-Aron-
Je fais un geste de main et mes hommes l'embarque.
Je tourne les talons et me dirige droit vers ma voiture.
Je n'ai plus rien à faire ici.
Je ne fais attention à rien, ni aux regards interrogateurs de mes amis, ni au mouvement de foule qui s'est initié, ni même à la pesanteur de son regard braqué sur moi qui me transperce le dos.
Putain de merde.
La rage fait bouillonner toutes les cellules de mon corps, pas une seule n'est épargnée. Que personne ne vienne me faire chier parce qu'à l'heure actuelle je suis prêt à tuer n'importe qui.
Un goût amer m'envahit la bouche sans que je réussisse à déterminer ce que c'est, la colère, la trahison ou le regret ? Surement un mélange des trois.
En quelques secondes j'atteins ma voiture et je démarre aussitôt, Arthur et Eden se pressent de rentrer eux aussi car ils savent très bien que je ne les attendrai pas. Je jette un coup d'œil rapide dans le rétroviseur et me satisfait de la rapidité d'exécution de mes ordres, une bonne partie des unités sont déjà dans leur véhicule tandis que d'autres sont en train d'y aller. Ça ressemble plutôt à des insectes qui fuient un point précis car on y aurait mis le pied.
L'agitation qu'il y avait précédemment semble, maintenant, n'appartenir qu'à nos souvenirs, le vide laissé derrière nous dément formellement l'hypothèse qu'il y a quelques secondes l'entrée de cet établissement était noire de monde, qu'il était absolument impossible d'y entrer.
Sans plus m'attarder sur les détails j'enfonce mon pied sur la pédale d'accélérateur et le moteur rugit immédiatement, peinant à suivre mes accès de rage. Les deux mains sur le volant, le regard fixé sur la route, je fais tout mon possible pour repousser le flot de pensée qui m'envahit, parce que je sais que si je cède maintenant, aucun de nous trois ne sortira vivant de cette voiture. J'essaye de me concentrer tant bien que mal sur ce qu'il y a devant moi, mais la vérité c'est que je ne vois rien, tout est assombri, ma conduite est instinctive, une sorte de pilote automatique dirigée par l'adrénaline. Derrière moi le ciel gronde, la tempête qui arrive est annoncée depuis plusieurs semaines déjà.
On passe devant les points de barrage qui sont en train de se lever, on les avait mis en place au cas où elle aurait trouvé une brillante idée pour s'échapper malgré tout le bordel qu'on a fait. Ça ne m'aurait même pas étonné venant d'elle. Elle a toujours des réactions imprévisibles. Et bien loin de moi l'idée de la sous estimer. Mais de toutes les solutions les plus folles, elle a préféré celle qui recommande de se tirer une balle dans le crâne comme une putain de lâche.
A cette pensée j'accélère encore davantage, ni Arthur ni Eden n'ont ouvert la bouche depuis le début de la route, se rendant probablement compte que ça ne servirait à rien. Tous deux regardent par la fenêtre, plongés dans leurs pensées. J'essaye de garder la face, au moins pour eux, et de repousser encore un peu ces idées qui m'obsèdent l'esprit et qui ne demandent qu'à être formulées pour de bon, pour me hanter toujours de plus belle. Pourtant la scène s'incruste chaques secondes un peu plus sous mes paupières, cette image du froid de ses yeux, de sa main qui ne tremble même pas un peu, de son expression résignée pour de bon...
Elle avait qu'un putain de truc à ne pas faire. Un seul. Et même comme ça elle est décevante.
Pour les belles paroles elle est douée, ça c'est sûr, mais quand il s'agit de les assumer bizarrement il n'y a plus personne.
Putain qu'elle perte de temps.
A quel point était-elle résignée pour refuser même la plus petite des remises de peine ? Parce que je dois bien être le seul fou sur cette terre pour lui laisser ne serait-ce que le choix, pour ne pas l'exécuter froidement, pour lui avoir donné des soins. Mais surtout, je dois être le plus grand des extravagants pour lui sauver la vie alors qu'elle n'aspire qu'à en finir.
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DÉSERTEURS
Storie d'AmoreAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
