Chapitre 69 - Prière

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C H A P I T R E
69

PRIÈRE

































































-Aron-





— Où allons-nous ?

Je n'ai pas répondu et ça fait déjà plusieurs minutes que l'on marche en silence. La neige est devenue dense et nous arrive presque aux genoux, je manque de trébucher plusieurs fois mais mon objectif me fait tenir bon. A vrai dire, je ne pouvais pas passer une seconde de plus à entendre tenir ce discours. Ça m'était intolérable.

Pour des raisons que j'ignore, mon corps a bougé bien avant que je puisse y réfléchir. La seule chose que je puisse faire pour elle, parce qu'elle ne me croit pas, c'est la confronter à la seule personne qu'elle voudra bien considérer.

Alors depuis tout à l'heure, et sûrement qu'elle l'a deviné, je l'emmène le voir.


En espérant ne pas faire une connerie monumentale.


Je n'ai aucune idée de la réaction qu'elle aura, mais je crois que c'est la meilleure chose à faire. Pour elle. Il n'y a nulle place sur cette terre qui serait plus appropriée pour ce corps mutilé et ce cœur déchire qu'auprès de la personne qu'elle a le plus aimé, je suppose. Parce qu'après tout, elle n'appartient pas à ce monde, le seul dialogue qu'elle peut avoir se fait avec l'au-delà.

On arrive au bosquet, là où les arbres s'écartent pour laisser la place au deuil. Le tas de neige est toujours là, à distance égale de tous les points, bien qu'il soit plus haut maintenant, grandi par les récentes chutes.

Ce n'est qu'à portée de la tombe de fortune que je me retourne vers Anderson. Elle est pâle, ses lèvres saignent à force de les avoir rongées, elle affiche une expression blême qui me noue l'estomac. Et dire que ce n'est qu'une bien mauvaise fenêtre sur la souffrance de son cœur...

Elle détache les yeux de ce qui représente pour elle son père, pour le poser sur moi. Ils sont agités, presque paniqués, comme si elle venait d'être piégée.


Merde.


— Je ne crois pas qu'il aurait apprécié entendre ces mots sortir de ta bouche. J'énonce doucement en faisant référence à ses dires dans la chambre.

Elle ne répond rien, me considère un long moment suspendu. Je n'ai aucune idée de ce qui se passe dans sa tête, c'est une forteresse impénétrable sauf quand elle consent à faire tomber ses murailles.


Comme hier soir.


Je bloque le souvenir qui vient avec cette réflexion, j'ai besoin d'être ancré sur ce moment. Il est important.

Elle détourne définitivement son regard du mien et se laisse absorber par l'objet de notre venue. Je recule de quelques pas pour qu'elle ne sente plus ma présence.


Et comme à chaque fois, inévitablement, Rose Anderson, de toute sa splendeur, s'effondre.


Elle tombe à genoux, ses mains délicates mordues par le froid de la neige, ses yeux tournés vers le sol, et ma volonté presque irrépressible de la retenir. Comme si, de mes doigts, je pouvais rassembler les milliers de morceaux de son cœur brisé. Comme si je le pouvais. Ou pouvais l'empêcher.

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