39 - Réveil

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-Rose-



Je ne sais pas où je suis ni ce qu'il s'est passé. Je ne connais pas le jour qu'on est ni l'heure à laquelle on est, je ne connais pas cet espace dans lequel je suis profondément plongé ni cette léthargie qui me cloue le corps. Alors quand un visage qui se veut amical apparaît dans mon champ de vision bien trop trouble pour que ce soit normal, je ne m'étonne pas de ne pas le connaître non plus.

La seule chose que je peux assurer c'est qu'un bip qui a toujours été régulier, et qui m'a accompagné si longtemps, à fini par s'accélérer ce qui m'a sorti de ce néant. Ce néant dans lequel j'ai trouvé tant de réconfort mais qui m'a tant emprisonnée. Le calme contre ma liberté. Voilà ce qu'était ce noir qui s'étendait à l'infini.

Je n'ai rien à quoi je pourrai me rattacher, aucune information, et mon corps est bien trop engourdi pour m'être d'une quelconque aide sur ce coup là.

Quand l'homme qui se tient devant moi en arborant un sourire qui se veut rassurant, se rend compte que je suis en train de m'agiter il prend la parole. Il parle de cette voix et de cette intonation que les médecins ont tous, ce rythme lent, presque blasé et désintéressé, pour laisser le temps à l'interlocuteur de digérer leurs propos.

Mais ça ne sert à rien, peu importe le temps qu'il me laisse pour comprendre ce qu'il dit, je n'enregistre pas un mot. Je ne sais même pas s'il parle ma langue. Pourtant j'essaye, de le fixer, de lire sur ses lèvres, de m'accrocher à son regard, à une attitude, à un rien qui m'apporterai la clef pour calmer le chao qui règne dans ma tête. Mes pensées ne sont même pas formulées, ce ne sont que des vagues d'impression, de sensations diffuses, qui se déferlent dans mon cerveau bien trop dépassé par la situation pour gérer quoi que ce soit.

Une femme apparait soudain dans mon champs de vision et de la même manière que l'homme déjà présent elle parle de manière mesurée. Tout ici est en fait mesuré, de leur geste à leurs plus infimes expressions faciales, même inconscientes. J'ai l'impression d'être face à des robots. Des robots qui sauraient exactement quoi faire et quoi dire dans ce genre de situation et peut-être même programmé pour ne répondre qu'à ce contexte.

Comprenant que je n'en tirerai rien, je me désintéresse de ces automates. Il faut que j'arrive à raisonner calmement. C'est comme si tout devait tourner à cent à l'heure mais que tout le monde avait décidé de marcher patiemment, comme résolus face à cette vitesse qu'ils ne cherchent même pas à atteindre. Ce constat ne fait que renforcer l'urgence qui pulse contre mes tempes et qui m'enserre le cœur.

Si rien de ce que j'ai pu voir et entendre ici n'a pu me servir, j'ai bien une certitude c'est que je dois me barrer d'ici et très, très vite. Je dois juste courir, loin, m'éloigner le plus possible, je dois le faire pour ma vie. Il n'y a rien à réfléchir, je dois m'enfuir.

J'essaye alors de me redresser pour prendre mes jambes à mon cou mais à peine ai-je contracté mes muscles qu'une douleur explose dans mon corps, tiraillant tout mon torse et mon ventre. Surprise par cette souffrance que je n'attendais pas, un cri étouffé s'échappe de ma gorge. C'est si violent et douloureux que je pense mourir.

Comme si le mal agissait comme désinhibiteur du brouillard qui règne dans ma tête depuis que j'ai quitté le noir ultime, je finis par comprendre quelque bribes de ce que les deux personnes s'évertues à ma dire. Et petit à petit, je crois retrouver mes capacités cognitives. J'observe, j'écoute, je palpe, je sens.

On me conseille de prendre une grande inspiration pour y voir plus clair, ce que je fais et j'essaye de me concentrer sur ce qu'il se passe autour de moi.

— Mademoiselle Rose, prenez le temps de vous réveiller. Allez-y doucement. Me dit la femme dont je ne perçois que maintenant le visage. Sa voix est tordue par un fort accent de l'europe de l'est.

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