Chapitre 64 - Renégat

60 1 0
                                        





















































.



.



C H A P I T R E
64

RENEGAT

































































-Aron-





C'est ici. Constate Arthur quand la voiture s'arrête à bonne distance de ce qu'on devine être l'entrepôt.

Quand je sors de la voiture, le froid de la nuit et l'air humide m'enveloppent jusqu'aux os. J'entends les deux portières se refermer doucement, signe que Eden et Arthur sont sortis. On se dirige tous les trois vers le coffre pour récupérer ce dont nous avons besoin pour mener à bien cette opération.

La gueule grande ouverte de la malle nous laisse saisir les silencieux que nous fixons à nos revolvers ainsi que des lampes torches, de lourds bidons de carburant et de quoi les allumer.

Cette nuit est froide, le ciel est orangé par la lumière des lampadaires qui se coince dans l'épaisse brume au-dessus de nos têtes, ça ne fait aucun doute qu'elle tombera bientôt sur nos épaules et jusqu'à nos pieds. C'est le genre de nuit où tout se précipite, aucun homme n'est jamais sorti indemne de cette lune étouffée aux airs apocalyptiques. Et nous y déambulons, trois silhouettes noires au milieu de cette mer silencieuse, comme un mauvais présage.

Les armes passent entre mes mains sans que je n'y prête attention, des balles au revolver, de la lame blanche à l'essence lourde, je suis anesthésié par l'habitude.


Je n'ai pas envie de faire ça.

Je n'ai pas envie d'être ici.


Mais c'est mon linceul. Ce travail. Ce « sale boulot ».

Et sûrement que je ne l'arrêterai jamais.

Je prends une grande inspiration pour me préparer à avoir les mains tachées de rouge, une fois de plus. Cette opération est trop longue, j'ai trop le temps de penser, de me rendre compte, de conscientiser mes gestes.

Une main ferme se pose sur mon épaule et la voix qui va avec me tire de mes réflexions.

Aron, on y va.

La déclaration d'Eden retentit lointainement et je me force à me concentrer sur le moment présent.


J'ai besoin d'une clope, mais c'est le pire moment pour jouer avec le feu.


On referme le coffre le plus silencieusement possible et je verrouille le véhicule. Le chemin qui se dessine devant nous est exactement celui qu'on a reconnu en amont grâce aux plans aériens, il ne semble pas y avoir d'autre garde que ceux qui tiennent les portes de l'entrée frontale.

Deux mains sur le manche de mon colt, je passe devant tandis que ma cousine et mon ami s'appliquent à me suivre. Mes pas sont presque indiscernables malgré le grincement de la neige. J'ai fait ça un million de fois, ma mémoire musculaire prend le relai et mon cœur accélère. Le froid est vite combattu par la chaleur de mes mouvements et j'ai envie d'arracher le morceau de tissu qui s'enroule autour de mon cou. Je m'arrête un instant face au passage délicat qui suit. Jusqu'à présent nous nous déplacions dans l'ombre mais pour contourner le bâtiment, la prochaine partie du périple doit se faire sous l'éclairage aveuglant fixé sur le toit du hangar. Si les déplacements furtifs peuvent être camouflés, il est difficile de faire de même avec les traces que nos pas vont laisser sur la couverture blanche au sol.

DÉSERTEURSDes histoires addictives. Découvrez maintenant