-Aron-
— C'est la première fois que ça arrive ?
La voix de Matveï résonne dans tout le salon, il est en train d'ausculter Anderson par rapport à ce qui s'est passé hier. Elle est assise sur le canapé, faussement relâchée, comme si elle ne venait pas de me faire une scène pour qu'on n'ouvre pas la porte il y a quelques minutes. Je regarde le spectacle depuis l'îlot central de la cuisine, elle esquisse une grimace à l'entente de la question. Elle secoue négativement la tête et le médecin ne peut cacher son mécontentement.
— Je t'avais pourtant dit de m'appeler s'il y avait un problème. Il soupire longuement, embêté. Enfin, c'est fait, c'est fait. C'était quand ?
— Récemment, juste avant hier.
Elle a perdu son mordant habituel, elle répond comme une petite fille qui se ferait gronder. C'est pourtant compliqué d'être intimidé par Matveï, c'est de loin la personne la plus gentille et douce que je connaisse.
Il commence à sortir de son sac tout type d'instruments chirurgicaux dont le nom m'est totalement inconnu, il fait ça méthodiquement, avec un ordre précis. Pendant ce temps, Rose se charge d'enlever son haut pour exhiber la raison de ce contrôle. Je ne peux m'empêcher de frissonner en voyant cette entaille rouge vif qui s'étend de son épaule au haut de sa hanche.
C'est glaçant.
La blessure s'est refermée sur toute sa partie inférieure, tout ce qui concerne son ventre et les premières côtes n'a plus besoin de point. Mais la peau reste fragile, la cicatrice est encore très marquée et on voit bien qu'elle n'a pas fini de se réparer. Je me souviens que l'équipe des médecins avait mis l'accent sur cette zone quand elle était encore à l'hôpital pour lui garantir une mobilité dans les plus brefs délais. Maintenant il reste la partie supérieure de l'entaille, celle qui concerne principalement le buste, les pectoraux, la cage thoracique et les veines qui passent près du cœur. La cicatrisation est plus lente à cet endroit parce la peau est plus tendue et il y a moins de graisse pour accompagner les cellules réparatrices.
C'est d'ailleurs là que les points ont sauté.
Le docteur finit par relever la tête vers elle et je l'entends jurer dans sa barbe en découvrant à quel point elle n'a pas suivi ses consignes.
En même temps il s'attendait à quoi avec une fille pareille ?
— Je pensais qu'on parlait d'un point ou deux, pas d'une dizaine ! S'étrangle-t-il prêt à s'arracher les cheveux.
Rose lève les yeux au ciel, comme à son habitude, désabusée par la réaction de son interlocuteur. Elle a toujours cette ombre qui plane sur le visage quand on parle d'elle et de l'état de son corps, cet air qui semble dire "ce n'est pas grave, ce n'est que moi". Si on l'écoute, ce n'est jamais important. Mais les yeux écarquillés de Matveï prouvent le contraire. Pourquoi s'acharne-t-elle à invalider sa souffrance ? J'ai l'impression que nous prenons plus au sérieux sa santé qu'elle-même.
Évidemment que c'est le cas, sinon elle ne risquerait pas de s'évanouir de douleur dans le fond d'une salle de bains simplement parce qu'on lui a suggéré de l'aide.
Cet épisode ne fait que tourner en boucle dans ma tête depuis hier soir. Je sais que j'ai probablement mal agi, mais j'ai perdu tout mon sang froid quand j'ai réalisé que si je ne la forçais pas, elle recommencerait. Et je ne pouvais pas supporter cette éventualité. J'aurais préféré que la pédagogie l'emporte, j'étais prêt à lui expliquer pendant des heures s'il le fallait, mais la voir ainsi, au bord de la perte de connaissance, en train de se vider de son sang, c'était au-dessus de mes forces. L'adrénaline a pris les commandes sans que j'y réfléchisse davantage.
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DÉSERTEURS
RomanceAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
