30 - La face cachée de la Lune

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-Rose-


— Lâche ça et suis moi.

Son ton autoritaire ne me laisse pas d'autres alternatives que de le suivre. Je pose l'assiette que j'avais dans les mains et me les essuie sur mon jean.

Aron m'attrape le poignet et m'emmène avec lui à l'étage.

Est-ce qu'on change de comportement comme ça ?

Cependant, au lieu de s'arrêter aux chambres comme toujours, Aron poursuit sa course en montant les escaliers.

« Il y a quoi en haut ? J'ai vu que les escaliers continuaient. »

« Ça, on ne peut pas te le dire. Formellement interdit par Aron. »

Je me suis toujours demandée ce qu'il pouvait y avoir à cet étage et voila qu'il m'y emmène de son plein gré ?

Arrivé à la fin des marches, le mafieu me lâche la main pour ouvrir la porte qui fermait l'espace. Il me jette un regard par dessus son épaule et finit par sortir la clé et déverrouille la porte.

J'avance doucement, toujours sur ses talons.

Mais quand mes pas pénètrent dans la pièce je n'en crois pas mes yeux.

Qu'est-ce que...

Au milieu de l'endroit, trône un grand piano à queue noir vernis, c'est le seul meuble qui réside ici. Il est si imposant que le reste de la pièce semble s'être incliné devant lui.

C'est l'un des plus beaux pianos qui m'a été donné de voir. Parmi tous les casinos et endroits convoités que j'ai pû visiter, je n'en avais jamais vu de tel.

Il est ici en maître et dépossède n'importe quelle autre chose de sa beauté. Ce piano n'inspire que grandeur et prospérité, a tel point que mes yeux n'arrivent pas à s'en détacher.

Je vois du coin de l'œil Aron avancer dans la pièce et se planter à côté de l 'instrument.

Ils sont affreusement biens assortis.

Face à l'immensité du piano, le mafieu à l'air bien plus petit que ce qu'il n'est vraiment. Des deux émane une atmosphère sombre et tranquille, un profond noir envoutant.

Je peux imaginer le bruit que ce piano pourrait faire rien qu'en le regardant.
De la même manière que je peux imaginer les doigts d'Aron parcourir l'instrument en accordant les notes impeccablement.

Mes yeux quittent ce spectacle un instant pour détailler le reste de la pièce. Depuis mon arrivée je n'ai pas su détourner le regard du centre de la pièce.

Je scrute alors les murs et un frisson me parcourt l'échine. Ils sont tous recouverts d'un papier peint bordeaux foncé, déchiré. Par endroit, celui-ci est décollé des murs, pendant et penchant vers le sol, inexorablement attiré par la gravité, laissant apparaître le mur nu délabré.

A des espaces équivalents sur les parapets, sont accrochés des miroirs. Ils sont chacun encadrés par un rebord doré qui arrondit les coins saillants des glaces, et recouvert de moulure identique d'un exemplaire à l'autre.

Sans surprise ils sont tous brisés.

Je tourne sur moi même pour vérifier si l'un d'eux aurait échappé à la colère du mafieu, épargné du sort qui lui à l'air inévitable.

Je remarque que la porte par laquelle nous sommes entrés est encadrée par deux miroirs beaucoup plus grands que les autres. Au-dessus de leur cadre est inscrit le numéro 1 et 2 et au bas est écrit quelque chose que je ne peux pas lire étant trop loin. Je jette alors un œil aux autres miroirs et tous portent une discrète inscription ainsi qu'un numéro.

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