Chapitre 53 - Nom ?

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-Rose-




L'inconnu et moi pénétrons dans le bureau d'Aron. Je me revêts du masque impassible que je suis si habituée à porter, quoi qu'il arrive, je resterai de marbre. Des hommes comme lui, j'en ai rencontré des centaines dans ma vie, et aucun n'est venu à bout de moi, alors ce n'est pas aujourd'hui que les choses seront différentes. Je suis bien déterminée à prendre ce que je veux de lui et à m'en débarrasser quand j'aurai consommé tout ce qu'il peut m'offrir. Je me tiens, cependant, sur mes gardes, les hommes ont toujours des idées folles dans la tête. Je contourne le bureau d'Aron pour m'y asseoir, comme si cette pièce m'appartenait. J'imagine déjà la tête qu'il pourrait faire en voyant ça. Il est enragé rien qu'à l'idée que je passe derrière alors que je m'y assois avec cette attitude pompeuse et arrogante... Je souris intérieurement à cette pensée.

Il en serait définitivement malade.

Dans la foulée, j'invite mon interlocuteur à prendre place en face de moi, à travers ce rapport, j'instaure une position d'autorité. Il n'est pas familier des lieux là, où, moi, je les connais sur le bout des doigts. Je sais déjà que cette relation de force me sera utile pour ce qui va suivre.

Je le revois encore sortir son arme blanche simplement parce qu'on la contredit. J'ai préféré calmer le jeu et céder à sa demande, parce que cette discussion ne vaut pas que quelqu'un soit blessé, il veut me parler, alors me voilà.

De plus, je n'ai aucun doute sur le fait que Palmer se ramènerait dans la seconde où il entendra quelque chose de suspect, il est comme ça, toujours à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il y a même fort à parier qu'il fait les cents pas en maudissant sa propre porte trop bien insonorisée pour laisser filtrer quelques bribes que ce soit de l'autre côté.

— Que voulez-vous ? Attaqué-je cette discussion sans plus attendre.

— Je suis Venturini. Laissez-moi vous présenter qui nous sommes.

Il a choisi l'italien pour discuter avec moi. Jusqu'ici, il a été naturel d'opter pour l'anglais puisque Palmer ne peut pas discuter avec lui dans une autre langue. Mais l'inconnu a l'air un peu trop bien renseigné sur les langues que je suis capable de parler. Je ne peux pas feindre ne pas avoir compris sa phrase mais je n'ai aucune envie de m'entretenir avec lui dans une proximité linguistique manipulatrice.

Le voir utiliser cette langue avec moi n'a rien de quelque chose d'anodin, ou de préférentiel pour lui, je sais très bien que ça relève d'une volonté de se montrer en ami, de se rendre familier, d'établir un lien entre nous en espérant que ça marche inconsciemment sur moi.

— Et pourquoi je vous accorderais mon temps ? L'interrogé-je en anglais.

— Parce que vous voulez des réponses. Et que vous voulez savoir qui vous êtes, madame Anderson.

Je fais mon possible pour ne rien laisser transparaître, même si, je dois l'avouer, il vient de piquer ma curiosité.

Alors dans ce cas, le jeu est lancé, j'ai hâte de découvrir les cartes qu'il a en main.

L'homme masqué semble attendre un signe de ma part pour continuer à parler. Il a conscience que le moindre faux pas serait rédhibitoire et pourrait mettre fin à cette entrevue. Je l'invite d'un signe de tête à continuer.

— Même si vous étiez jeune à cette époque-là, je suppose que vous vous souvenez de l'instabilité générale au moment de la succession de l'empire italien.

Je hoche simplement la tête.

— L'Imperatore est mort et il a donc fallu que quelqu'un lui succède. Il était resté au pouvoir près d'une trentaine d'années, alors comment faire quand il disparaît ? C'est comme ça qu'ont émergé deux courants de pensée, celui de Marchelli, que vous connaissez, et celui de Zanni, beaucoup plus radical et conservateur. A cette époque, il a été annoncé vainqueur dans les sondages avec une très large majorité.

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