

Des bras d’hommes, souvent vides.
Avides.
De longues manches effacent mes nuits de café noir.
Je pourrais leur montrer ce qu’il y a au creux,
Mais ils ne verraient qu’un trou.
Un rêve trop grand.
Un désir d’oubli.

J’aimerais être le chasse-neige de leur tourmente,
Balayer le vent qui les agite encore.
Je pourrais leur transmettre un message.
Mais ils ne me tendent pas la main.
Mais ils préfèrent me voir en rêve.

Je suis endormie.
Ils effleurent, du bout des doigts,
ma peau diaphane.
Regardent mes lèvres qui s’agitent.
Des mots qui ne s’écoutent pas

Jaune PissenlitOù les histoires vivent. Découvrez maintenant