-Aron-
— Ce n'est pas votre nom que j'ai inscrit sur cette liste, mais celui de votre père.
A peine a-t-il prononcé ces mots que ma colère monte en flèche. Parce que je sais, je sais très bien ce qu'il va se passer. Et ça me fout la rage de le voir balancer ça comme si ça n'avait aucune importance.
Parce que ça en a. Pour elle.
J'ai beau le fustiger de mille façons différentes dans ma tête, ça n'efface pas le mal.
Devant mes yeux se peint l'inévitable, celui qui laisse une marque indélébile.
Je vois l'impact que cette simple phrase a eue sur Anderson. Elle fixe le vide d'un air ahuri, j'ai du mal à croire qu'elle sait encore comment respirer, sa main atteint sa poitrine et elle serre le tissu de son haut, au point de le froisser entièrement. C'est comme si elle voulait réparer son cœur. Son autre main est agrippée au bureau, probablement pour s'empêcher de tomber, parce que ses pieds n'ont pas l'air d'être un ancrage suffisant.
— Sortez. Tranché-je d'un ton ferme à l'intention du visiteur.
Je le vois ouvrir la bouche dans une tentative vaine de riposter mais je gronde :
— Dehors.
Mon ton n'invite ni à la discussion ni aux bavardages, et il le saisit bien puisqu'il se lève sans un bruit et franchit la porte.
Je le suis du regard et attends qu'il disparaisse dans le couloir pour me précipiter vers Rose.
— Eh...
Je remarque que sa main empoigne toujours plus fermement son t-shirt, et que sa position n'a pas bougé d'un centimètre. Elle semble figée dans le temps, à l'heure de la nouvelle. Je doute même qu'elle m'ait senti approcher. Je ne suis qu'à quelques centimètres d'elle, prêt à agir à tout moment, parce que je la connais suffisamment pour deviner la suite des événements.
Soudain, elle s'effondre. Elle tombe à genoux dans un vacarme monstre. Dans sa chute, elle a emporté quelques objets qui étaient sur le bureau, mais je ne m'en occupe pas, toutes mes pensées sont dirigées vers elle.
Sa main, précédemment attachée au bureau, est à présent le seul rempart qui sépare son visage du sol. Tout son corps tremble. Tellement que je crains de la voir se briser en mille morceaux.
Elle tente tant bien que mal de prendre des respirations, mais celles-ci sont courtes, hachées, irrégulières. C'est comme si l'air s'engouffrait d'un seul coup mais ne trouvait pas le chemin pour atteindre ses poumons. Elle inspire comme quelqu'un qu'on a tenté de noyer, la tête dans une bassine, seulement, elle se croit encore sous l'eau.
Ses yeux affichent une expression de terreur et de choc, écarquillés à l'excès, comme si, ouverts de la sorte ils verraient mieux la vérité.
Ce qui ne confirme qu'une évidence : cette blessure saigne encore.
Mais si la voir dans cet état m'évoque une compassion étrange, l'enjeux est après. Parce que Rose Anderson compose toujours comme cela :
Elle s'effondre dans un fracas et s'éteint dans un silence.
Et il n'y a rien de plus dangereux que ce foutu silence. C'est là-dedans qu'elle se terre, à l'abri de tous, sans éveiller un seul soupçon, et seul Dieu sait ce qu'elle y fait par la suite.
Accroupis à côté d'elle, ma main est posée sur son dos.
— Respire. Calmement. Ma voix s'est adoucie malgré moi, elle n'a rien à voir avec l'invective que j'ai lancé tout à l'heure.
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DÉSERTEURS
RomanceAu sein des réseaux criminels, un nom détonnait : Rose Anderson. N'importe quelle personne vivant dans ce côté du monde connaît ce nom là. Vol, escroquerie, mensonge, manipulation, tout ce que renferme l'humanité de plus sombre, est son terrain de j...
