40 - Soins

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-Rose-


Les médecins et les infirmières ne cessent d'aller et venir dans ma chambre depuis quelques jours, toujours avec une bienveillance écœurante, ils demandent en permanence comment je me sens, si j'ai mal, si j'ai besoin de quelque chose. Mais comment pourrais-je aller bien alors que papa est parti ? Comment pourrai-je ne pas me sentir seule au monde alors que ma seule attache n'est plus là ? Ils ont beau tout faire pour que je sois impeccable physiquement, personne ne pourra réparer mon cœur ou anesthésier mes sentiments.




Tout me ramène à lui.

En permanence.




Chaque instant est pire que le précédent, car chaque instant m'éloigne un peu plus de la dernière fois que je l'ai vu, en vie.

Et je peux courir après le temps, le supplier ou l'étrangler, rien ne me le rendra. Il a été emporté, un point c'est tout. Il n'existe plus ici.

Le même médecin qui était là lors de mon réveil fait irruption dans ma chambre, et à l'instar de notre première rencontre, le même sourire se voulant rassurant est plaqué sur ses lèvres.

— Bonjour Rose.

— Bonjour... Marmonnais-je, bien moins enthousiaste que lui à parler.

— Je suis ravi de t'annoncer que tu vas bientôt pouvoir sortir de là. On t'a gardé suffisamment en observation pour assurer sans crainte que ton corps est prêt à reprendre une vie plus ou moins normale.

Ses mots me font esquisser un sourire amer, "normal", comme si tout allait redevenir comme avant.

A ma surprise, une lueur de compassion passe dans ses yeux et il se racle la gorge comme conscient de sa maladresse.

— On réfléchit à te faire sortir demain ou après-demain selon comment tu te sens. Seulement, il faudra que tu fasses attention à certaines choses. Tout d'abord, tes points de suture. On a pu en retirer certains mais au vu de la gravité de ta plaie, nous devons en conserver un nombre. Alors pour éviter qu'ils sautent tu dois drastiquement éviter les actions qui sollicitent de manière importante le haut du corps. Tu seras forcément confrontée à certaines situations dans lesquelles il sera impossible d'éviter, comme passer de la position allongée à assise, s'étirer, ou encore enfiler des vêtements. Tu peux faire tout ça mais il faut que tu sois vigilante, que tu prennes le temps de faire doucement les choses. Les points ne sont pas élastiques et ta peau non plus. Il insiste particulièrement sur ces dernières paroles pour me faire comprendre l'importance que je prenne tout cela au sérieux.

Je réponds à tout cela en hochant mollement la tête, de toute façon je n'ai écouté que des bribes. Il lâche un soupir et poursuit son inéluctable monologue de médecin que seul lui passionne.

— Si un des points saute, appelle-moi, je ferai au plus vite pour te le fixer. Il joint la parole au geste puisqu'il me tend un bout de papier sur lequel une série de chiffres est notée à la main.

Mes yeux essayent de se concentrer sur l'écriture hachurée et linéaire dans l'espoir d'y déceler ne serait-ce qu'un seul chiffre mais la tâche s'annonce bien plus compliquée que prévu.

— Ou demande à quelqu'un de m'appeler. Finit-il par lâcher, résolu, en remarquant que je louche dessus depuis une bonne minute sans avoir pu comprendre si je le tiens au moins dans le bon sens ou non. Il tourne les talons et avant qu'il s'apprête à partir, je le coupe dans son élan.

— Excuse-moi !

— Oui ?

— Je peux te demander ton nom ?

DÉSERTEURSOù les histoires vivent. Découvrez maintenant