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C H A P I T R E
60
OUBLIER
-Rose-
— On sort.
Sa voix est profonde et son regard sombre comme s'il menait une bataille intérieure pour ne pas bouger, ne pas faire de faux pas, ne pas se risquer à un geste hésitant qui ne sait pas lui-même où il s'arrêterait. Ses yeux me détaillent de haut en bas tandis qu'une lueur s'éclaire au fond.
Après avoir passé la journée à ruminer et tourner en rond, j'ai simplement décidé de changer d'air ce soir, et peu importe lequel je respire, s'il est saturé de sueur, d'alcool ou de parfum mélangé, tant qu'il n'est pas chargé de regrets et de chagrin.
Peut-être que je ne peux pas avancer si je reste toujours dans la même prison, entre les mêmes barreaux. Et puis les idées naissent de la liberté, n'est-ce pas ? Alors elles ne risquent pas d'évoluer entre ces quatre mêmes murs usés par mon regard tant je les ai contemplés ces derniers mois.
Le fait de m'être préparée pour la soirée m'a plongé dans une euphorie certaine, je veux fuir tout ça, ces derniers mois, cet endroit, Venturini, mes problèmes, mes sentiments. Tout ce qui a été concentré dans ces mètres carrés. J'ai beau les trouver rassurant la plupart du temps, dans l'instant même, j'ai besoin de mettre le plus de distance possible entre eux et moi.
Tout oublier.
Même si c'est éphémère.
Même si c'est pour quelques secondes.
Même si je dois en payer le prix fort.
Juste oublier.
Aron qui avait l'air déterminé à s'affaler sur le canapé et ne pas en bouger jusqu'à l'année prochaine, à en croire sa façon d'ouvrir la porte, semble tout à coup beaucoup plus énergique dans ses gestes. Il n'a pas eu le temps de poser sa veste sur le porte-manteau, il garde ses mains le long du corps, signe qu'il ne compte pas se dévêtir. Il me jauge encore quelques secondes, puis jette un coup d'œil discret à quelque chose derrière moi pour m'inciter à me retourner.
Je regarde par-dessus son épaule pour comprendre de quoi il est question quand, entre dans mon champ de vision, mon manteau encore jeté maladroitement sur le dossier du canapé, à côté de mon sac, abandonné à son sort car ce n'est pas dans mes intentions de les prendre avec moi.
Je hausse les épaules pour lui faire comprendre ma position mais comme je m'en doutais, il ne bouge pas. Et je sais qu'il ne le fera pas tant que je ne les aurais pas pris.
Mais je tente tout de même, parce que ce n'est pas sa mauvaise humeur qui va me gâcher la soirée :
— Il fera chaud là où on va.
Il hausse les sourcils mais reste toujours immobile.
Je lève les yeux au ciel et lui tourne le dos pour aller prendre le vêtement et mon sac. Mes pas sont rapides mais restent élégants, même perchés sur ces talons aiguilles. J'avais oublié à quel point le rapport douleur-confiance en soi est équilibré avec ces chaussures.
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DÉSERTEURS
RomanceAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
